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couverture du livre Une ville Moderne écrit par Brown Touxi

Brown Touxi

Une ville Moderne

13.69 € TTC

Frais de port inclus France
Métropolitaine uniquement

224 pages
Poche : 11 x 18 cm sur papier 80 g bouffant ivoire
Style litteraire : Littéraire
Numéro ISBN : 976-2-9556452-0-8

Présentation de Brown Touxi


Concepteur d'imaginaire Nantais. Dix ans que c'est devenu mon port d'attache et je ne me lasse pas de le dire, j'adore cette ville majestueuse qui me fait rêver : Nantes !

Passionné de fantastique et de sciences-fictions, je me suis lancé il y a 5 ans dans l'écriture de nouvelles fantaisistes où Nantes y joue un rôle prépondérant. J'utilise le terme fantaisiste car chaque histoire se situe entre le fantastique et le réel.

Présentation de Une ville Moderne


Onze histoires fantaisistes de Nantes et d'ailleurs. Confortablement installés dans la culture Nantaise, vous allez glisser petit à petit dans un univers imaginaire avec pour seul point de repère des éléments clés de la ville de Nantes : ses rues, ses bars, ses bâtiments, ses traditions, ses sommités… Plutôt drôles, ces contes modernes peuvent parfois être inquiétants ou poétiques.

Ainsi vous pourrez croiser au coin d'une ruelle un extraterrestre amical, un ange déchu dans un bar, une mamie déchaînée sur les Quaies de la Fosse, une belle brune en robe rouge au Carrousel, un homo sapiens bloqué dans la tour LU… Et toute une brochette d'autres personnages attachants qui déambulent dans Nantes pour votre plus grand plaisir.


Extrait du livre écrit par Brown Touxi


Il était environ 6h43 du matin lorsque Gaétan disparut à l'arrêt Egalité de la ligne 1 sans que personne ne s’aperçoive de rien.
 
Il partait travailler tous les matins depuis huit ans en prenant le tram de 6h44 sans jamais avoir été une seule fois en retard, ce qui était un exploit car les transports en commun, c'est bien connu, sont régulièrement sujets à des variations temporelles de type retard ou grève. Le karma de Gaétan était sûrement lié à l'horloge cosmique, car il était à la ponctualité ce que Kermit est à la grenouille. Enfin, ce matin-là, le métronome semblait déréglé, car la musicalité de son existence enchaînait les fausses notes. Tout avait commencé au réveil, quand il se leva en sursaut vingt-trois minutes après l'heure habituelle. Une panne de réveil, ça arrive, mais son horloge biologique ne pouvait pas se dérégler, lui qui depuis maintenant 8 ans se levait toujours à 5h57 même pendant les vacances, les jours fériés ou les week-ends. Ce réveil très matinal lui permettait d’enchaîner une série de tâches désormais indispensables à son équilibre physique et psychique. Il se réveillait toujours 1 minute avant que les derniers mots de l’invité de France Inter ne viennent résonner dans sa chambre. En quelques secondes il se levait, enfilait ses pantoufles à carreaux écossais qu’il jugeait très moches mais tellement confortables, puis il filait dans la cuisine pour lancer la chauffe d’une vieille cafetière italienne toute cabossée. Il revenait dans sa chambre pour faire une série de trente-six abdominaux, trente-six étant pour lui le plus grand nombre possible, même après huit ans d’exercice quotidien. Il se glissait ensuite dans la salle de bains pour une toilette à l’ancienne, où torse nu, il se savonnait les dessous de bras avec un gant. A 6h08, il prenait ses petits ciseaux à moustache pour aller tailler d’un demi-millimètre son bonsaï, un chêne de 38 ans pas plus haut qu’une bouteille de Muscadet. Cette tâche était toujours accompagnée du descriptif détaillé du programme de sa journée, car Gaëtan pensait que chaque être vivant sur terre avait une âme et qu’en parlant à son arbre il communiquait avec une intelligence supérieure. Après avoir discuté avec son chêne, il petit-déjeunait copieusement, car le médecin du travail lui avait expliqué que c’était le repas le plus important de la journée : au menu il avait donc une grande tartine de confiture, un bol de céréales, une pomme, un jus d’orange fraîchement pressé et son bol de café. Il était généralement 6h27 lorsqu’il s’habillait, toujours avec simplicité : un jean, un t-shirt, un pull et des chaussures de travail marron. Rien de très ostensible car il détestait se faire remarquer. A 6h33 il fermait les trois serrures de sa porte d’entrée, ce qui lui laissait onze minutes pour parcourir les sept cents mètres qui séparaient son appartement de l’arrêt de tram Egalité.
 
Sauf que ce matin-là, toutes ses petites habitudes furent bouleversées par un chaos quasi mystique qui fit dérailler cette mélodie matinale qu’il connaissait pourtant par cœur. A commencer par cette horrible panne de réveil qui l’avait obligé à sauter le petit-déjeuner, à se passer de sa séance d’abdominaux et surtout à abandonner son bonsaï. Tous ces ratés, il en était conscient, allaient inéluctablement le perturber toute la journée, à tel point qu’il hésitait même à aller travailler. Mais la raison et surtout le conditionnement de huit années d’usine l’empêchaient de se faire porter pale. Aussi il se résolut au bout de trente secondes de lutte intérieure entre son petit démon timoré et son ange tyrannique, à prendre son blouson et partir de son appartement à peine coiffé et surtout sans voir qu’il
oubliait sur la table de la cuisine son portefeuille et ses titres de transport. Lorsqu’il voulut fermer la deuxième serrure, la clé se cassa à l’intérieur. Il ne prit pas le temps de maudire la porte ou le sort qui lui pourrissait ce début de journée parce qu’il était déjà 6h39 et que la course à pied à jeun n’était pas du tout sa tasse de thé. Il s’élança donc dans la course qui lui paraissait étonnamment comme étant celle de sa vie, il sentait qu’il fallait à tout prix rattraper le retard et atteindre l’arrêt avant 6h44. Il se mit donc à courir à pleines jambes, la douleur de ses muscles se fit sentir très vite et l’air frais du matin lui brûlait les poumons, mais il persévéra pour finalement atteindre l’arrêt 4 minutes plus tard.
 
S'il était arrivé une minute plus tôt, ou une minute plus tard, il ne serait jamais rentré dans ce tram un peu trop sombre, un peu trop sale et un peu trop lugubre. S'il n'avait pas été si pressé, il aurait vu que le panneau de destination au début du tram indiquait en lettre capitale "SANS RETOUR". Et s’il n’avait pas été si stressé, il se serait aperçu que quelque chose ne tournait pas rond…