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couverture du livre La treizième aurore écrit par Longhini Philippe

Longhini Philippe

La treizième aurore

26.80 € TTC

Frais de port inclus France
Métropolitaine uniquement

126 pages
A5 : 14.5 x 20.5 cm sur papier 80 g offset
Style litteraire : Roman
Numéro ISBN : 978-2-35682-034-1
Visitez le site de l'auteur

Présentation de Longhini Philippe


Du même auteur :
vers l'île du large
l'ombre portée du songe
la cadence de l'ombre

Présentation de La treizième aurore


Il court et s’essouffle le mythe d’hier.

Parvenu aux limites du songe, raconte le dernier des Assembleurs de Mots et de Nuées, Hector déloge avec violence hors de ses gongs et projette loin de lui l’imposante porte de chêne.

Libéré, il reprend sa course.

Achille comprend qu’il est à son tour poursuivi.

Une sourde angoisse enserre ses tempes blanches. Vengeance étend sur ses yeux un voile opaque.

Mené tambour battant, comme une spirale déroulant la trame de l’énigme, ce roman luminescent nous entraîne sur les traces vivantes d’une Iliade toujours contemporaine.

Nombre d’événements, traces vivantes, pourraient en attester.


Extrait du livre écrit par Longhini Philippe


Les yeux humides, Torche continue :

… inévitable, insondable détresse. La douleur de l’exil et l’errance de ce sourire, à cette seconde de nouveau entrevu, ravive cruellement le souvenir que je garde de cette femme. Au sortir de sa couche, combien de fois ai-je béni les matins conquérants de ma ville !
Ils ne cessent depuis de meurtrir, de toupiller mes paumes stigmatisées par un si pesant désir.
Hélène, comment oublier tes hanches ? Autour d’elles se lovaient nos trop courtes et folles nuits, aux farouches et lascives joutes. Avant que ne s’installe en nous le vertige du renoncement. Depuis ces saisons perdues, aux sensuelles luminescences, le sceptre ambidextre et mortel du regret empoisonne ma solitude, barre mon front torturé.
Jadis ! Ah ! Jadis ! Notre ville de jade !
A la mémoire piégée et piétinée. Aujourd’hui honteusement oubliée.
Mes tympans sont désormais comme des lacs morts, sans fonds et stériles, pollués par d’obscènes vents aux râles obscurs. Aux rives sans échos. Dont les plaintes sèches fissurent ma gorge meurtrie. Elles impriment d’étranges scarifications, rides précoces et sauvages, sur mes tempes ajourées.

En chœur et parodiant Torche, le dernier des Assembleurs de Mots et Nuées, déclame :
… Hélène, il bruine des perles d’acide sur nos visages tuméfiés par l’attente !
Aide-moi ! A saisir la chance qui s’offre à nous. Car notre commune vengeance arrive maintenant à son terme ! Les commissures bleues de mes lèvres meurtries sont toujours aussi douloureuses. Je sens toujours en moi, poisseuse de mon propre sang, vibrer la lance de frêne au tragique sillage. Sans pitié pour nous deux comme pour les nôtres, un guerrier vêtu de bronze, funeste chien que je pourchasse depuis la nuit des temps, met a nus les tendons de mes chevilles. Me ligote à son char, laissant traîner ma tête. Tandis que mon corps se couvre de plaies et de poussière. Au plus fort de ma fureur, au plus loin de ma mémoire, de ma douleur, persiste ainsi le terrible souvenir de ces heures fatales.
Mais le malheur n’a pas entamé ma soif de renaître pour toi, de revivre ici ou ailleurs. Et de te retrouver !

Il semble alors à Torche qu’au-delà de ce sourire qui ondule à la surface de l’aquarium, Hélène lui réponde. Dans le timbre de sa voix alterne une infinie douceur et une certaine véhémence. Elle le met en garde :

… le moment n’est pas encore venu de t’attendrir ni de te reposer sur mon sein. Car toi seul possèdes la réponse. Celle de la Vengeance, qui demeure, hélas, notre seul lot. Fidèle à ceux de ta race, ta vigilance ne doit à aucun moment être prise en défaut. C’est pourquoi il te faut déambuler sans cesse, haine, griffes et conscience dehors, aiguisées. Pareil au guetteur dépourvu de pitié, aux sens exaspérés, à l’imagination créatrice toujours en alerte. Au bord du précipice, guette et saisis l’instant propice pour frapper ! Au nom de ce désir que tu gardes de moi qui t’exaspère. Jusqu’au souvenir de l’angle de ma propre génuflexion, à hauteur de ton sexe. Souviens-toi de la courbure de nos reins durant l’amour.
Pareil au loup-cervier dont le regard trident harponne sa chance au-delà de l’infini, tu découvriras la hauteur d’envol de la mouette noire aux reflets talqués d’effroi. Tu comprendras le dernier hoquet de celui que, depuis si longtemps, tu pourchasses. D’initié à initié, tu recevras alors son ultime et pure vérité, en pénétrant exactement le tréfonds de sa conscience. Le véritable sens et la raison de notre commune délivrance. Afin de te permettre, en toute sérénité, d’achever notre légende. De briser à jamais la spirale, le prisme de ce temps qui nous retient prisonniers. De reconquérir notre amour et notre liberté.
Va, Je te retrouverai et t’accueillerai bientôt, nuque baissée, soumise. Lèvres palpitantes et ouvertes.

Parodiant Hélène, le dernier des Assembleurs de Mots et de Nuées continue. Il déclame :

… Voici enfin pour eux, dit-il, l’éternité promise et retrouvée ! Définitivement domptée par le balancement du verbe, croit Torche. Toujours prête à l’esquive, cette divine félicité. Toujours prête, à la dernière seconde, à se dérober devant la réalité de l’instant présent. En réalité à l’approche feutrée, au contact exigeant de ma propre plume ! Torche qui s’imagine prédestiné. Torche qui s’obstine dans son intention de soudoyer ou maîtriser le hasard. Empoignant sa longue crinière lisse et fuyante. Sondant, dynamitant chaque intuition. Extirpant, par surprise, toute compromission des reins de cette humanité. Belle, triste histoire, termine, hilare, le dernier des Assembleurs de Mots et de Nuées.

Tandis que Torche continue à s’abreuver à la lancinante blessure d’une époque révolue. Encore poisseuse du sperme noir, nauséabond de ces divinités dont le jeu consistait à le faire trébucher, puis sombrer, sans appel.

Non loin de lui, Halciel retrouve lentement ses forces.
Allongé sur une longue borne destinée à dissuader toute circulation autre que piétonne, vautré sur sa pierre tombale qu’il utiliserait à l’essai, il s’attend à rencontrer dans cette singulière posture Call-Sax, de loin le meilleur des saxophonistes. Qui sait ce qui est, ce qui sera et qui fut.
Imbibé de mauvais alcool, luisant d’une épaisse crasse, son pardessus élimé lui servant de couverture, la tête encore à l’ombre et les pieds nus léchés par le soleil, Call-Sax termine sa nuit. La lumière et la chaleur verticales de midi animeront d’ici peu sa face violette. L’obligeront une fois de plus et malgré lui à ressusciter. A-t-il d’ailleurs jamais soupçonné la présence d’Halciel lui tenant ainsi un instant compagnie ? Assis à côté de lui, il pourrait sans difficulté le toucher. L’odeur aigre et forte du gisant lui donne pourtant toujours autant la nausée. Mais il ne prête aucune attention au clochard.
Parfaitement immobile, Halciel est incapable de détacher ses yeux du porche d’en face. Subjugué, le souffle court et armé, il sonde, dynamite du regard la marche d’en face encombrée de détritus. Les lèvres tremblantes, en forme d’appeau, il prie. Le cœur débordant de folles litanies, c’est un caméléon, un chasseur ou un prédateur qui désire, appâte sa proie.

Haletant, la langue pendante, les flancs creusés après une matinale et longue course, surgit un énorme dogue jaune. Prudent, l’animal hésite. Puis finalement s’arrête. Sans doute voudrait-il souffler, chercher quelque appui pour uriner. Truffe en érection, il fouille l’extrémité de la dalle creuse qu’il semble lui aussi bien connaître et convoiter. Méfiante, la bête se ravise brusquement. Et sans raison détale, ses forces retrouvées. Un glapissement plaintif en travers de la gorge, l’échine caressée par quelque barbelé, à bout portant fusillée par le regard de l’homme qui, impassible, solidement ancré à cet instant dont dépend toute son existence, n’a pas bronché. Statue rivée à un temps qui n’a plus aucune prise sur lui, Halciel subit. Chaque matin, à la même heure, de plus en plus malsaine, cette éprouvante attente développe en lui les miasmes d’une contagieuse angoisse. Ainsi progressent dans son cœur la déraison et l’effroi. Tandis que la lumière et la chaleur de midi s’affirment encore plus vives au-dessus de lui et de Call-Sax.
Un rayon de soleil, couleur de meurtre, bute puis rebondit sur l’arête nue de cette marche dont Halciel ne parvient pas à détacher son regard. Autour de lui explosent de nouvelles odeurs qui éclipsent bientôt la puanteur que dégage le vieux corps meurtri du devin.

Ecorché vif, dérisoire adieu ou ultime ricanement, un imperceptible bruissement de papier gras, soudain amplifié jusqu’à l’insoutenable, rejoint son propre écho.

… Le tragique désir de fuir et sa volonté d’absence naquirent d’un tel instant, soupire et déclame le dernier des Assembleurs de Mots et de Nuées.

Pantin, lui aussi sacrifié, répondant à son tour à quelque irrésistible commandement, d’abord la tête, puis à mi-corps, lentement hors de son trou, terrifié, s’aventure le rat. Dont Halciel, absurde trophée, s’est juré d’avoir la peau. Comme si sa propre existence, sa vue elle-même, dépendait de ce mortel face-à-face.