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couverture du livre A m'aime la terre écrit par Théâtre Messidor

Théâtre Messidor

A m'aime la terre

11.74 € TTC

Frais de port inclus France
Métropolitaine uniquement

52 pages
A5 : 14.5 x 20.5 cm sur papier 80 g offset
Style litteraire : Littéraire
Numéro ISBN : 978-2-35682-016-7

Présentation de Théâtre Messidor


Alexis Chevalier commence la vie professionnelle avec le Théâtre du Galion en 1973. Apprentissage de l’écriture, réalisation de spectacles et diffusion dans toute la France.

Parmi les spectacles signés :"L’oiseau du matin, Le petit soldat de paille, La file indienne". De 1979 à 1982, Alexis Chevalier crée et dirige les ateliers de formation théâtrale en milieu ouvrier auprès du C.C.P. à St Nazaire. Il met en scène « Mistero Buffo » de D.Fo et « Les Bas Fonds » de M.Gorki. En octobre 82, il crée le Théâtre MESSIDOR à Montreuil sous Bois.

14 années de vie en région parisienne où vont naître de nombreuses créations parmi lesquelles : Outre-Mer, Refuge, et les textes du Bicentenaire de la révolution dans le jardin des Tuileries. le Théâtre Messidor, en 1996,  s’implante à Châteaubriant en Loire-Atlantique. Avec Christine Maerel, Alexis Chevalier développe une action de création, de formation et de diffusion en lien étroit avec la population.

L’exemple référent de cette démarche est sans doute l’écriture et la mise en scène depuis 2003 des évocations artistiques pour la commémoration des fusillades des otages du 22 octobre 41.

Le Théâtre Messidor garde au cœur de sa démarche la création de textes contemporains qu’il diffuse tant en France qu’à l’étranger. Le spectacle « A m’Aime la Terre » est la dernière réalisation en date.

Il est soutenu par les associations des Droits de l’Homme et reste disponible pour venir en aide à toute lutte contre l’exclusion ou la discrimination d’individus ou de groupes sociaux.

Présentation de A m'aime la terre


« A m’Aime la Terre » est un texte à deux voix pour des personnages de journalistes en hommage à Anna Politkovskaïa, assassinée en Russie le 7 octobre 2006. Entre Tchétchénie et Palestine, « A m’Aime la Terre », dans une écriture transversale, évoque les deux conflits, pour les rendre fraternels et témoigner des forces insoupçonnées de ces hommes et de ces femmes, journalistes, qui au risque de leur vie, à travers les mots, tiennent allumée la fragile flamme de l’espérance contre l’oubli.

Une voix, celle d’une chanteuse,symbole du bassin méditerranéen et de l’Europe centrale se glisse dans les dialogues et porte loin l’indicible des regards et des silences.


Extrait du livre écrit par Théâtre Messidor


Une femme quelque part sur un bout de terre, au milieu de gravas.

Le décor est très rudimentaire. Peut-être seulement un petit écran télescopique ou un drap sur lequel seront projetées les images et les vidéos. Un décor désordonné, chaotique. Un décor de vide et de ruines.

Il y a bien sûr l'idée du lit, du drap (de la page d'écriture). Mais y a-t-il place pour un drap blanc !

Une chanteuse, telle un coryphée psalmodie des vers et des sons arabes (sorte d'écho pour un appel à la prière d'un possible muezzin). Le chant s'arrête, un âne braie puis plus rien. Un long silence s'installe dans la nuit.

Première station

le jardin des oliviers

La journaliste :

Je voudrais te raconter une histoire d'amour comme toutes les mamans du monde racontent à leurs enfants bien avant qu'ils n'apparaissent même. Te dire des mots qui sentent bon la fleur d'oranger et qui glissent sur ton cœur dans une caresse toute maternelle. Je voudrais fredonner une berceuse calme dans la tiédeur des
soirées de ce pays si doux, si tendre à s'y méprendre. Ma main sur mon ventre cherche ta main pour déjà te dire petit homme, la force qu'il faut à naître dans ce monde. La force que je te donne toute nue et la chance et le rire et le bonheur dans tes yeux, un jour à en pleurer de te savoir libre enfin !…

(Elle se tait)

(Elle crie soudain)

"Ne jette pas la pierre ! Ça peut blesser ! Ça peut tuer même ! (temps)…" Tu ne m'écoutes pas… tu lances… de toutes tes forces… de toute ta haine… au plus loin que tu peux… Tu cours, tu te sauves car tu sais la riposte, les tirs, les balles qui sifflent. Héros de paille ! Héros de vent ! Et soudain la brûlure, l'incendie dans ton ventre. Cette chose étrange, tellement inconnue ! Oh Tarek ! Cette chose qui traverse ton corps… et le sang déjà qui s'écoule ! Tu sais… Tu ne ressens pas la douleur… pas encore !

Simplement un goût amer qui remonte dans la gorge… et dans la tête, lentement le petit caillou qui cogne. Tu entends les voix des soldats qui approchent… C'est à ce moment-là que tu me donnes ton regard, ton grand cri silencieux plein de la lumière où tu te noies. Tes jambes tremblent, faiblissent, tu le sens et… doucement, oh ! Dans l'infini de l'instant, les images passent au flou… Quelques secondes d'ailleurs et tu tombes… parmi les pierres.

(Elle se tait)

Des pierres ! Une révolte de pierres, dans un pays où la terre n'est que "pierres" !…

(temps)

Où la chair n'est que chair !

(Elle se tait)

Depuis le commencement… Y a-t-il eu un commencement ?... Mais dans mon histoire, il me faut un commencement !... La blessure d'un enfant !... Tarek "le voyageur conquérant". J'ai marché jour après jour, de village en village, de révolte en soulèvement… Pierre à pierre, j'ai vu le pays repousser la frontière (Elle se reprend). Tenter, espérer repousser la frontière… l'étau qui se resserre ! La lanière d'un mur qui enserre, qui étrangle jusqu'à retenir même la lumière ! Jusqu'à rendre l'eau prisonnière !

(Elle se tait)

Je suis fatiguée !

(Elle se tait)

J'ai marché, j'ai écouté, j'ai marché dans les allées sableuses des camps de réfugiés, j'ai pleuré avec vous comme on pleure la perte d'amis assassinés. J'ai écouté vos mots, vos désirs de liberté, vos espérances, votre désespérance. J'ai trouvé au fond de vos yeux les sources sans fond de la vie et de l'amour et la fierté et le rire malgré tout… J'ai marché encore et encore,

12 / A m’Aime la Terre

Comme on écrit avec ses pieds dans la poussière du monde, des espaces de liberté, des présences d'humanité… Je suis assise sous un olivier. Est-ce ma prière ou le début d'un chant de passion… A qui l'adresser ? A toi petit héros de paille… ?

(Elle se tait)

Une musique d'Europe centrale arrive du lointain. Entre alors une jeune fille qui esquisse quelques pas de danse. Elle joue dans un autre plan, sans lien avec la femme journaliste.

La jeune fille :

Arrêtez la musique ! Il y a tant de fantômes à me tenir la main que je ne sais plus à qui accorder cette danse. Est-ce croire aux miracles que de se savoir légère malgré tout ? Une robe d'enfance, accrochée dans le grenier d'une maison vide, maison trouée de quatorze années de guerre et d'occupation, une robe d'enfance à peine posée sur mon corps adolescent peut-elle accomplir cette magie ? Au bal des enfants d'hier, je suis revenue, et dans la nuit tchétchène, nos pas glissent au souvenir des vôtres.

(Elle reprend la danse sans la musique)

Dansez, dansez ! Mes pieds, mes bras… tournez mes cheveux dans la lumière blanche du Caucase pour que jamais ne s'arrête la ronde de mon peuple… Jouez ! Jouez musiciens !

(La musique reprend).

J'aime cette terre comme un fruit d'été, comme un soleil blond par-delà l'épaule des montagnes. J'aime cette terre
pour le froid de l'hiver, tellement plus froid depuis que le souffle d'Anna n'y habite plus ! Frappez mes pieds et faites sonner la terre comme le pas des chevaux en colère, la marche des Résistants, le chant de Babouchka… grand-mère !

(Elle tourne à s'en étourdir sur la musique qui s'affole. Brusquement tout s'arrête !)