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couverture du livre La cadence de l'ombre écrit par Longhini Philippe

Longhini Philippe

La cadence de l'ombre

19.00 € TTC

Frais de port inclus France
Métropolitaine uniquement

200 pages
A5 : 14.5 x 20.5 cm sur papier 80 g offset
Style litteraire : Roman
Numéro ISBN : 978-2-35682-000-6
Visitez le site de l'auteur

Présentation de Longhini Philippe


Du même auteur :
vers l'île du large
l'ombre portée du songe
la treizième aurore

Présentation de La cadence de l'ombre


Que s'est-il passé cette terrible nuit des sifflets ?

Depuis il est seul.

Ses "frères" sont-ils de retour dans ce qu'il pense être un vaisseau hors du temps, qui l'attend, face au soleil ?

Qui est-il ? Le premier, le dernier être humain ?

Le premier, le dernier dieu ?

Où se trouve-t-il exactement ?

Est-il vivant ?

Pour ceux d'ici, les "barbares", il est celui qui les délivrera d'un terrible mal. Cancer ? Sida ?

Une forme ultime de communication, de communion ?

Sollicité et traqué, il découvre des mondes, façonne des univers. L'amour, la haine et la dérision seront l'instrument de sa vengeance. Mais n'est-il pas lui-même, à son tour, le jouet d'une inévitable et vorace Cadence ?

Celle de l'Ombre ?

D'une sombre Constellation, celle du Cancer ou du Crabe ?

Qui se nourrit et se repaît des émotions et sentiments du genre humain. Celle qui imprime à toute chose vivante, à l'univers son rythme infernal et mortel. Celui d'un éternel recommencement, d'un éternel regret. Celle qui ordonne, crée des prophètes, des monstres, des saints ou des dieux. Ce messie avorté est-il la dernière chance, la conscience d'une humanité à la dérive ?

Notre hasard truqué et truqueur ?

La résultante de toute une inhumanité ?

Il nous apprend que chaque destinée est peut-être ici-bas à double face. Qu'il faut compter avec une certaine Cadence, de l'Ombre. Celle que chacun de nous affronte, entretien et rejette à la fois.


Extrait du livre écrit par Longhini Philippe


ILS REVIENNENT

Ils sont enfin de retour.
Tellement différents mais cependant, malgré tout, semblables à lui.
C’est bien ainsi qu’il a depuis toujours, inconsciemment imaginé, vécu ce triomphal événement.
Ils reviennent sur les épaules osseuses du désir et de l’envie. Par une si lourde après-midi de juillet. Vers cette unique planète bleue. La leur.
Jadis la leur. Toujours la leur.
La Terre.
« ... cet été n’aura plus de fin. »
Continuera-t-il à songer. Désormais sans aucun regret.
Saoules de lumière ses pupilles bientôt voilées de cendres carminées exploseront alors face à l’astre ennéagone fissipare, à fission. Une barre de plomb soudera sa nuque, puis ses omoplates creuses. Une langue de silex passera et repassera, entaillera patiemment ses iris vitreux. D’ici peu vitrifiés.

Il est maintenant certain que le vaisseau n’est pas réellement reparti. Qu’il ne repartira pas sans lui. Qu’il ne fait plus qu’un avec le soleil.
Et qui d’autre, à part lui-même, l’initié, le révélé, qui d’autre pourrait à présent se douter ou remarquer son invisible, effroyable mais néanmoins salutaire présence ? Qui d’autre, à part lui-même, le bien-aimé, le bien écartelé, qui d’autre pourrait envisager une seconde qu’un monde vorace, désespéré, à la dérive, s’est arrêté, s’est embusqué face à la terre, face à sa raison éblouie ?
Parfaitement protégé par l’aveuglante lumière, par la diabolique chaleur d’un soleil incarné. A son tour cannibale et désarmais sans pitié.

Ils reviennent donc enfin le chercher.

Il tentera alors d’imaginer, de justifier, d’expliquer... Comment, comment mériter pleinement la confiance qu’ils ont cru bon, équitable et juste, de toute éternité, tout hasard aboli, de placer en lui ?

... voici, je te livre : seulement épargnes sa vie. Crie maintenant ! Qui te répondra ? Auquel des saints t’adresseras-tu ? L’insensé périt dans sa colère, le fou meurt dans ses emportements. J’ai vu l’insensé prendre racine ; puis soudain j’ai maudit sa demeure. Plus de postérité pour ses fils : ils sont foulés à la porte, et personne qui les délivre ! As-tu des yeux de chair, vois-tu comme voit un homme ? Tes jours sont-ils comptés comme les jours de l’homme ? ...

TELS DE LONGS VAGISSEMENTS

Très loin, si loin, vaguement étouffé par l’écran protecteur d’un épais mur de béton, d’un ciel bas et ouaté, lui parviendront alors par bribes, noyés par l’écho saccadé, intenable d’un piston en rut, ces mots :
... faut-il... être...
A moins qu’il ne s’agisse du déferlement d’une certaine marée d’équinoxe sur de vastes berges irradiées. Toujours aussi lointains, presque digérés par un brouillard de plus en plus dense et vorace, il percevra ces autres mots :
fixer... ain... si...
Il pourrait également être question de son propre tympan gauche vibrant au rythme paillard et dément d’un cœur turbulent, emballé. Que tenterait toutefois de calmer ou apprivoiser quelque drogue miracle.
Et cette brume opaque, sirupeuse désespérément mauve filtrera jusqu’à lui de longs murmures, d’invraisemblables plaintes. Pareilles à d’aériennes éjaculations musicales. Parfois si douces. Souvent exacerbées. Et soudainement brisées en plein crescendo. Semblables à des œillades de tourterelles multiformes et multicolores. A la fois borgnes et vierges.
Ou d’interminables vagissements opprimés. Fuselés par l’odeur, par l’approche d’une fin, d’une mort haletante, ailée. Presque tous désirables, indécemment galbés aux entournures.
Alors de ses jointures partira un cri unique !
Le sien probablement.
— « Restez ! »
Bientôt couvert par les multiples glapissements des modernes scalpels électriques à béton, en action. Il retiendra d’autres, diverses turbulences ânonnées, différentes syllabes :
.. so... Leil ! ... à... s’en.. fai.. re..
Parviendra ensuite péniblement à ramper jusqu’à l’horizon de son inconscience arc-en-ciel, le diagramme étonnant d’une voix androgyne, tellement envoûtante, toujours hachée, prononçant :
... les ... pu... pilles !
Mais seul le mot soleil, tout ce qu’il sera immédiatement en mesure d’évoquer encore, de bouleverser, de réveiller en lui cheminera jusqu’aux battants de sa mémoire catapulte.

Il se découvrira allongé.
Son long corp maigre et brisé reposera nu sur un aqualit parfaitement stérile, au centre d’un caisson hermétiquement clos, parfumé et climatisé.

Il cherchera aussitôt à bouger, à fonctionner.
En remuant d’abord un bras. Puis l’autre. Une jambe. L’autre. Il constatera vite, sans surprise, qu’il est solidement attaché. De longues tresses écarlates, vaguement élastiques, épouseront et comprimeront en douceur sa chair. D’ici peu d’innombrables roses des sables, moites et tuméfiées, aux laiteuses aréoles envahiront sa peau desquamée. Il tentera aussitôt, difficilement, ô combien douloureusement, plus par réflexe que par conviction ou nécessité de réapprendre à ses globes oculaires leur lent et fonctionnel mouvement rotatif.
Hier ou jadis arrêté en pleine course circulaire par la vision corrosive ! Qu’il ne pourra désormais oublier.
Celle d’un gigantesque vaisseau, jusqu’ici impensable à imaginer, regagnant le centre du soleil.

... je reconnais que tu peux tout. Mon oreille avait entendu parler de toi ; mais maintenant mon œil t’a vu. C’est pourquoi je me condamne et je me repens sur la poussière et sur la cendre...

Sournoise, envahissante, il devinera tout autour de lui une agitation de plus en plus intense et fébrile, pour le moment incontrôlable. Pesante, certainement dangereuse, elle déploiera progressivement, entre son propre univers et sa volonté, un nuage malodorant, une large écharpe gazeuse, mortelle. Elle tissera autour de son corps endolori, sans défense, une ombre putride, épaisse et compacte qui, bientôt, à moins qu’il ne parvienne rapidement à réagir, à la distendre, puis patiemment à l’exciser, fibre après fibre, retiendra à jamais sa mémoire, sa volonté et son futur, tout son être prisonnier à l’intérieur de ce cocon insonorisé.
D’où il ne réussira jamais véritablement à se dégager.
Alors, se battre !
Envers et contre tous ceux d’ici il lui faudra combattre.
Communiquer.
Bouger.