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couverture du livre L'ombre portée du songe écrit par Longhini Philippe

Longhini Philippe

L'ombre portée du songe

19.00 € TTC

Frais de port inclus France
Métropolitaine uniquement

200 pages
A5 : 14.5 x 20.5 cm sur papier 80 g offset
Style litteraire : Roman
Numéro ISBN : 978-2-35682-006-8
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Présentation de Longhini Philippe


 Du même auteur :
la cadence de l'ombre
vers l'île du large
la treizième aurore

Présentation de L'ombre portée du songe


Lona ne pouvait pas baragouiner ainsi.
Lui revint à l’esprit un article tiré de la documentation du Dernier Rebond. Dont la détention d’une simple photocopie aurait pu lui valoir les plus sérieux ennuis. Ce texte il l’avait retenu par cœur :


« ...Deux équipes de chercheurs ont réussi à transplanter dans des rats et souris des éléments fondamentaux du Système immunitaire humain - un exploit qui pourrait s’avérer précieux pour la recherche. En effet, c’est presque toute la gamme des globules blancs humains qui circule ainsi dans le sang et les tissus de l’animal.

A l’institut de biologie médicale de La Jolla, en Californie, on a injecté aux souris et aux rats des globules blancs humains qui se sont reproduits et ont migré dans le sang et le système lymphatique. Lorsqu’on a inoculé aux souris et aux rats de la toxine tétanique, ils se sont mis à fabriquer des anticorps humains.

A l’université californienne Stanford, les chercheurs ont transféré une partie du système immunitaire humain dans des souris et des rats par transplantation de tissus fœtaux. Condamnés auparavant à mourir dans les quatre mois, du fait de leur absence de système immunitaire, ces souris et ces rats ont survécu au moins dix-sept mois. Ils ont même résisté aux infections à Pneumocystis carinii, l’une des principales causes de décès des malades du SIDA. »


C’était il y a bien longtemps, bien avant ou bien après jadis, avant que ne se propage le Virus de l’Insinuante Virtualité Générale. Avant le contrôle puis l’interdiction du Net, que ne s’installe et prospère la sinistre, toute-puissante Ere Ratichonne. Avant que chaque nouveau-né ne soit artificiellement conçu et programmé. Qu’il ne grandisse, évolue, pour le laps de temps qui lui avait été réservé, à la place qui lui avait été attribuée avant même sa naissance. Selon l’utilisation décidée par l’Ordre et le degré de manipulation qu’il supporterait. Jusqu’à ce que soit pesée, arrêtée l’opportunité de son Grand Retour.

L’Ordre et ses valets feront-ils encore longtemps croire qu’ils ont maîtrisé le temps et mis au pas, contrôlé le hasard ? Qu‘il leur est possible de différer, sinon de juguler jusqu’au processus de sénescence ? Désormais, pour eux, vieillir, n’était plus qu’une dégradante légende. Comment, songea Ben, un esprit sensé peut-il admettre que la mort obéisse à ces apprentis sorciers, jusqu’à accepter de régresser, s’immobiliser, faire du surplace ?     

En attendant, ces escrocs, ces barbares touchaient au centuple les dividendes de leur sinistre connerie !


Extrait du livre écrit par Longhini Philippe


Succédant à la folle, prétendue diatribe de Lona, une autre voix, - celle de son père ? - interféra, le dissuadant de prêter le flanc à toute nouvelle intimidation :
« N’en crois pas un mot. Ce trouble qui s’insinue en toi, cherche à te mystifier et te contrôler. Aussi grossier et inconcevable soit-il, son stratagème n’en est que plus dangereux. L’ambition, la soif de domination qui l'anime sont immenses. Inavouable, son but te dépasse. »

Ben approuva, bien que désarmé il n’était pas dupe.
La voix insista :
« Mon fils, garde-toi ! Pour l’instant rien n’aboutira qui n’ait été voulu, calculé, avalisé par l’Ordre et son Grand Algharabîya. Mais crois-moi, les jours de l’Insinuante Virtualité sont comptés. Tiens bon ! La vérité est autre, la réalité ailleurs. L’Ordre a du plomb dans l’aile. Aveugles ou contraints beaucoup espèrent encore que le Grand Algharabîya, dans son infinie bonté et sagesse, leur prodiguera ce Grand Retour auquel ils aspirent tant et qu’ils s’efforcent de mériter. Etape obligée d’une transcendante réincarnation. Suprême, fallacieuse espérance. Illusoire récompense. »
La voix se fit plus pressante :
« Comment croire qu’un simulacre de réalité parvienne jamais à contrôler le vivant ? Vieille tentation, l’immortalité n’est qu’un leurre. La grande, la toute-puissante, spirituelle arnaque atteindra bientôt ses limites ! Et ce n’est pas « Jouvence & Béatitude », l’infernal purgatif mis au point par N.G.A., son soi-disant divin Elixir de Félicité, métronome, roue de secours de tant de pantins à la dérive, qui leur fera encore longtemps accepter l'inconcevable. Courage ! Bientôt prendra fin cette horreur, cette parodie d’éternité concoctée par une Insinuante Virtualité, sœur jumelle du néant. »
La voix marqua un temps, avant de s’exclamer :
« Il y a l’implant ! Ton arme à toi, c’est l’implant ! »

Ben émergea, refit surface, hurla. Il crut qu’il hurlait, mais aucun son ne sortit de sa gorge :
« Assez ! C’est trop ! Au secours ! Qu’importe si nous sommes infectés, configurés ou manipulés, dupés ou sacrifiés avant même de naître. Mon poison, ma drogue à moi, c’est Lona ! Où est-elle ? Le sais-tu ? C’est de la retrouver, la rejoindre qui m’importe. M’arracher, m’affranchir une fois pour toutes de ce monde de dingues. Fuir ! Mourir... Ah ! mourir... Et basta ! Et ciao ! Connaître enfin le vrai repos, la juste, véritable inclinaison du Songe. »

Il lui sembla à cette seconde que Lona prenait sa main pour le rassurer. La douce chaleur de ses doigts réveilla sa paume endolorie. Quand elle la porta contre sa poitrine, Ben sentit batte son cœur au rythme du sien. Il murmura :     « Est-ce... Ô est-ce toi, Lona ? »
Elle tenta, certainement pour son bien, de le convaincre :
« Ben, écoute-moi. Impossible de me rejoindre. Où je suis... ils t’en empêcheront. Impossible d’échapper à cette épreuve, à cette pression de tous les instants qui taraude notre cœur et notre esprit. Comprends, nous nous sommes égarés, fourvoyés. N’essaie pas de me retrouver, je t’en conjure. Car me voilà à jamais exilée, prisonnière de nous deux. C’est le prix à payer pour l’amour de toi... pour notre coupable Enveloppement. Pour cette maternité refusée. Et cette mort que tu penses libératrice et rédemptrice, que tu appelles à ton secours, que tu désires choisir, t’infliger, ne réglera rien. Je le sais... n’en suis-je pas, hélas, la preuve ? »

Elle s’interrompit, des sanglots dans la voix, puis continua :
« Partir, tout quitter... leur fausser compagnie ? Fuir ? J’ai essayé... en vain. Où je suis, amputée de toi et si loin, j’en paie à présent le prix. Tragique solitude, vaine... si vaine espérance. »
Elle changea de ton, et Ben sentit qu’elle parlait de nouveau sous contrôle :
« Seul notre Grand Al peut nous nous sauver, nous accorder le repos et son pardon. Lui qui, étincelant de certitude et de vérité, revint indemne pour nous apporter la délivrance, celle de l’Insinuante Virtualité. Afin de nous sauver... »
Ben s’écria :
« Lona ? Est-ce, Ô est-ce toi, Lona ? Est-ce toi qui dis cela ? De quoi as-tu peur ? Cherches-tu à me protéger ? Qui croire ? En qui, en quoi avoir confiance ? Ah, pénétrer enfin de l’autre côté du Songe ! Atteindre, mériter de se fondre au cœur de son ombre portée, l’angle mort de soi-même. Côté néant ! Côté repos éternel. Et fuir cet âge obscur, cette réalité en trompe-l’œil. »

Il y avait l’Implant !
Ben se souvint alors de lui. Tout prenait forme et s’imbriquait parfaitement. C’est par le Dernier Rebond qu’il avait eu confirmation de ce qui était une singulière, étrange rumeur. Avec le départ de Lona, celle-ci se transforma en une terrible évidence.
Il en était maintenant certain. Cette saloperie d’implant était responsable de tous ses malheurs et en particulier du départ de Lona. Peut-être même l’empêchait-il aujourd’hui de la rejoindre ? Pourquoi avoir accepté d’être le cobaye du Dernier Rebond ? L’opération avait-elle été couronnée de succès ? Avait-on réussi à lui ôter ou court-circuiter ce maudit implant ? Personne n’en était certain, eux-mêmes, ceux du Dernier Rebond, ne pouvaient l’affirmer.

Oui, c’était bien cela. L’Implant était probablement à l’origine de tout !
Pas de fumée sans feu. Effarant ! C’est de lui que l’avait mis en garde son père. Dans ce kyste incarné se trouvait probablement la clef de l’Insinuante Virtualité. C’était l’Implant !

L’Ordre fut-il informé de l’opération de Ben ? Évaluât-il à sa juste mesure le danger ? Son opération réussie ou non et malgré les obstacles imaginés par Dhoul Fikar pour tromper son monde, préserver son secret et ses privilèges, il était temps pour Ben de dénoncer au grand jour l’inconcevable réalité de l’Implant. De dévoiler à tous comment N.G.A. et l’Ordre les tenaient à la gorge.
Il décida de réagir, de tenter au moins de se venger. Puisqu’il était condamné, puisqu’il avait tout perdu en perdant Lona. Aussi se devait-il au moins d’essayer de les réveiller. De les informer de la présence du pire, de cet infernal implant aliénant leurs consciences.

Ben, et ses alliés du Dernier Rebond, furent-ils jamais en mesure de faire obstacle à la fantastique mystification ? Le temps était-il venu de contrer cette poignée d’imposteurs, d’illuminés qui avait mis en coupe réglée un monde à bout de souffle ?

L’Implant !
Ce que Ben avait appris, c’était qu’un minuscule, quasi invisible corps étranger était depuis des lustres introduit, greffé dans le cerveau ou le cœur de chaque nouveau-né. Fit-il lui-même partie du lot ? L’activation de ce mouchard, véritable arme, permettait à l’Ordre de suivre en temps réel, de contrôler chacun selon son bon vouloir. En suscitant le numéro, dit de Sérénité Sociale de chaque citoyen rejeton, le Syncrétique Grand Régulateur ou Ordinateur pouvait ainsi, à tout moment s’assurer de la fiabilité, de l’existence de chacun de ses sujets.

Captif, asservi sans même s’en douter, pressuré, quasiment exsangue, chacun attendait impatiemment d’être convié à sa Célébration de Grande Invite, puis à celle de son Grand Retour. A cette occasion, l’implant choisi ou tiré au sort était alors définitivement mis hors circuit, expédiant ad patres l’heureux citoyen rejeton auquel l’Ordre et son Insinuante Virtualité faisaient l’honneur, la grâce de rejoindre quelque opportune, béate réincarnation.

C’est ainsi que l’Ordre disposait, au service de ses intérêts, financiers, sociaux, et bien d’autres... aussi divers qu’inavouables, d’un infaillible instrument de contrôle, subordination et de régulation. Ce Grand Retour libérateur généreusement dispensé contre de célestes dollars, s’avérait d’autant plus efficace qu’il était imprévisible et fiévreusement espéré par le citoyen rejeton qu’il daignait distinguer. Divine providence, sainte récompense, cette fin fébrilement espérée, l’Ordre la tenait pour chacun bien à sa main, exauçant au compte-goutte, dans son infinie bonté, les prières de ses méritants sujets.
La plupart n’aspirant, désinformation et mystification aidant, qu’à rejoindre N.G.A. aussitôt que possible dans son éternelle félicité. Mettre un terme à un interminable présent, à une attente qui, ici-bas, n’en finissait pas, c’était cela aspirer, croire en des lendemains qui chantent ! Par contre, malheur au déviant frappé d’un quelconque doute, à l’hérétique susceptible l’Anomalité. Pour lui, point de Salut ou de Grand Retour, ou si tardivement qu’il en venait à perdre toute espérance, à croire en l’éternité elle-même et la maudire.