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couverture du livre CRUSH écrit par Rébergues Guillaume

Rébergues Guillaume

CRUSH

11.69 € TTC

Frais de port inclus France
Métropolitaine uniquement

128 pages
Poche : 11 x 18 cm sur papier 80 g offset
Style litteraire : Roman
Numéro ISBN : 978-2-35682-193-5

Présentation de CRUSH


Elle se rend compte que sa bêtise a provoqué l'accident. Lui a fait perdre son mari, son fils. A mené son enfant dans cet endroit. Elle réalise à quel point il est sordide. Son public, un ramassis de gros bonshommes saouls assoiffés de cruauté. Sa scène, un plancher décrépit qui a happé sa merveilleuse petite fille et ne la lâche plus. Dans un élan de colère, Marie lève sa vieille planche cloutée.

Le public n'a toujours pas compris. Et les gens applaudissent. Incapable d'ouvrir les yeux, Désirée entend sa mère faire des bruits de cochon, elle entend des cris. Les rires ont vite cessé, mais il y a encore, un peu plus loin, le bruit de quelques applaudissements.


Extrait du livre écrit par Rébergues Guillaume


La famille Poupard est à l’image de la banlieue dans laquelle elle vit : fade et sans histoire. Jean-Claude Poupard, le père de trente-neuf ans, rêve de devenir astrophysicien et d’observer les mouvements des corps célestes. Il est surveillant de baignade, et touche un salaire raisonnable à scruter les déplacements de corps humains. S’il jugea d’abord qu’il n’était donc finalement pas arrivé si loin de son but, il s’est langui au fil des années de ne pouvoir lever son nez pour observer la course des astres nichés haut dans le ciel. Marie Poupard, la mère de quarante ans, rêve d’être la plus belle des femmes. En 1987, elle a remporté le second prix du concours de beauté du lycée de Bregnies-les-oies. Ce jour reste gravé dans sa mémoire et sur les murs du salon de la résidence familiale. Trois photographies ont été agrandies et disposées soigneusement au-dessus du poste de télévision, derrière le canapé et sur le côté de la porte d’entrée. Désirée Poupard, la fille aînée de huit ans, rêve de devenir une princesse constamment habillée de soie rose.

Chaque dimanche, elle revêt une robe confectionnée par sa mère, pour vivre par anticipation le grand jour où elle sera anoblie. Jérôme Poupard, le fils cadet de cinq ans, rêve d’aller au zoo pour se retrouver nez à nez avec les animaux colorés de ses livres d’images que son père lui lit chaque soir de travers, en regardant les étoiles par la fenêtre de la chambre du petit. Aujourd’hui, l’un des membres de cette famille ordinaire s'apprête à réaliser son plus profond désir. En effet, les Poupard partent au zoo. Raoul Duflier n’aime pas faire les courses le samedi. Mais Janine Duflier, sa femme depuis maintenant trente-sept longues années, préfère traverser les rayons du supermarché en compagnie de son époux. Comme chaque samedi, Raoul s’est mis dans la voiture bien avant l’heure de départ prévue, il a sorti le véhicule du garage et l’a placé devant la maison. Il laisse le moteur tourner depuis vingt bonnes minutes, attendant son épouse en perdant patience. Lorsqu’elle arrive enfin et qu’elle s’installe à côté de lui, embaumée de trois parfums différents, l’homme perd pied avec la réalité, l’attitude de Janine l’insupporte. Il a envie de lui faire peur, il a envie de lui faire mal. Dans son esprit repassent les années de soumission. Son asservissement depuis près de quatre décennies à l’usine, où il accepte les heures supplémentaires et les jours de repos perdus, où il a appris à reproduire mécaniquement les mêmes gestes qu’il effectue également pendant son sommeil. Son esclavage face à Janine, qui a pris absolument toutes les décisions depuis qu’ils se sont rencontrés, du choix de leur mariage jusqu’aux choix de leurs dépenses ou de leurs amis. Il appuie sur l’accélérateur plusieurs fois au point mort, sous le regard désarçonné de Janine.

Il passe ensuite la première et démarre en trombe.

Evelyne Lantoubion vit seule dans une grande demeure depuis la mort de Robert, feu son époux. A force de continuer à lui parler au cimetière, elle s’est mise un jour à poursuivre la discussion sur le trajet du retour chez elle. Le glissement s’est opéré petit à petit, sans qu’elle s’en rende compte. Elle a fini par converser avec Robert tous les jours, elle s’est habituée à sa situation et ne se souvient plus à quoi ressemblait son mari de son vivant. Robert veut se promener, car c’est le week-end et le couple est resté enfermé toute la semaine. Evelyne se prépare donc pour une balade champêtre dans le parc près de chez eux. Elle ne reprendra son puzzle qu’au retour, Robert ne l’aide pas beaucoup quand il a d’autres idées en tête.

Si Jean-Claude Poupard veut étudier les étoiles distantes de milliards de kilomètres, force est de constater que sans lunettes, il ne voit pas à deux mètres. Malgré tout, Monsieur veut mettre ses verres uniquement pour lire. Depuis bien longtemps, il s’est habitué, pour des raisons esthétiques, à se promener ou conduire sans. Comme il ne supporte pas les lentilles de contact, il marche et roule doucement, évitant les grandes avenues et l’autoroute. Marie, de la vieille école, n’a jamais passé son permis. Elle comprend son époux, elle qui souhaiterait tant être la plus jolie.

Elle laisse Jean-Claude tranquille. D’autant que c’est elle qui lui a dit un jour « Tu es moins beau avec tes lunettes ». Et quand son conjoint a passé des heures à chercher d’autres paires, elle lui a expliqué qu’aucune monture ne lui allait car il n’avait pas une tête à lunettes, c’est tout. Sur la route, elle lui fait remarquer une déviation pour cause de travaux. Une déviation qui ne passe pas par le zoo. Alors Jean-Claude décide de faire demi-tour et de prendre la nationale.

Raoul fonce, fonce et ne semble plus vouloir décrocher le pied de l’accélérateur. Janine hurle, hurle et ne paraît plus pouvoir s’arrêter. Raoul ne réfléchit plus, il exulte. Il a le contrôle. Personne ne peut lui dicter quoi que ce soit. Quand Janine a tenté de lui prendre le bras pour le stopper, il lui a décroché un revers de la main, et comme une balle de tennis habilement frappée pour marquer le point, la tête de Janine est partie cogner l’angle de la portière. Janine ne sait plus si elle crie de douleur ou de désespoir. Elle ne saisit rien, ne reconnaît pas son époux, lui d’habitude si tendre et docile.

Evelyne rit de bon cœur lorsqu’elle traverse le passage piéton en compagnie de Robert. Ce dernier vient de lui narrer la meilleure histoire drôle qu’elle ait jamais entendue. Non pas que la blague soit tellement savoureuse, mais, comme d’habitude, Robert s’est emmêlé les pinceaux et a raconté de travers. Il n’a pas trouvé la chute, hésitant entre plusieurs fins. Evelyne explose tout à coup, son rire est devenu fou rire, elle se plie en quatre au beau milieu de la chaussée.

Jean-Claude Poupard doit passer par des endroits inconnus. Lorsqu’on ne voit pas plus loin que son pare-chocs, il est utile de maîtriser son parcours. Arrivé à une intersection, il aperçoit trop tard une tache immobile, qui s’avère être une dame assez âgée. Tandis que Marie se met de l’eye-liner, une collision fait vibrer la voiture et la femme s’enfonce douloureusement le pinceau dans l’œil gauche. Désirée, qui s’était détachée pour ramasser sa poupée tombée au sol, s’écrase sur le siège avant passager.

Raoul n’a ni le temps ni l’envie de freiner lorsqu’il réalise que la voiture devant lui est à l’arrêt.

Il percute de plein fouet le véhicule à une vitesse de plus de cent trente kilomètres heure. La berline familiale effectue plusieurs tonneaux avant de s'échouer sur un lampadaire. Raoul s’écrase la tête contre son volant, sans profiter de l’airbag dont sa vieille automobile n’est pas dotée. La moitié de Janine traverse le pare-brise pour atterrir sur le bitume. Ses jambes restent assises confortablement sur le siège avant droit. La ceinture passager, trop ancienne, n’était plus composée que de la boucle inférieure.

Evelyne n’a rien perçu. Son crâne est aplati au sol. Ça sent le goudron et le sang, qui se déverse sous ses yeux. Mais Robert est sain et sauf, et c’est tout ce qui compte.