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couverture du livre Journal sentimental d'un trentenaire occidental indécis écrit par Aïno Pierre

Aïno Pierre

Journal sentimental d'un trentenaire occidental indécis

19.50 € TTC

Frais de port inclus France
Métropolitaine uniquement

320 pages
A5 : 14.8 x 21 cm sur papier 80 g bouffant ivoire
Style litteraire : Roman
Numéro ISBN : 978-2-35682-520-9

Présentation de Aïno Pierre


Pierre Aïno, psychanalyste habite Paris.

Présentation de Journal sentimental d'un trentenaire occidental indécis


Pascal, la trentaine, enseignant désenchanté, traverse une crise qu’il impute à son père absent depuis son enfance. Il décide de partir à sa recherche et ses pérégrinations parisiennes, en Outre-Mer et aux États-Unis lui permettent de faire le point sur sa propre vie, instable et sans engagement aucun.

Le lecteur fait la connaissance de sa mère rigide, de son amie lesbienne et de ses déceptions amoureuses… Le départ de sa promise outre Atlantique pour de longues années lui fait prendre conscience qu’il est en fait à la recherche de sa propre identité.


Extrait du livre écrit par Aïno Pierre


Quand je sortis du resto, les lumières de la ville me parurent éclatantes.On voyait des éclairs dans le ciel et les voitures semblaient plus brillantes. Des voitures de cristal. Je m’allumais une clope et réfléchissais à la direction que j’allais prendre. À gauche vers ma Chrysler ou à droite vers l’aventure. Je pris à gauche en ravalant ma salive et en vérifiant que je n’avais pas perdu mes papiers ou mon argent. J’essayais de marcher comme un homme libéré, alors que je ne savais pas où j’allais. Mon ambition était de rencontrer une fille disponible pour passer un moment mais cette entreprise paraissait hasardeuse. Un endroit sympa pour boire un dernier verre était plus dans mes cordes. Je m’assis sur un banc pour consulter mon guide et je trouvai un bar musical dans un hôtel de luxe un peu plus loin sur l’avenue. Bien que l’hôtel ne soit pas un Hilton, je me devais de tenter le coup.

Une fontaine ruisselante, des sculptures genre Renaissance en carton-pâte et des jets de lumières bleues, rouges, oranges : bienvenue à l’hôtel « Buena Vista ». J’avance et me dirige vers la musique, comme si c’était un lieu. L’entrée est très grande et luxueuse. Des gens vont et viennent autour de moi, plutôt jeunes. Personne ne semble faire attention aux autres. La musique m’emmène au fond, sur la droite. Un escalier qui descend. Et un grand trou noir sonore, excitant. Tout s’éclaircit enfin. Des centaines de gens bien habillés en train de parler ou de danser. Trop génial. Comme dans les feuilletons. Au fond, une scène et un groupe dont deux chanteuses reprennent un tube de Prince des années quatre-vingt, dont le nom m’échappe mais pas « Kiss ». Je m’avance timidement vers le bar situé sur la droite et regrette de n’être pas plus grand. Heureusement que j’ai fait un effort vestimentaire, jean délavé et chemise noire. Je ne me sens pas vraiment à ma place ici, mais me suis-je un jour senti à ma place quelque part… Je vais me commander un Whisky pour me donner du courage. Ça m’a tellement réussi jusque-là. Tous les gens ont l’air de se connaître. Peut-être me connaissent-ils également. Je cherche du regard un endroit où me poser, essaie de paraître décontracté. Dans les films, une rencontre est toujours inscrite au programme, une légère bousculade, un verre qui tombe, des yeux qui se croisent et le tour est joué. Dans la vraie vie, tout est beaucoup plus contraignant, résiste davantage. Finalement, je vais rester au bar et attendre un peu qu’un miracle se produise. Le groupe est bon. Une des chanteuses ressemble à Whitney Houston. J’aimerais être sur scène avec eux, à la basse ou la « rythmic guitar ». Une jeune femme à dix mètres sur la droite me fait penser à Katia. Mon cœur s’emballe mais très vite déballe : elle n’est qu’un de ces fantômes énigmatiques qui peuplent l’univers de la nuit. Je voudrais tant que ma Katia partage ce moment avec moi. Comment se fait-il que je sois parti sans elle ? On nage en plein délire ! Je dois être fou ou demeuré mental. Je voudrais pouvoir vider ma tête comme une corbeille à papier trop remplie mais malheureusement c’est impossible. La seule option serait de compresser notre cervelle, mais la compression fait perdre du signal. Elle nous ratatine. Il faudrait que je trouve une jeune fille seule et que je lui propose de lui payer un verre, ou que je m’offre à elle, ou que je la supplie de m’accepter dans sa vie, même pour une heure. Mais personne ne semble prêt à aider un type comme moi. Aux Etats-Unis, on n’aime pas les perdants et mes jérémiades n’apitoient que ce groupe de funk-rock qui joue maintenant un slow pour me consoler. Les autres types dans mon genre se noient tous dans l’alcool à des doses bien supérieures. Un gars à côté de moi semble seul lui aussi. Il balance la tête en cadence et quand je le regarde, il prononce dans ma direction quelque chose d’incompréhensible. Je fais mine d’agréer et il me dit qu’il aime venir ici parce qu’il y a toujours de la bonne musique. Je ne sais pas quoi répondre mais il n’en n’a cure. Il me dit qu’il s’appelle Mark. Je dis « Hello Mark, I’m Pascal » et je lui serre la main. Bien qu’imberbe, il ne ressemble en rien à « la rencontre espérée » mais ça me fait du bien de parler à un mec. Ne pas avoir à séduire en permanence est très reposant. Il me propose de me payer un verre mais le mien n’est pas encore vide. J’accepte cependant une bière sans prêter attention à ma voiture qui m’attend sagement à l’autre bout de la rue. Nous restons là lui et moi à discuter tranquillement. Mark est ingénieur et travaille à la mise en place d’une nouvelle attraction Disney. Laquelle ? « Je suis aussi payé pour garder le secret » me répond-il en souriant. Comme si j’allais vendre l’information aux russes ! Je lui dis que je suis français, prof., et que j’enseigne l’économie. Ok ! Ok ! Il me demande si je suis là en vacances et j’aimerais lui raconter ma vie mais je me contente d’un « yes » pas très assuré. La soirée bat son plein. Quand tout est joyeux autour de nous, notre tristesse paraît plus intense. Je n’ose pas danser et l’idée de faire tomber mon verre pour provoquer une rencontre semble inaccessible. Je pense à rentrer parce qu’au fond, le cœur n’y est pas. Je me sens fatigué après cette journée de route. Mark lui, ne se pose pas de questions existentielles. Il savoure un moment de solitude, loin de sa famille ou de sa petite amie. Pour lui, une soirée de liberté est une récompense. Comme un bonbon qu’on suce lentement de peur qu’il ne fonde trop rapidement. Pour moi, tout est différent. Je sens qu’une toile se tisse lentement à l’intérieur de mon corps. Qu’elle immobilise un à un tous mes organes. Comme un poison qui s’insinue progressivement dans mes veines, toute idée positive est bientôt paralysée. À tel point qu’une nausée me gagne peu à peu. J’ai l’impression que je suis transparent comme un verre d’eau. Mark ne s’aperçoit de rien naturellement, parce qu’il continue de me parler. Il est originaire de Santa Barbara en Californie et travaille en Floride pour quelques mois.