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couverture du livre Fernand un arc-en-ciel sous la lune écrit par Martial Victorain

Martial Victorain

Fernand un arc-en-ciel sous la lune

22.69 € TTC

Frais de port inclus France
Métropolitaine uniquement

322 pages
14.8 x 21 cm
Style litteraire : Roman
Numéro ISBN : 978-2-9552101-0-9
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Présentation de Fernand un arc-en-ciel sous la lune


Peu après seize heures sont apparues les hautes grilles en fer forgé de la résidence du Perce-Neige. Fernand s’est enfilé entre les deux pylônes en pierre de l’entrée et a contourné une partie du parc fleuri et l’étang vert saupoudré des petites fleurs blanches et roses des nénuphars. Tout était identique au prospectus publicitaire qu’il avait reçu et paraissait sortir du papier dépliant glacé. Il y avait là les mêmes arbres avec semblait-il, les mêmes feuilles suspendues dans le même air immobile, la même façade au crépi crème prise de trois quarts, les mêmes fenêtres closes et les mêmes allées goudronnées. La voiture bordeaux garée sur le côté était là, elle aussi. Il ne manquait rien.

Fernand stoppa la GS sur un emplacement situé de l’autre côté du bâtiment pour ne pas modifier la photo. Il coupa le contact et s’arracha de son siège auto. Il tira en se redressant – par habitude peut-être – une nouvelle fois sur les boucles de ses bretelles. Puis il déplia de toutes ses forces ses muscles atrophiés par cette position inconfortable et prolongée, un peu à la manière d’un qui aurait voulu se grandir par la taille. Une fois parfaitement déplié et défripé, il emprunta la direction de la petite pancarte indiquant où se trouvait l’accueil.


Extrait du livre écrit par Martial Victorain


Il avançait sous un soleil qui n’avait pas faibli de la journée. Personne, pas même un chat ne se trouvait à l’extérieur pour profiter de ce bel été des Rameaux. Il venait de parcourir près de cent cinquante kilomètres et sa chemise ventousait à son dos. Il aurait bien aimé qu’un ventilateur d’air frais lui souffle dessus à cet endroit. Il n’avait pas l’habitude de faire de si longs trajets et il sentait la fatigue qui s’était installée dans les muscles de ses jambes et le long de sa colonne vertébrale.

Il avait traversé par la Margeride et le Gévaudan, franchit ensuite Le Plateau Des Cailloux et son paysage lunaire de pierres noires et grises, ses haies de genévriers qui se cramponnent aux pelouses sèches, giflées par de grandes bourrasques glaciales même à cette époque de mi-printemps. On dit que par ici l’hiver fend les pierres et que certaines nuits on peut les entendre craquer. Fernand se disait qu’il était bien courageux celui qui avait osé passer une nuit sur ce plateau en plein hiver pour rapporter de telles croyances.

Après le plateau, il avait plongé sur Florac et la douceur de la vallée du Tarn. Il n’avait pas beaucoup eu le temps d’apprécier le paysage tant la route était sinueuse. Il lui fallait garder le cap.

Ensuite, il avait traversé plusieurs villages et petits bourgs avant de s’élancer dans la dernière ligne serpentant entre la Cham des Bondons parsemés de menhirs, la barrière verte des Cévennes et le Causse Méjean.

Maintenant qu’il était enfin rendu à destination, il pouvait souffler un peu et se relâcher.

C’était une lourde porte vitrée équipée d’un groom mécanique ; elle balayait le carrelage fade d’un petit bout de couloir qui menait à deux portes battantes. Quand Fernand pénétra dans le sas, une odeur artificielle de violette lui empesta les narines. Sur sa droite, la porte où était indiqué le secrétariat était largement ouverte. Il y cogna tout de même d’une phalange d’index, se tenant discrètement et poliment dissimulé derrière la cloison du couloir.

— Oui ? Entrez !

Fernand apparut dans l’encadrement de l’huisserie. Une brune à lunettes, charmante, la quarantaine, pantalon de toile beige et chemisier noir, se tenait assise à pianoter devant un écran d’ordinateur.

Bonjour monsieur, je peux vous renseigner ?

Je suis Fernand… Fernand Malicier.


— Oh ! enchantée monsieur Malicier ! Mais entrez, entrez donc, je vous en prie. Nous serons mieux installés pour bavarder.

D’un bond la brune s’était extirpée de son fauteuil pour saluer ce nouvel arrivant. Après une chaleureuse poignée de main elle reprit :

— Nous vous attendions un peu plus tôt et je dois bien vous avouer que l’heure avançant, nous commencions à nous faire un peu de soucis. Asseyez-vous.

Le bureau de la secrétaire, plaque de verre fumé, compris entre deux armoires métalliques à tiroirs à bascule, croulait sous une pile de classeurs desquels dépassaient çà et là des feuillets écornés. Elle tendit à Fernand une chaise beige en coquille de plastique moulé.

— Je me présente à mon tour : Bérénice, secrétaire de ce bel établissement. Bienvenue au Perce-Neige, Monsieur Malicier. Vous avez fait bonne route au moins, avec toute cette chaleur ?

— Oh, vous savez, moi… je suis comme le mercure des baromètres… la chaleur, ça me met toujours le moral au beau fixe.

— Il va sans dire et vous avez bien raison, c’est agréable, mais tout de même un peu tôt pour la saison. Nos résidents, eux, se tiennent tranquillement au frais. Pas un qui ose prendre le soleil et d’ailleurs, nous leur déconseillons. Ce ne serait pas prudent avec ces températures… Nous avons quelques formalités à remplir ensemble, après quoi, je vous libère. Une aide-soignante viendra vous chercher. Elle vous fera visiter l’établissement et vous montrera où se trouve votre chambre. Vous allez voir, vous serez bien avec nous. Un vrai coq en pâte. Nous sommes ici comme une grande famille. Madame la directrice est absente pour la journée mais elle ne manquera pas de vous saluer à son retour. Vous voulez un verre d’eau ? Un jus de fruits peut-être ? Ou préférez-vous quelque chose de chaud ?
— Volontiers oui, je veux bien un peu d’eau.
Fernand se demandait pourquoi c’était une aide-soignante qui devait lui servir de guide. Il ne se sentait nullement malade et n’avait pas besoin qu’une aide-soignante s’occupe de lui. Il voulait visiter, bien sûr, mais en valide, être considéré comme monsieur tout le monde.
La secrétaire revint un verre d’eau à la main et après qu’il se fut désaltéré, tracassé par cette pensée, il reprit :

— Je ne suis pas malade, vous savez.
— Certainement Monsieur Malicier. Et c’est tout le mal que je vous souhaite : la bonne santé. Donc, vous ne suivez actuellement aucun traitement si je comprends bien.
— Rien.
— Pas même pour la circulation sanguine ou la tension ?
— Non, pas.
— Dans ce cas, je vais vous demander de bien vouloir me laisser les dernières ordonnances que vous avez en votre possession afin que je puisse les transmettre à l’infirmière-chef.
— Je n’en ai pas.
— Pas une seule ? Même une toute petite pour me faire plaisir ? La secrétaire le taquinait.
— Aucune, insista Fernand.
— Des radios alors ?
— Pas plus.