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couverture du livre La 3ème pomme écrit par Bravo Denise

Bravo Denise

La 3ème pomme

23.69 € TTC

Frais de port inclus France
Métropolitaine uniquement

398 pages
A5 : 14.8 x 21 cm sur papier 65 g bouffant ivoire
Style litteraire : Roman
Numéro ISBN : 978-2-35682-410-3

Présentation de Bravo Denise


Denise Clément BRAVO Née en 1945 à Zégla, Algérie, vit actuellement dans l'Hérault, partagée entre ses passions pour l’écriture, la peinture, la poterie et ses sept petits-enfants.

Elle est l’auteur de plusieurs romans autobiographiques, car sa vie a été emplie d’une telle richesse qu’elle ne peut en épuiser les mots. Des mots qu’elle sait nous faire goûter, savourer et partager ! Elle a concouru brillamment pour des poésies et en a été récompensée.

Pour ses petits-enfants elle a écrit un livret de comptines illustré par elle-même. Son premier livre " Un aussi long silence " a rencontré un franc succès tandis que les autres restent à découvrir par ses fidèles lecteurs.

Présentation de La 3ème pomme


Dans le premier ouvrage, après la petite fille sauvage et l’adolescente secrète, les lecteurs ont pu rencontrer une jeune femme avide de découvertes puis une nouvelle mariée un peu aventurière… amante comblée… compagne blessée… épouse inapaisée… maman attentive… et puis et puis… Jeanne toujours à fleur de peau…

Elle aurait pu s’anéantir dans ses colères mais n’étant pas faite de ce bois-là elle les a prises une à une, les transformant en d’incontestables forces. Ce second roman aussi impétueux que le premier nous emporte dans un grand tourbillon jusqu’à la dernière page. Où l'on va avec l'auteure en Inde, en Grèce, en Turquie, en Italie, jusqu’en Slovaquie et où l'on redécouvre une France sous un angle particulier. Quotidien, aventures, horizons lointains, nouvelles amours, couleurs, saveurs, odeurs, sensations intenses…

Rien ne manque ! Dans cet ouvrage se poursuit la vie de Jeanne, héroïne « ordinaire », pour qui rien n’est ordinaire. Un roman qu’on ne peut lâcher avant le mot fin et dont on attend déjà encore une suite. La flamme allumée dans Un aussi long silence ne s’éteint pas et après La troisième pomme on continuera le long voyage de Jeanne qui nous conduira, pourquoi pas, jusqu’à son Etoile, l'inaccessible…, suite de son parcours de vie plein d’humour, d'amour et de dérision non exempt d’un bel optimisme…


Extrait du livre écrit par Bravo Denise


Ainsi la vie va… Et…
Et c'est ainsi que six ans se sont écoulés depuis notre au revoir à Jeanne. Que lui est-il arrivé ? Nous l'avions laissée un peu étourdie par le bonheur immense de retrouver son fils, Pierre, à son retour transitoire de son voyage au long cours. Sa fille, Claire, allait se fiancer à Nicolas. Ils allaient bientôt partir vivre leur vie la laissant seule, plus seule qu’elle ne l'avait jamais été. Même si son cœur était pacifié après toutes les vicissitudes éprouvées depuis tant d'années il crevait à ce moment-là de solitude. Elle se sentait donc prête à accueillir à nouveau l'amour dans sa vie avec toutes les joies afférentes… et les chagrins aussi et pour cela, c'est sûr, elle n'allait pas en manquer elle était prête à le parier gros ! Mais doté d'un caractère bien trempé elle se disait que tout serait bon à prendre car rien ne dure jamais… pas même les peines.
Mais où est-elle donc en ce petit matin de plein été et d’humeur si paisible ?
 
Sept heures du matin. Sur la terrasse du restaurant d’un centre de vacances, brunie comme une petite brioche sortie du four, un vague sourire aux lèvres… Jeanne est là. Ses longs cheveux châtain aux mèches plus claires sont relevés en queue-de-cheval et serrés dans un chouchou bleu clair assorti à ses yeux, cela lui donne comme un air d’adolescente. Elle
porte avec une grâce nonchalante cette même robe blanche de coton qu’elle ressort chaque été. Tellement de souvenirs y sont attachés que même transformée en chiffon elle la garderait…
Elle prend son petit-déjeuner. Un nuage de lait dans son thé parfumé à la bergamote, sa boisson favorite hiver comme été, elle ne déroge pas à ses habitudes. Peu de monde encore aux tables voisines. Un homme en caleçon bariolé beaucoup trop large sur ses cuisses couleur homard ébouillanté traîne ses pieds dans des tongs jaune vif. Il tangue un peu en portant un bol de café fumant. tout en bâillant à s’en décrocher la mâchoire. Visiblement il n’a pas terminé sa nuit. Une femme solitaire à peine vêtue d’un t-shirt canari trop court sur ses fesses rebondies repart déjà avec un plateau bien chargé. Pas de chichis ! Ici c’est familial et bon enfant. Peut-être va-t-elle apporter à son amoureux un peu paresseux le petit déj’ au lit. Ou bien, qui sait, c’est une maman seule avec son enfant ? Elle doit probablement ne pas souhaiter le réveiller trop tôt, mais comme la cafétéria sera sûrement fermée à son réveil elle prend ses précautions pour lui assurer son premier repas. Jeanne émue se souvient qu’elle faisait de même pour sa Claire il y a quelques années déjà. Claire a bien grandi. Aujourd’hui Jeanne est seule. Seule ! C'est pourquoi elle veut mettre met à profit cette solitude pour paresser tout son soûl, elle qui ne connaît pas trop le sens de ce verbe !
À peine les yeux ouverts après une brève toilette, un peu de yoga avec la salutation au soleil, elle s’est vêtue légèrement et direction la cafétéria.
                               
Une atmosphère particulière, plus aérienne qu’une bulle de savon monte, moirée, de la terre mouillée en vapeur évanescente. Elle donne envie de chanter et de danser une de ces rondes charmantes, fraîches et entraînantes dont les petits enfants raffolent. Tra la la, la lère… la, la, la, la, la… Tout semble s’enivrer en ce petit matin de juillet et tout respire la joie. Des jets d’eau mélodieux tournent sur eux-mêmes et abreuvent les parterres altérés avant que ne vienne la grosse
chaleur. Il est à peine sept heures, c’est la meilleure heure de la journée, celle en laquelle naît chaque nouveau matin, riche de tous les possibles. Rien ne bouge encore dans le village endormi. La plupart des vacanciers avec le temps béni des congés font des grasses matinées réparatrices. Les cris qui accompagnent habituellement les jeux des enfants ne viennent pas encore perturber le chant harmonieux des oiseaux ni le doux murmure de l’eau qui serpente et ondule dans les massifs fleuris. Paix rare.
Jeanne a loué ici une chambre qui se trouve derrière une frondaison rose vif dérobant à la vue tout le petit bâtiment au bout de l’allée. Derrière l’éclat fuchsia des lourds branchages de lauriers se cachent les entrées des petits appartements des vacanciers, lovés côte à côte dans la pénombre verte qu’ils éclairent de leur aveuglante blancheur. De place en place des portes pleines s’ouvrent sur de minuscules halls recouverts de tommettes couleur brique, idéalement fraîches aux pieds nus. On débouche sur une pièce unique avec sur le côté droit un coin douche que barre une porte western à claire-voie. L’ameublement reste sommaire, un lit, une table en pin blond, une chaise, une penderie, juste le strict nécessaire pour vivre sans trop de besoins quelques jours de farniente. Une porte-fenêtre, des volets bleu lavande largement ouverts et voilà que s’offre au regard le profil doucement arrondie d’une colline. La moirure argentée d’une volée d’oliviers scintille au gré du vent. Au plus fort de la journée un grand tilleul doré ombrage et enivre de ses effluves miellés la terrasse empierrée.
Et voici que sans crier gare la chambre s’emplit brusquement du chœur affolé de mille cigales invisibles chantant ce bel été. Dès l’aube, énervées par la précoce chaleur de l’été provençal, elles ont commencé leurs incessantes stridulations. Et cela durera jusqu’après la tombée de la nuit et peut-être bien plus tard encore jusqu’à ce qu’un souffle enfin plus frais allège un peu l’air saturé ! Ce ne sera pas le mistral, le maître des vents. Lui, il descend depuis Valence, s’infiltre dans la vallée du Rhône, il court, il vole mais en passant, il aspire l’air des Hautes Alpes. C’est de cette aspiration que naît un petit vent local, le Pontias et c’est lui qui
souffle entre dix heures du soir et dix heures du matin à peu près et donne en été en Drôme Provençale une relative fraîcheur à la nuit. Est-ce lui que l’on sent jusqu’ici, jusqu’à la mer ? En tout cas, c’est avec soulagement qu’après des journées de chaleur intense on l’accueille enfin !
 
Jeanne est arrivée dès la première heure à la cafétéria. On y étouffe déjà. Des plantes très diverses y prolifèrent lui donnant des allures de serre tropicale. L’air est resté emprisonné dans la verrière close, personne évidemment n’a songé à l’entrebâiller pour la nuit ! Pourtant, même si cela avait été fait, la chaleur aurait eu tôt fait de revenir tout accabler. Le thermomètre affiche déjà en rouge sur le mur 33 degrés, ça va encore grimper dans la journée, la radio locale l’a confirmé. L’anti cyclone des Açores stagne sur la France. Il y a pris, définitivement semble-t-il, ses quartiers d’été. Voilà plus d’un mois que des mirages dansent devant les yeux sur l’asphalte surchauffé. Des flaques d’eau sèches tremblent dans la lumière crue de ce torride été. Jeanne transpire un peu et elle songe brièvement qu’elle serait peut-être beaucoup mieux à l’ombre des pins de la plage voisine, elle qui pourtant voue un véritable culte au soleil et ne saurait passer une journée sans sa caresse sur sa peau. Mais prise d'une sorte de torpeur elle reste là et songe.
 
Jeanne songe. Après son divorce d’avec Stève elle avait coutume quand elle prenait ses congés avec Claire de déjeuner seule chaque matin, la laissant endormie. Elle occupait très souvent la même table face à la fontaine dressée au centre de l’unique place du village de vacances. Cet endroit était le point de ralliement des estivants. Là on y prenait l’apéro ou son petit café. Jeanne aimait s’y retrouver, prenait son temps, convoquant d’abord ses rêves, se les repassant en mémoire, les examinant, tentant d’en saisir les clés puis reprenant pied dans la réalité elle se préparait insensiblement au cadeau de cette nouvelle journée qu’elle allait partager avec sa fille.
 
Au terme de sa rêverie solitaire elle disposait sur un plateau un grand bol de chocolat au lait, quelques tartines grillées, deux petites plaquettes de beurre, des pastilles de confiture, quelques pétales de maïs dans une coupelle et aussi un fruit et un yaourt. Elle traversait alors à petits pas précautionneux les allées du centre de vacances pour ne rien renverser de sa précieuse cargaison. Tant pis pour les regards de travers de certains et les chuchotements. " Mais on n’a pas le droit d’emporter de la nourriture ? Qu’est-ce qu’elle fait celle-là ? Elle vient de déjeuner et elle emporte encore un plateau ? " Jeanne n’en avait cure des remarques désobligeantes car elle savait qu’elle ne cherchait pas à tirer de mesquins profits mais que simplement elle souhaitait que sa fille ait malgré son réveil tardif son petit-déjeuner assuré. C’est qu’on a faim à cet âge-là.
Arrivée au studio elle entrait doucement dans la chambre où Claire dormait encore profondément et posait le plateau sur le sol près du lit. Elle pouvait alors, allongée sur son propre lit, patienter sereinement jusqu’à ce que sa belle endormie ouvre les yeux. Elle attendait ainsi en lisant dans le silence rythmé seulement par la respiration profonde de Claire parfois une heure ou même deux.
 
Et des années plus tard Jeanne se trouve à nouveau là. Elle savoure inlassablement ces petits matins. Elle n’aime toujours pas prolonger ses nuits par des matinées que l'on dit grasses sous le drap ou la couette. Sitôt réveillée, il lui faut se lever. Jeanne aime la vie. Elle veut profiter pleinement de toutes ses journées, comme une affamée et tellement qu’elle ne consent pas en laisser perdre une miette.
Mais là devant son thé refroidi elle s'est laissé aller à rêvasser un peu plus longuement. C’est que Claire ne l’attend plus dans la chambre. Claire ne partage plus toutes ses vacances. Claire a vingt-huit ans. Claire est partie de la maison depuis quelques années déjà… Non, personne ne l’attend aujourd’hui. Jeanne est seule mais elle n'est pas triste, elle se sent si riche d’une semaine à ne rien faire, une
semaine à déguster très, très lentement, à se poser enfin un peu mais aussi à se souvenir.