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couverture du livre Mes années Stones écrit par Bouchaud Rémi

Bouchaud Rémi

Mes années Stones

13.20 € TTC

Frais de port inclus France
Métropolitaine uniquement

320 pages
134 x 204 mm
Style litteraire : Art de vivre
Numéro ISBN : 978-2-9556938-0-3

Présentation de Bouchaud Rémi


Rémi Bouchaud est natif de l’Ouest de la France près de Nantes. Après un parcours classique, collège et lycée, ce sera l’université où il fera des études de Lettres Classiques (latin-grec) et également de la langue de Shakespeare qu’il enseignera par la suite.

Musicien et ingénieur du son, la musique a toujours fait partie intégrante de sa vie. Les groupes de rock depuis le « Shunts Psychedelic Group » de ses débuts en 1967 jusqu’au groupe « Saïno » dans lequel il tient actuellement la guitare, témoignent de sa passion inconditionnelle pour le rock anglais en général et les Rolling Stones en particulier.

Présentation de Mes années Stones


Septembre 1961. Aristide, jeune garçon de 11 ans, fait sa rentrée au Collège. Confronté à un monde différent et même séduisant, il va devoir s’adapter à ce nouvel environnement. Dans cette Institution où le travail intellectuel et la pratique religieuse ont pour obligation de mener les pensionnaires sur les chemins de la connaissance et de l’obéissance, et alors que l’époque est en plein bouleversement politique, religieux et culturel, Aristide devra lutter à sa manière pour trouver sa place.

Il va faire la connaissance de deux autres garçons, J-Gab et Map. Du haut de leurs 16 ans, tous trois aspirent à un autre monde, à un nouvel espace de liberté plein des promesses alléchantes que leur font miroiter les groupes de rock qui déboulent chaque jour de Londres.

Les rêves les plus fous deviennent alors possibles. Rencontres improbables, péripéties à répétitions, et événements surprenants vont s’enchaîner pour leur ouvrir enfin les portes d’un univers inconnu.


Extrait du livre écrit par Bouchaud Rémi


Prologue
Pâques 1996


La voiture roulait vite, bien trop vite. D’autant que le soir commençait à tomber sur les petites routes de campagne qui, bien que peu fréquentées à cette heure-ci, restaient néanmoins dangereuses. Aristide conduisait sa puissante Alfa-Roméo comme un zombi sans trop se soucier des rares voitures qu’il croisait et encore moins d’éventuels gendarmes postés à la recherche de contrevenants potentiels. Bien que bon conducteur, il avait déjà failli s’emplafonner un quart d’heure plus tôt dans un énorme tracteur sortant d’un champ, mais dans un ultime réflexe, il avait freiné à mort et avait réussi à s’arrêter à moins de cinquante centimètres de la roue arrière du mastodonte dans un strident crissement de pneus.

Contrairement à son habitude, cependant, il n’avait même pas râlé ou abreuvé d'injures ce brave paysan qui avait sûrement dû avoir encore plus peur que lui. Non, ce qui lui importait en ce lundi de Pâques finissant, c’était de rejoindre le lieu qu’il s’était fixé d’atteindre avant la tombée de la nuit. Il ne fallait surtout pas qu’un énième épiphénomène quelconque l’empêchât de réaliser ce pourquoi il était au volant de sa puissante berline sur ces petites routes qu’il sillonnait à tombeau ouvert.

 Néanmoins, comme si de rien n’était, après cet incident, Aristide était reparti, pied au plancher, les yeux rivés sur le bitume avec toujours une même et unique obsession en tête : arriver à bon port… Alors, inutile de vouloir le raisonner sur un éventuel accident ou un excès de vitesse ; même le plus zélé agent de la maréchaussée n’y serait pas parvenu. Quelques kilomètres plus tard, il vit un panneau routier lui indiquant qu’il se rapprochait de sa destination. Au carrefour, sur une vieille pancarte qui avait résisté au temps, Aristide put lire le nom de l’endroit même qu’il désirait atteindre :

 « Institution Notre Dame de Bonne Nativité ».

Il ralentit nettement l’allure, passa sur un pont où coulait une petite rivière bien calme à cette période et tourna à gauche pour s’engager dans un chemin assez large et gravillonné. Le jour commençait vraiment à tomber : c’était la mauvaise heure, entre chien et loup, là où les couleurs s’évanouissent pour laisser apparaître une uniformité grise et quelque peu angoissante. Un léger clair de lune éclairait cependant le chemin emprunté par la voiture. Aristide regarda brièvement dans son rétroviseur pour s’assurer que personne ne l’avait vu tourner en direction de « l’Institution ».

Il parcourut encore une centaine de mètres avant de s’arrêter devant une majestueuse grille en fer forgé qui donnait sur une immense cour de récréation. Baissant sa vitre, il commençait à entrevoir dans la pénombre naissante l’énorme bâtisse du XVIIIe siècle, composée de trois bâtiments, dont un, celui du milieu, se tenait en retrait des deux autres.

Assurément, cette bâtisse avait vraiment beaucoup d’allure. Il remarqua également la chapelle adossée à l’aile gauche : on voyait que le clocheton venait d’être restauré, mais la visite, se dit-il, ce serait pour plus tard ; ce qui l’intéressait, pour l’instant, c’était de pénétrer à l’intérieur de cette cour. L’imposante grille attira à nouveau son regard : « C’est vraiment pas possible ! » se dit-il, en secouant la tête d’un geste de dépit. Il venait de remarquer que cette grille ne se trouvait pas à sa vraie place historique ; on l’avait déplacée pour fermer cette cour, alors qu’auparavant elle ornait l’entrée principale de l’autre côté du bâtiment. Qui avait bien pu commettre un tel sacrilège ?

Comment avait-on pu décider de déplacer un si bel ouvrage, qui plus est, une réalisation de l’école des Ars et Métiers ? Les yeux d’Aristide se portèrent en haut de la grille sur les deux lettres A & M entrelacées qui attestaient de cette entreprise. Celui qui en avait pris l’initiative devait possiblement être puissant, fou ou complètement inconscient - ou même les trois à la fois. Il devait exister des gens comme ça. On en avait connu dans un passé récent.

Aristide sortit de sa berline, s’approcha au plus près de la grille et s’inquiéta de voir s’il pouvait l’ouvrir. Par chance, elle n’était pas fermée, juste tirée ; il poussa de ses deux mains le lourd battant gauche qui fit entendre un gémissement plaintif ; puis ce fut au tour du battant droit, qui lui aussi poussa un cri de détresse encore plus strident ; ce qui fit dire à Aristide qu’il y avait quand même des gens bien négligents et vraiment cruels pour laisser une si magnifique grille souffrir de la sorte. Mais pouvait-il en être autrement dans ce monde actuel si individualiste ?

Aristide se remit au volant et, au pas cette fois-ci, pénétra dans la cour immense maintenant plongée dans la pénombre. Il alla se garer à la gauche du bel escalier en fer à cheval – lui aussi fraîchement ravalé - qui menait à la cour d’honneur. Il éteignit rapidement le moteur, pour ne pas attirer l’attention, sa hantise car alors, tout aurait été remis en question. Il ne savait pas s’il aurait pu surmonter psychologiquement le report de son entreprise et la recommencer. Il sortit la clé de contact de l’Alfa-Roméo et appuya dessus rageusement pour ouvrir le coffre qui, débloqué par un clac caractéristique, se souleva doucement grâce à ses deux vérins hydrauliques. Aristide plongea carrément le corps dans le coffre et à grand' peine, commença à en tirer une sorte de caisse en bois de près de quatre-vingts centimètres sur quarante et d’un bon poids, semblait-il. Il entreprit de la prendre à bras le corps et la faire pivoter en la posant sur le rebord du coffre, mince liseré de fer, fragile, mais néanmoins assez solide pour faire appui et lui permettre de la basculer au sol. Mais elle pesait son poids si bien qu’il s’en fallut de peu qu’il ne la laissât tomber lourdement. Finalement, le colis récalcitrant et encombrant fut déposé au sol avec une infinie précaution ; et grâce aux roulettes situées en bas de la caisse, le choc fut amorti.
Il commença alors à la pousser sur le vieux bitume usé qui recouvrait en grande partie l’immense cour. Aristide avait déjà repéré l’endroit exact où cette caisse devait prendre place. Pas bien difficile : cela faisait tellement de temps qu’il avait échafaudé son plan que ses yeux n’eurent aucune peine à se focaliser sur le lieu désiré. Il ne put s’empêcher de jeter à nouveau un regard sur l’escalier en fer à cheval qui descendait jusque sur la cour de récréation, en se scindant en deux parties dans une symétrie parfaite ; ses marches usées et patinées par le temps avaient vu tant de passages depuis sa création qu’elles en étaient même creusées à certains endroits. Déplacer maintenant la caisse à l’endroit voulu n’était pas chose aisée : il fallait d’abord la hisser sur les trois premières marches de l’escalier gauche, puis ensuite la faire glisser avec précaution sur le petit muret placé derrière une grille d’environ quatre-vingts centimètres de haut et longue de trois ou quatre mètres environ, scellée sur le haut de l’antépénultième marche et posée dans toute sa longueur, sur une traverse en pierre de tufeau taillée.
Parvenu exactement au centre du muret, là où une niche de bonne taille, située un peu en retrait du muret, délimitait l’exacte position médiane entre les deux escaliers, Aristide plaça sa boîte devant la niche où se tenait, majestueuse, une statue de la Vierge Marie. Se rapprochant de celle-ci, imposante, presque de taille humaine, il put lire sur le socle quelques mots gravés et légèrement effacés à cause du ravage du temps. Malgré tout, il y déchiffra l’inscription : « Notre Dame de Bonne Nativité » Cela lui revenait en mémoire maintenant : cette statue, depuis toujours dominait la grande cour, comme une sentinelle postée en un point stratégique et ne laissant rien passer sans en être immédiatement avertie.

Il fit un léger mouvement de tête, de haut en bas, pour exprimer son contentement, puis revint à la voiture, se pencha une nouvelle fois dans le coffre et en extirpa un câble qu’il commença à dérouler très méticuleusement, pour arriver près des casemates, sortes de grottes creusées à même la roche comme dans le pays saumurois, sauf qu’ici, elles avaient été bâties sous la cour d’honneur. D’un coup sec de l’épaule, il poussa la porte de la casemate la plus proche des escaliers. Elle accusait le poids des ans, mais semblait néanmoins bien vieillir. Elle s’ouvrit sans résistance. « Au moins, contrairement à la grille, ils n’ont pas touché aux casemates ! » murmura-t-il en tapotant la vieille porte de deux ou trois légers coups de poing qui se voulaient sympathiques. Il tira le câble à l’intérieur, et posa le rouleau près d’une prise en bakélite en mauvais état, dont les fils étaient presque dénudés. Sans se soucier de prendre une décharge électrique, il enfonça d’un geste sec le connecteur dans la prise.

Puis, satisfait, il revint vers l’Alfa, en ferma le coffre et se dirigea vers la portière arrière, côté gauche ; il en sortit une seconde boîte, manifestement nettement moins lourde que la précédente : plate, environ un mètre de long sur cinquante centimètres de large. Il la prit délicatement par la poignée, la déposa bien à plat sur le marchepied en pierre qui supportait la grille et la positionna juste en face de la lourde boîte qu'il avait apportée précédemment sur le muret. Il fit claquer les fermoirs un peu rouillés, et alors qu’il commençait à soulever le couvercle, il se ravisa soudain pour retourner promptement à sa voiture. Il farfouilla un instant dans la boîte à gants et en sortit un câble tirebouchonné de quelques mètres, qui se terminait par deux prises bizarres, légèrement semblables à celles qu’on branche sur une batterie de voiture quand on est en panne de démarrage. Le câble à la main, il enjamba la grille et, d’un saut nerveux, grimpa sur le muret près de la boîte à roulettes et se retrouva nez à nez avec la statue qui semblait, cette fois-ci, le dévisager et vouloir lui dire quelque chose. Il n’en fut pas surpris, comme s’il était naturel qu’une statue de pierre puisse parler. Alors, comme s’il se devait de répondre, il entreprit d'expliquer à la Vierge les raisons de son agitation à cette heure inappropriée. Ce n’était pas facile de s’adresser à une statue, mais il essaya de se maîtriser suffisamment pour tenter d’une voix douce et monocorde, de convaincre son interlocutrice par un discours structuré et sensé. De par sa gestuelle, il semblait implorer la Vierge Marie de lui pardonner par avance ses agissements à venir. Le spectacle qu’il donnait aurait relevé au pire d'un envoi direct à l'asile psychiatrique ou tout au moins d’une psychanalyse immédiate sans discussion possible.

Aristide n’était pas fou, quand même. Il savait bien que ce spectacle frisait le ridicule. Alors pourquoi donc cette mise en scène mystérieuse ? Un serment ? Un pari un peu fou ? Une tentative de suicide ? Une mauvaise plaisanterie ? Oui, sûrement quelque chose dans ce genre-là… A la fin de son monologue, il semblait pourtant plus détendu. Il redescendit du muret, se dirigea vers la boîte plate qu'il avait laissée sur le marchepied en pierre, et cette fois-ci, sans tergiverser, fit claquer les trois fermoirs, souleva le couvercle d’un mouvement sec qui montrait qu’il était coutumier de ce geste et que sa façon d'agir, surtout ce soir-là, montrait une détermination sans faille.

 Un sourire - le premier de la journée - illumina son visage. Il enleva le tissu blanc qui recouvrait le précieux objet et le sortit avec autant de soin que le conservateur du musée du Louvre l'aurait fait en délivrant la Joconde de sa boîte sécurisée. Le moment - autant espéré que redouté - était venu !
 « Enfin ! Enfin ! », marmonna-t-il en levant un bras vers le ciel comme s’il voulait une fois encore, se convaincre d’avoir pris la bonne décision et d’être en phase avec lui-même :

 « Come on, come on, man, let’s go ! » 1

Le temps était venu de mettre un point final à une histoire commencée trente ans plus tôt.