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couverture du livre 1914 l'aviation entre en guerre écrit par Thollon-Pommerol Claude

Thollon-Pommerol Claude

1914 l'aviation entre en guerre

19.00 € TTC

Frais de port inclus France
Métropolitaine uniquement

124 pages
A4 : 21 x 29.7 cm sur papier 80 g offset
Style litteraire : Autres
Numéro ISBN : 978-2-35682-160-7

Présentation de 1914 l'aviation entre en guerre


Le rôle d’observation des positions ennemies, des escadrilles d’aéroplanes lors de la bataille de la Marne est enfin reconnu. on va même jusqu’à essayer des bombardements et tenter la chasse. Mais tout reste à faire.


Extrait du livre écrit par Thollon-Pommerol Claude


La Bataille de la Woevre 1915

Avant que la guerre ne commence, la Bataille de la Woevre a déjà eu lieu… en 1915…, rapportée par le quotidien « Le Gaulois » en juillet 1912. Et l’aviation française y joue le rôle central. Place au Kriegspiel romanesque !

« La Bataille de la Woevre 1915 », Tel est le titre d'un mémoire que M. le major général Braccib di Montone, aide de camp de S. M. le roi d'Italie a publié. Le baron de Mauni en a donné la traduction qui vient de paraître à la librairie Lavauzelle. Le général italien imagine qu'il a assisté à une bataille entre l’Allemagne et la France, et c'est le rapport sur cette bataille, adressé à son Roi qui est l'objet du mémoire. Il est extrêmement curieux, moins par ses lignes générales, que par les considérations qui servent d'introduction au récit et par celles qui, en manière de conclusion, terminent le mémoire. Cette guerre de 1915, entre les deux rivaux, est l'aboutissement de la période de tension qui s'est ouverte en l'été 1911. Elle éclate à propos de la question de Nancy. Le gouvernement de la république, pour riposter aux préparatifs alarmants de l'Allemagne, a pris la résolution de mettre Nancy à l'abri d'un coup de main, en l'entourant de quelques ouvrages essentiels, capables de servir de point d'appui à la résistance du 20e corps. Alors l'Allemagne fait à ce sujet une mise en demeure de cesser ces travaux, et renouvelle un ultimatum, dont cette fois notre dignité offensée repousse la brutalité. C'est la guerre. Les troupes-frontière allemandes font deux tentatives une attaque brusquée sur Nancy, laquelle échoue, un raid de cavalerie par Stenay et Dun sur le flanc septentrional du principal groupe des armées françaises ! Cette dernière opération réussit à jeter dans nos marches quelque trouble, et ce demi-succès est fatal à l'Allemagne. L'Empereur laisse à cet effet devant Nancy une façade de démonstration pour porter ses masses principales vers l'ouest, dans le but d'enlever et de tourner la barrière des côtes de Meuse. Les colonnes allemandes dont la plupart franchissent la Moselle entre Metz et Pont-à-Mousson se dirigent à travers la Woëvre, vers la muraille de Meuse et pendant trois jours y brisent leurs efforts, malgré de petits avantages gui permettent à quelques avant-gardes de prendre pied sur la terrasse des Hauts de Meuse. Six corps d'armée français défendent la courtine entre les bastions de Verdun et de Toul, tandis que la masse principale du généralissime français, dont l'état-major occupe Nancy, est concentrée entre Nancy et Lunéville. Les renseignements font connaître que les réserves des Allemands, après avoir abandonné leur aile gauche arc-boutée sur la Seille, appuient vers le centre de leurs attaques. Alors le généralissime français prend la résolution de diriger l'axe de son mouvement offensif par Vic et Pont-à-Mousson, pour attaquer dans son flanc l'aile gauche allemande… Le quatrième jour de la bataille, au matin, débouchent les colonnes françaises. C'est la surprise aux ailes terrifiantes et, bientôt, la déroute de l'aile gauche allemande. Les Bavarois lâchent pied et font défection. Une « ruée de Gaulois » descend les glacis des Hauts-de-Meuse. Un corps de 28’000 Allemands met bas les armes et incline ses drapeaux. Sedan est vengé. Les ponts de la Moselle, en amont de Metz, sont occupés par des Français. C'est maintenant la débâcle, sous la terreur de la poursuite avec la cavalerie aérienne. L'Empereur allemand, effrayé par la menace d'une tempête d'aéroplanes allant faire sauter et incendier les places du Rhin, s'avoue vaincu et demande une armistice. La France retrouve ses frontières d'avant 1870 et même celles de 1814. Telle est, à grands traits, l'esquisse de cette bataille où, de part et d'autre, se heurtent 600’000 hommes. Elle est brossée d'un pinceau fougueux, tragique, avec des aperçus militaires très curieux. Un des côtés les plus intéressants de la bataille est la part que l'auteur fait à la guerre aérienne. Il lui donne une extension qu'il n'est peut-être pas impossible qu'elle prenne dans trois ans. Il met en parallèle les avions allemands et les Français. Les premiers sont des biplans de grande envergure, montés par trois hommes un pilote, un observateur et un artilleur. Ils portent 30 obus de chute à fusée percutante, pesant chacun 10 kilos, ils peuvent parcourir 400 kilomètres et opèrent normalement à 1’000 mètres d'altitude. L'Allemagne avait 400 de ces machines de guerre au moment d'entrer en campagne. « L'avion français est de deux sortes : le plus grand, le « N° 1 », déjà bien moins lourd et moins vaste que l'allemand, est exclusivement destiné aux reconnaissances. Il est monté par deux hommes, un pilote et un observateur géographe. Mais le véritable engin de guerre français est le « Deux », comme ils disent. Ce remarquable engin n'a qu'une envergure de 8 mètres. Il est monté par un homme toujours unique. L'aviateur qui monte ce « Deux » se tient presque constamment à 400 mètres. L'avion « Deux » porte 50 obus très longs chargés en mélinite, pesant chacun deux kilos. Ces obus tombent à la volonté de l'aviateur, au moyen d'un mécanisme que gouverne une pédale. L'avion « Deux » peut faire 700 kilomètres sans atterrir. La France avait, au début de la guerre, 1’000 avions de guerre et 500 avions attachés à l'artillerie. La flotte des dirigeables allemands est presque immédiatement incendiée par les avions français. L'Angleterre, la Russie arment avec la France contre l'Allemagne. Dès la première minute, les amiraux et les commodores britanniques reçoivent, sur toutes les mers du monde, l'ordre de courir sus, au premier signal, au pavillon allemand, pour détruire ses bâtiments de guerre et confisquer ses navires de Commerce. La Suisse hérisse ses cols de défenseurs sur le pied de guerre, la Belgique mobilise et le Danemark met sa petite flotte en défense, tandis que l'Allemagne n'a d'autre alliée que la petite Roumanie, qui perdra à la défaite de son suzerain son indépendance, dévorée par la Russie. L'Allemagne étant l'agresseur, le casus foederis n'existe pas pour l'Autriche et l'Italie, qui restent l'arme au pied. L'Italie se borne à envoyer aux armées allemandes le major général Braccio di Montone pour suivre les opérations et pouvoir les raconter. Cet aperçu diplomatique de l'état de l'Europe ne manque point de saveur ; mais la partie la plus curieuse du mémoire est la révélation des dessous mystérieux de la question de Nancy. Je la résume. En 1871, à Versailles, Bismarck, sur l’instigation de Moltke, prétendait l'interdiction de fortifier Nancy. Ainsi le territoire autour de Nancy et la plaine entre Meuse et Moselle, la Woëvre, ouverte et dépourvue de défenses naturelles, auraient formé pour l’Allemagne un gage saisissable à discrétion. C'était, en cas de guerre, s'assurer sans coup férir l'avantage d'une bataille gagnée et se procurer un tremplin solide pour commencer les opérations. Pendant la paix, c'était contre la France une menace faite pour la tenir en respect. M. Thiers se révolta. Il refusa d'accepter cette clause trop cruelle. Il affirmait que cet article ferait rejeter le traité par l'Assemblée de Bordeaux. On transigea. « Le chancelier se contenta d'une promesse verbale où M. Thiers engageait son honneur personnel que Nancy ne serait pas fortifié.

M. Thiers donna à la presse le "la" diplomatique qui convenait à endormir l'opinion il s'entendit avec le général Séré de Rivière, chargé de l'oeuvre des fortifications de la France et une version fut répandue sur l'inopportunité stratégique de fortifier Nancy. On trouva des spécialistes pour donner crédit à ce paradoxe, dont se contenta la légèreté française. Et nos cigales se remirent à chanter.

M. Thiers disparaît de la scène politique, le maréchal de Mac-Mahon lui succède. Un matin de 1875, à la suite d'une conversation du maréchal avec le chef d'état-major de l'armée, sur la nécessité de défendre Nancy, le camp retranché de Nancy est mis publiquement à l'étude. « Mais l'ambassadeur d'Allemagne, informé, apporta le veto de son maître et en justifia les motifs. Bismarck fit connaître qu'au premier terrassement commencé, il occuperait la ville de Nancy. Le maréchal appela au secours le tsar Alexandre et le prince de Galles. Ils imposèrent silence sur-le-champ, morigénèrent Mac-Mahon, calmèrent Bismarck et conseillèrent qu'on fît revivre la fable stratégique dont on s'était servi » Pour ménager l'amour-propre français, on laissa inventer et raconter que Bismarck avait voulu, sans même donner un prétexte, recommencer la guerre. Il ne déplut point au chancelier de fer d'avoir devant l'Europe figure d'un croque-mitaine, dont le seul froncement de sourcils faisait trembler le monde. Ainsi s'expliqueraient à la fois la menace de guerre qui, en 1875, faillit rallumer les hostilités, et l'apaisement subit de la tempête déchaînée. Ainsi s'éclaire ce fait étrange que toutes les tentatives de 1877, de 1879, de 1886, pour élever autour de Nancy des ouvrages de fortification passagère ont été mort-nées, frappées d'interdiction par la menace de l'Allemagne. Il semble que si cette histoire trop secrète avait pu à un moment secouer son voile mystérieux, pour être chez nous, au moins diplomatiquement, moins inconnue, on eût pu éviter à la France l'humiliation de reculades inutiles. La version du général italien semble avoir toutes les apparences de la vraisemblance, puisqu'un veto mystérieux plane depuis quarante et un ans sur la question de Nancy. L'auteur s'applaudit que l'Empereur allemand, sourd à certaines suggestions pour continuer la guerre à outrance, ait eu la sagesse d'accepter la paix. « Autrement le Gaulois était certainement en passe de s'emparer de la rive gauche du Rhin, de prétendre à la suzeraineté sur la Belgique et la Hollande, et, pour finir, de remettre l'Europe sens dessus dessous, en rendant inévitable comme jadis une coalition antifrançaise. » Dans les considérations politiques qui servent d'épilogue à son rapport, le général Braccio di Montone souligne une observation, que j'ai déjà écrite et commentée, à savoir que la perte de l'Allemagne devait être la conséquence de son rêve naval. « Pour moi, Sire, la grande erreur de Guillaume II, fut son entreprise navale. L'Allemagne, par sa configuration même, est impropre à devenir une puissance maritime de tout premier ordre, car sa flotte sera toujours pauvre en débouchés, en points d'appui et, aussi riche qu'on voudra en navires de guerre, elle ne pourra jamais, à moins de s'annexer le Danemark, armer un nombre de marins, comparable à ceux que peuvent monter l'Angleterre et même la France. Or, l'annexion du Danemark, méditée il y a un an, et alors même bien épineuse, n'est plus maintenant qu'une chimère. » « Et nous, Sire, dit le général en concluant, Italie d'abord. » Et il donne à son Roi l'avis fortement motivé que voici : Malgré le respect que lui inspire la formule de leur grand Niccolo (Machiavel), qu'on doit prendre pour ami le vainqueur, il observe qu'en politique on a pour ennemis naturels ses voisins immédiats, ce qui doit éloigner l'Italie de sa chère sœur la France. Il prend garde que la France, l'Angleterre, la Russie, que rien ne divise plus, forment une coalition formidable que ces deux premières puissances avec leurs 100 millions de citoyens, leurs 600 milliards de fortunes, leurs 1’000 vaisseaux et leurs armées dominent l'occident de l'ancien monde et en contiennent l'Orient par leurs alliés, la Russie et le Japon. Il en conclut que, pour faire équilibre à une pareille alliance, l'Europe centrale doit plus que jamais maintenir le contrepoids de l'association d'intérêts où l'Italie doit avec l'Autriche appuyer l'Allemagne. « Ceci posé, si l'occasion se présente de prendre Trieste et Fiume, alors, Sire, Italie avant tout. » Ce mot de la fin n'est point pour mettre un ciment bien solide entre les blocs de l'édifice triplicien.

Général Cherfils (Le Gaulois, 1er juillet 1912)