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couverture du livre 1178 A-D Maguelone se dévoile écrit par Poulet François

Poulet François

1178 A-D Maguelone se dévoile

20.00 € TTC

Frais de port inclus France
Métropolitaine uniquement

448 pages
A5 : 14.8 x 21 cm sur papier 90 g offset
Style litteraire : Roman
Numéro ISBN : 978-2-9544944-0-1
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Présentation de Poulet François


Anecdotes, témoignages de la vie sur l'île, aujourd'hui comme hier, permettent de porter un autre regard sur les vieilles pierres et sur ce site qui plaît à beaucoup. L'objet initial de cet ouvrage était de décrypter les sens de l'inscription du linteau du portail d'entrée de la cathédrale. Très vite, il m'est apparu nécéssaire de rendre compte de la vie et des avis des différents protagonistes. Je souhaite que nous puissions ainsi partager la même passion.

Présentation de 1178 A-D Maguelone se dévoile


Magnifique île de Maguelone, berceau de Montpellier. Isolée au milieu des étangs et des vignes, préservée de l’urbanisation intense des stations balnéaires voisines, l’ancienne cathédrale de Maguelone fascine toujours. Amoureux de ce site exceptionnel, passionné par son histoire prestigieuse, le Dr François POULET a rédigé une véritable Ôde à Maguelone. En suivant Eléonore, jeune archéologue stagiaire, partez à la découverte d’un site rare et envoutant, revivez les émotions et les difficultés des bâtisseurs du Moyen Âge. Laissez Bernard de Tréviers, chanoine du chapitre de MAGUELONE vous offrir les clés de la cathédrale romane et vous dévoiler le sens de son énigmatique message inscrit dans la pierre, sur le portail du prestigieux édifice. Présenté sous forme de roman, riche en anecdotes, vous saurez tout ce qui concerne Maguelone; hier et aujourd’hui.   INCONTOURNABLE pour tous ceux qui ont déjà un attrait pour ce lieu hors du temps. INTERESSANT pour ceux qui n’y sont encore jamais venu, mais qui savent être curieux de nos origines, de la foi médiévale et qui aiment découvrir l’Histoire par la vie et les pensées des personnages.


Extrait du livre écrit par Poulet François


Chapitre 2

Magalonensis episcopium A.D. MCLXXVII

(Evêché de Maguelone, 1177 ap. J.-C.)

Sur la flamme vacillante d’une lampe à huile, un nouveau moustique brûlait en grésillant.

Peu après, de nouvelles crépitations indiquèrent au chanoine qu’un autre suivait le même chemin, vers l’enfer. Les pluies abondantes de l’été 1177 avaient permis l’éclosion de millions d’œufs et les jeunes femelles partaient en essaims grouillants, en chasse de leurs proies. Près des écuries, les larves pullulaient dans les flaques de purin. Les chauves-souris faisaient des festins, tandis que les mules et les ânes ne cessaient de se fouetter de leurs queues, trépignaient et s’agitaient nerveusement dans leurs enclos boueux.

Frère Bernard, abrité sous sa bure blanche, n’avait cure de ces créatures omniprésentes et ne se souciait aucunement du devenir de tous ceux qui s’approchaient trop près des flammes des trois lampes réparties dans la cellule par son clerc. Deux lampes à suif étaient suspendues contre le mur et une à huile était posée sur sa table d’écriture. La fumée âcre du suif brûlé, le peu d’éclairage produit par les flammes orangées, ajoutés à l’heure tardive lui piquaient les yeux. Mais peu lui importait, ce soir-là, ce qui se passait autour de lui. Il venait de mettre un point final à son oeuvre. Plusieurs mois avaient été nécessaires pour remplir la mission confiée par son ami d’enfance, son évêque, Jean de Montlaur, premier du nom.

- Quatre mois pour un quatrain ! C’est peu et c’est beaucoup, pensa-t-il.
Comment savoir qu’il avait fini, alors que durant des semaines il avait rayé puis remplacé des mots, des expressions, pensant parfois avoir enfin trouvé le bon équilibre, la bonne configuration, puis être rapidement démenti par son jugement propre, après quelques relectures ? Cette nuit-là, il le sentait en son for intérieur, il le savait en son cœur : chaque mot était enfin à sa place. Tout ajout ou tout retrait créerait un déséquilibre flagrant. De toute façon, il était convaincu de n’être que le transcripteur des mots qu’il écrivait. L’inspiration venait d’en haut.

- Tout ce qui vient de Dieu est parfait et tout ce qui mène vers Lui se doit de l’être tout autant, répétait-il souvent quand il enseignait.
La puissance de Dieu est infinie, se disait-il. Son seul devoir était de savoir capter cette inspiration, de trier les expressions divines des pièges tendus par le Malin qui s’ingéniait, même dans cet univers de foi intense, à déstabiliser son oeuvre. Depuis quelques nuits, il touchait au but, désormais il l’avait atteint ! L’équilibre des mots, la légèreté des rimes et la musicalité du phrasé, tout était harmonieux. Il répéta plusieurs fois à haute voix les quatre vers léonins, puis il les chanta à la façon du plein chant, comme les introïts ou les antiennes des offices. Il ne réveilla cependant pas Deudes, le jeune clerc qu’il formait. Celui-ci était profondément endormi à quelques mètres, sur une paillasse, dans un coin de cette cellule qui lui servait tout à la fois d’écritoire et de couchage.

Son « bureau » était petit mais suffisant pour écrire. Un peu d’encre, quelques feuilles d’un papier grossier lui suffisaient. La nuit, il n’avait pas besoin de documents à consulter, il dormait peu, mais écrivait beaucoup et priait souvent. Parfois, comme saint Augustin ou comme y incite la Règle de saint Benoit et à sa plus grande joie, il versait d’abondantes larmes sur sa couche.

La journée, la bibliotheca, l’armarium ou le scriptorium étaient ses lieux de travail privilégiés. Mais la nuit, l’accès à ceux-ci était impossible et interdit. Après l’office de Complies et le coucher du soleil, aucune flamme n’était autorisée en raison des risques d’incendie et même si la porte n’avait été close, il eut été impossible d’y lire ou d’y écrire.

Les chanoines des cathédrales, les prêtres des églises ou les moines des abbayes, comme tous les gens de leur siècle et des siècles précédents étaient habitués à l’obscurité et à la pénombre à l’intérieur des bâtiments. Celle-ci ne gênait en rien la vie quotidienne. Seules la lecture et l’écriture, activités des érudits, des clercs et de quelques lettrés, étaient autant dépendantes de la lumière du jour. Les chandelles en suif étaient communes mais peu pratiques et les récentes bougies à la cire d’abeille, onéreuses, étaient réservées aux offices ou aux réceptions prestigieuses. La lumière qu’elles dégageaient, était faible et tout juste suffisante pour écrire.

Assidu aux offices de la journée et de la nuit, des Laudes aux Vêpres, des Complies aux Vigiles, frère Bernard partageait le reste de son temps à l’évêché entre ses travaux d’étude des textes, de lecture et d’écriture. Sur la recommandation de l’évêque et en raison de son âge, le prévôt l’avait dispensé depuis quelques années, des tâches matérielles utiles à la communauté. Priorité avait été donnée à son érudition et au prestige que Maguelone pourrait en tirer. L’excellence des connaissances, la liberté de l’enseignement et la diffusion de l’instruction étaient des valeurs essentielles aux yeux du chanoine et de l’évêque. Que le plus grand nombre possible puisse connaître et accéder aux joies de la lecture des textes sacrés, était une de leurs préoccupations principales. Jean de Montlaur avait su reconnaître très tôt les talents d’auteur, de poète et d’analyse des textes de frère Bernard.

Sa capacité à savoir lire entre les mots, à percevoir le sens mystique des Écritures l’avait étonné dès leurs premières rencontres. Ils se connaissaient depuis sa propre arrivée au chapitre de Maguelone comme chanoine-enfant. Bien que d’origines fort différentes, ils s’étaient rapidement accordés une confiance mutuelle sans bornes. Le faible écart d’âge avait renforcé cette estime réciproque, au fur et à mesure des années passées ensemble au sein du chapitre de Maguelone.

Frère Bernard ne s’était pas fixé de date limite pour achever son oeuvre. De temps à autre, l’évêque était venu le tancer et lui rappeler que les travaux de la nouvelle cathédrale avançaient bien, particulièrement ceux de la tribune à laquelle il tenait tant. Cette vaste mezzanine gigantesque en pierre permettrait, tout en respectant les tracés des plans initiaux de la nef, de doubler la capacité d’accueil de la cathédrale. Ainsi, les futurs soixante chanoines et les clercs, tous soumis à la règle de saint Augustin, seraient séparés des fidèles et des laïcs.

Cela permettrait d’éviter les distractions de l’esprit durant les rares messes ou offices célébrés en commun. La tribune permettrait aussi de faciliter l’accès des participants aux offices de nuit, grâce à un accès direct depuis l’étage des dortoirs du cloître. Il était aussi prévu d’y ériger un autel dédié à saint Nicolas.

Au vu des plans et des volontés farouches de Jean de Montlaur, cette tribune de trente pieds de large et soixante de long serait aussi vaste qu’une église de paroisse. Peu importait à l’évêque qu’il faille une saison de plus ou de moins pour la terminer. Le magnifique chœur et son abside immense, le transept majestueux que ses prédécesseurs avaient imaginé, étaient achevés et opérationnels depuis longtemps. Jean de Montlaur aurait pu se contenter de faire exécuter le plan prévu à l’origine pour la nef et la façade occidentale. Tout évêque qui décidait la construction ou la reconstruction d’une cathédrale savait qu’il était peu probable qu’il en voit l’achèvement.
Tout évêque de cette époque savait qu’il n’avait pas la maîtrise du temps et que son oeuvre, destinée à la gloire de Dieu et à l’éternité si possible, se devait d’être parfaite. Il en était de même des maîtres d’ouvrage : les maîtres bâtisseurs. Une fois la maquette de l’édifice adoptée par l’évêque et son chapitre, les plans étaient copiés en quelques exemplaires ; certains pour l’usage immédiat, d’autres pour l’usage des générations à venir. Ceux-ci étaient alors précieusement conservés dans le « trésor » de la cathédrale. Le piège mortel était que chacun des futurs acteurs mette son grain de sel, modifie les plans initiaux et fasse s’écrouler, si ce n’est les murs ou les charpentes comme cela arrivait parfois, du moins l’harmonie du projet initial.

Depuis l’étonnante décision de l’évêque Arnaud en l’an 1030, du grand Arnaud disaient les membres du chapitre entre eux, et surtout depuis la visite et la fameuse proclamation du pape Urbain II en 1096, les fonds arrivaient à profusion. Les donations ou les legs des plus riches seigneurs du diocèse abondaient. Nobles et marchands fortunés étaient tous désireux de se faire ensevelir en terre consacrée : au plus près de la cathédrale et du chœur, afin d’être absous des fautes commises de leur vivant, et d’accéder directement au Paradis. Un immense élan général avait enrichi l’évêché de Maguelone. Chaque jour, des ouvriers et des manœuvres proposaient leur aide, souvent bénévole, pour participer à l’embellissement ou à la reconstruction ; qui ses bras, qui son chariot, qui à manger pour les ouvriers… Cet afflux de main d’oeuvre faisait la joie des commanditaires mais créait de fâcheux ressentiments de la part des apprentis, des ouvriers et des manœuvres. Payés à la tâche, tous ces itinérants qui allaient de chantiers en chantiers, au sein de la même équipe le plus souvent, craignaient, en effet, de voir diminuer ainsi leurs maigres revenus.

En revanche, ceux qui étaient spécialisés, les tailleurs, les sculpteurs, les charpentiers, les appareilleurs, etc., n’étaient pas concurrencés par les locaux, incapables de telles prouesses techniques et artistiques.

La même ferveur était partagée par nombre de fidèles qui voulaient assister aux messes du dimanche, aux offices des principales fêtes liturgiques ou aux inhumations fastueuses des personnages importants. Il était ainsi devenu très vite nécessaire et financièrement possible d’agrandir la cathédrale du grand Arnaud et les bâtiments claustraux. Les premiers chanoines étaient douze, ils devraient bientôt dépasser les soixante, sans compter les novices, les clercs et les serviteurs. Les seigneurs et leurs suites voulaient aussi assister aux offices des grandes fêtes chrétiennes, ainsi que les marchands, les voyageurs, les pèlerins et bien sûr tous les chrétiens des environs dont le nombre avait beaucoup augmenté en un siècle.

La fin des invasions barbares d’une part et des récoltes abondantes d’autre part avaient permis de retrouver une prospérité oubliée depuis longtemps. Bien sûr, chaque bourgade avait son église paroissiale, son prieuré…, mais pour les grandes occasions, nulle autre n’avait le prestige et l’apparat que la nouvelle cathédrale saint Pierre et saint Paul de Maguelone aurait. Seule l’église sainte Marie de Montpellier, de taille bien plus petite, avait une notoriété équivalente. Sa situation, sur le chemin des Pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle et de Saint-Gilles, l’y aidait grandement. Les églises Saint-Denis de Montpellieret et Saint-Firmin de Montpellier étaient certes de beaux édifices mais avaient rangs de simples églises de paroisse, loin du prestige de la cathédrale.

Priorité était donnée par l’évêché à la magnificence de Maguelone. Dans le respect de la règle de saint Augustin, bien sûr, et des impératifs de protection et de sécurité des biens et des personnes.

La situation inédite et originale de cette cathédrale imposait, en effet, et ceci depuis l’origine, qu’elle soit conçue comme une forteresse. Des attaques de pirates et de Barbaresques étaient toujours possibles. Les raids et les razzias étaient devenus moins fréquents, mais il fallait prendre ce risque en compte dès la construction.

Plusieurs fois par an, des pêcheurs étaient capturés en mer pour être vendus comme esclave ou enrôlés de force. Nul doute que des proies faciles attireraient les convoitises, l’effet dissuasif était donc aussi important que l’efficacité elle-même. L’effet de surprise étant la principale force des pirates, des guetteurs haut perchés, prêts à donner l’alerte à tous moments, étaient la meilleure défense. Les remparts, les tours de guet, les mâchicoulis et surtout l’épaisseur considérable des murs constituaient la première ligne de défense. Les ouvertures étroites et en hauteur, les meurtrières, les créneaux et un nombre de voies d’accès très limité complétaient ces dispositions. Enfin, la toiture en épaisses dalles de pierre, les lauzes, lourdes mais résistantes aux flèches ou aux incendies, permettait en cas de nécessité d’y installer des armes de jets en position stratégique.

Le grau d’accès à l’étang avait été déplacé, dès la décision du grand Arnaud d’ériger l’évêché sur l’île. Depuis, le « grau neuf » était un verrou très bien gardé. La seule présence de ces équipements avait éloigné les éventuels assaillants, la force avait très rarement été employée depuis un siècle. L’évêché entretenait quand même une armée de soldats, au cas où…

Si quelques rares abbayes jouissaient d’une position insulaire semblable à celle de Maguelone, une seule autre cathédrale, celle de l’île de Torcello, cité à l’origine de Venise, avait une situation similaire. Les mêmes règles structurales et prudentielles y étaient appliquées.

Après moult débats et conflits, l’évêque Galtier avait pris la lourde décision de la destruction de la cathédrale d’Arnaud. Les plans de la nef initiaux avaient été établis durant son épiscopat. Ce dernier avait débuté les travaux du chœur et ils furent poursuivis par son successeur, l’évêque Raimond.

- Sacrilège ! avaient-dit certains à l’époque, d’après les rumeurs du cloître.
- Sacrilège ! disaient encore les opposants de Jean de Montlaur.
A leurs yeux, l’évêque trahissait l’esprit des reconstructeurs et avait « la folie des grandeurs ». Pour faire adhérer les fidèles et le chapitre à sa conviction, à son désir fou d’agrandissement en hauteur, le prélat avait proclamé que la volonté de Dieu lui était apparue une nuit et qu’il avait vu en songe la vieille nef en ruine. Il s’était ainsi lui-même convaincu que ce projet, qui lui tenait tant à cœur, était d’essence divine. Au bout de quelques mois, par une chaude nuit d’été, il eut vraiment en rêve la vision de l’église menaçant ruine, cela l’avait profondément marqué. Dès lors, il décida de consigner ses rêves par écrit. C’est ainsi qu’il avait eu l’idée de la tribune mezzanine. Il avait raconté la scène à plusieurs reprises : alors qu’il méditait un soir à l’échelle de Jacob et à ses divers échelons, une image lui était apparue, celle de la crèche du Christ. Il s’était vu sur un étage de bois, en surplomb, en train de contempler la scène de la nativité.

- Tout comme le demi-étage dans les bergeries alpines où les paysans montagnards stockent le foin au-dessus du bétail, avait-il expliqué. Jean de Montlaur avait consulté de nombreux maîtres bâtisseurs, tant languedociens du comté de Provence ou de celui de Toulouse, qu’étrangers. C’est finalement un maître appareilleur lombard, Lorenzo Egidio, qui avait proposé une solution.

- Ma si, Monsignore, avec une voûte d’arête ou même une voûte en berceau, tout est possible. Una tribuna in mezzanina, c’est tout à fait réalisable, avait-il expliqué. Pour cela, il utiliserait la technique de la vela, ce voile peint de scènes bibliques sur l’intrados des voûtes. En Lombardie et dans les comtés environnants, c’était cette face visible sous la voûte qui était recherchée, mais la technique permettait aussi de supporter des poids très importants. Dès lors, il devenait possible d’« agrandir » la cathédrale, de l’intérieur, sans qu’il soit nécessaire de modifier le tracé des murs initialement prévus, ni les proportions d’origine. Lorenzo Egidio fut chargé de la surveillance des travaux à la condition de respecter les tracés anciens de la nef, sans y apporter de modifications, et de rendre régulièrement compte à Jean de Montlaur de l’avancée des travaux. L’évêque avait insisté sur le fait qu’il se réservait le choix de l’ornementation du portail et des fresques peintes à l’intérieur. Il comptait faire passer un message dès l’entrée de l’église cathédrale. Bernard de Tréviers était chargé d’élaborer ce message, de communiquer à tous, les valeurs chrétiennes de Maguelone ainsi que son attachement à la papauté. Il n’était pas question que quiconque, maître bâtisseur de renom ou pas, veuille remplir de sculptures ou de vastes baies la façade ou le portail de son église. Cette façon de faire était en vogue depuis quelques années, mais déplaisait beaucoup au puissant prélat. Installé presque à demeure à Montpellieret, et évêque depuis près de vingt ans, Jean avait consacré une multitude d’églises, de chapelles et autres prieurés. Il avait assisté à l’érection et la consécration de plusieurs autres cathédrales et ses nombreux voyages, ne serait-ce que pour assister aux conciles, l’avaient mis à la pointe des connaissances en ce qui concerne les constructions religieuses. Il avait fait siennes les paroles que saint Bernard de Clairvaux avaient écrites dans l'« Apologie à Guillaume de Saint-Thierry » :

« L'Église resplendit dans ses murs et elle n'a rien pour ses pauvres. Elle revêt d'or ses pierres et abandonne ses fils tout nus. Aux dépens des miséreux, on régale les yeux des riches. Les curieux trouvent de quoi s'amuser, mais pas les malheureux pour se sustenter. Mais que font dans les cloîtres, devant les frères en train de lire, ces grotesques qui prêtent à rire, ces beautés d'une étonnante monstruosité ou ces monstres d'une étonnante beauté ? »

Persuadée de la véracité des propos du prélat, que chacun savait être en relations fréquentes avec le pape Alexandre III et être apprécié du roi de France, Louis VII le jeune, la foule avait adhéré au projet, ainsi que la majorité du chapitre. Une souscription publique avait permis de recueillir trente mille sous, Jean de Montlaur pour sa part avait fourni vingt-huit muids de blé et de vin pour les ouvriers qui accoururent nombreux.