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couverture du livre Je ne suis que son nègre écrit par Saintin Maud

Saintin Maud

Je ne suis que son nègre

20.69 € TTC

Frais de port inclus France
Métropolitaine uniquement

212 pages
A5 : 14.8 x 21 cm sur papier 80 g bouffant ivoire
Style litteraire : Roman
Numéro ISBN : 978-2-35682-071-6
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Présentation de Saintin Maud


Maud Saintin écrit des nouvelles (dont une publiée dans la revue Squeeze), des chroniques sur internet, des blogs et divers articles pour webzines…

Elle est également l’auteur des chansons du groupe MonMec dans lequel elle chante, Montpellier, et pour Soulem Productions, Londres. « Je ne suis que son nègre » est son troisième roman.

Présentation de Je ne suis que son nègre


Alix est trentenaire, elle exerce la profession de traductrice et élève seule, dans le sud de la France, sa fille Stéphane. Depuis le décès de son mari, elle se reconstruit tant bien que mal en vivant des amours passagers en reposant toutes sa confiance dans l’amitié qu’elle entretient avec Zélie, une célibataire endurcie.


Extrait du livre écrit par Saintin Maud


Max me dit qu’il ne se souvient pas de tout.Pourtant les mots sont précis, les descriptions chirurgicales. Si bien que je me demande si ce type n’est pas en train de tout inventer, là, sur le canapé.
Il a vingt-deux ans et travaille comme maître d’hôtel. Une bonne place, un salaire copieux, des horaires chargés. Pas de vacances avant deux ans. Tombant sur un investisseur en cours d'acquisition d'un restaurant gastronomique en manque de personnel, Max propose un coup de main pour l'ouverture. Il assure la soirée et finit tard, boit un verre avant de rentrer. Il est pressé de retrouver la fille qui l’attend chez lui. Max aime les filles qui l'attendent chez lui. Valorisé, il est pensé, attendu, langui… Tout ce que son père n’a jamais su lui donner. Il accélère sur la départementale. Il est à plus de cent quand une autre voiture déboule par la gauche et grille le stop.

Max, agité, parle près de mon visage, comme s’il voulait me faire rentrer dans son souvenir. Il me fait la scène cliché de l’accident des « Choses de la vie » : les souvenirs qui défilent, le choc, la voiture projetée à plus de quarante mètres, la multitude de tonneaux… Puis le tunnel sombre, et au bout, la fameuse
lumière… Je ne peux contenir un sourire crispé. Je ne lève pas les yeux de mon cahier rouge. J’écris.
Max s’extirpe difficilement de la voiture, il est seul et rampe jusqu’à l’autre épave pour y découvrir deux corps inertes. Il se lève péniblement et titube dans le noir. Une voiture s’arrête. A cette heure, sur cette route ?
— Oui, répond-il agacé.


Le conducteur à peine surpris le ramasse et le dépose à la gendarmerie la plus proche. Une gendarmerie… Pas l’hôpital dans cet état ?
— Non ! crie-t-il comme si je le réveillais en sursaut.


Je lui demande de parler moins fort à cause de la petite. Je crains de l’énerver un peu plus. Mais il reprend calmement et à voix basse.

Il a très mal au dos, au bas de l’échine. Il est à la gendarmerie pour une déclaration alors que deux personnes se vident de leur sang à cinq kilomètres, sur la route de Marseillan, et que sa colonne vertébrale est fracturée. Je trouve ça dingue mais décide de ne rien dire. C’est la première claque de sa vie. La prise de conscience de sa propre fragilité, et l’importance… La phrase de Malraux écrite au-dessus de mon lit d’ado me revient dans un flash : « Une vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie. »
Max veut grandir, être indépendant. Dès ce jour il sera ambitieux. Il est prêt à prendre des risques pour réussir et surtout, sortir d’un milieu, montrer de quoi il est capable. À peine sorti de l’hôpital, prisonnier de son corset, il court maladroitement vers ce qu’il pense être la liberté.
 
J’écoute Max, j’essaie de saisir le personnage. Il cultive le mystère alors qu’il n’a rien que l’on puisse qualifier de bizarre en apparence. La quarantaine, de taille moyenne, il n’est pas particulièrement beau, il n’est pas du tout laid, ne s’habille pas mal, n’affiche pas de style particulier. Il réalise des opérations immobilières. Divorcé, il est le père d'un garçon de onze ans. C'est tout ce que je sais de celui qui, chez moi, me raconte comment il achetait des voitures pour les revendre. Il explique tout, de la taille de la salle des ventes à la veste marron du client qui lui achète une R25 automatique dont il croyait ne jamais pouvoir se débarrasser. Sur la télé des images dansent sans son, le début d’un viol. Fascinée par le pire, je ne peux m'empêcher de regarder. Truffée de détails, la scène paraît interminable. Max parle. Tout se brouille dans mon esprit. Et si cet homme se jetait sur moi tout à coup ? Je tousse et me redresse sur le divan ; j’essaie de me tenir droite. Je saisis la tasse sur la table basse et avale une gorgée d’infusion du Maroc en croquant quelques pignons.

Je n’ai pas à m’inquiéter. Je ne suis que son nègre.