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couverture du livre NOUS VENONS TOUS DE QUELQUE PART… écrit par Diaz Manuel

Diaz Manuel

NOUS VENONS TOUS DE QUELQUE PART…

11.69 € TTC

Frais de port inclus France
Métropolitaine uniquement

144 pages
A5 : 14.8 x 21 cm sur papier 80 g bouffant ivoire
Style litteraire : Roman
Numéro ISBN : 978-2-35682-429-5

Présentation de NOUS VENONS TOUS DE QUELQUE PART…


D’où vient Manuel Diaz ? De quelque part… entre le sud de l’Espagne, le Brésil et Aniane, d’une famille de paysans espagnols pauvres et peu instruits qui, recherchant une vie meilleure pour eux et leurs enfants, à force de courage et d’abnégation, ont permis au jeune Manuel, qui leur rend un hommage ému dans ce livre, de devenir l’homme qui occupera les plus hautes fonctions dans l’administration communale et cantonale.

Un beau parcours d’intégration, dirait-on aujourd’hui, pour celui qui n’acquiert la nationalité française qu’à sa majorité, en 1955, et se retrouve aussitôt plongé dans la guerre d’Algérie, où sa conscience politique s’éveille, prélude aux premières élections où il se présentera à Aniane.

Au retour, il fonde une famille, prend un travail, joue au foot dans plusieurs clubs, mène une vie bien remplie, toujours proche de la nature et de ceux qui sont à son contact, jusqu’à l’accident qui aurait pu le condamner à une non-vie. Son courage et son opiniâtreté, vertus familiales, le sauveront.

On connaît la suite : élu maire, conseiller général, avec les combats collectifs que cela suppose. Ce retour sur une existence riche en engagements et en rencontres délivre à chacun un message d’espoir, loin de tout fatalisme.


Extrait du livre écrit par Diaz Manuel


J’ai grandi dans ce milieu paysan. À la maison, il n’y avait pas de livres, pas de journaux, pas de radio, pas de discussions sur la société, le sport ou la politique. On ne parlait que de travail et du passé, en Espagne et au Brésil. Parfois, à l’occasion de réunions de famille, la guerre d’Espagne qui venait de se terminer par la victoire du fascisme était évoquée. Trop jeune, je ne comprenais pas. La seule chose que je voyais, c’était des hommes seuls qui étaient hébergés plusieurs nuits à la maison et qui repartaient. Nos parents nous demandaient de garder le silence. Plus tard j’ai su que c’était des Républicains espagnols qui, après avoir fait la guerre d’Espagne, s’étaient engagés dans la Résistance en France pour combattre le fascisme.

À cette époque, les émigrés espagnols, et nous étions nombreux, n’étaient pas trop acceptés par une grande majorité de Français d’origine. Ils étaient appréciés surtout par les patrons qui les embauchaient, car ils étaient travailleurs et soumis, mais qu’ils deviennent propriétaires d’un « bien » ou qu’ils épousent une jeune fille d’une famille française de souche, ça, c’était une autre histoire. On s’entendait souvent insulter : « Espagnol de merde » (ça m’a valu quelques bagarres). Aussi, à la maison, les parents nous demandaient-ils d’être exemplaires : polis, propres, travailleurs, honnêtes. Sur ces principes, mon père était intraitable.

À propos d’émigrés, ceux qui avaient défendu la République durant la guerre d’Espagne, on les appelait les « rouges » et les gens d’Église les « culs blancs ».

À Aniane, il y avait beaucoup d’Espagnols originaires de la même région que celle de mes parents et, comme toutes les minorités qui se retrouvent dans un pays étranger, ces personnes aimaient se rencontrer pour parler du pays qu’ils avaient quitté.

J’adorais ces moments où familles, amis, de Lorca et sa région, étaient réunis. Tous et toutes parlaient de ce passé avec nostalgie et une certaine tristesse. Ils avaient quitté le pays où ils étaient nés, avaient grandi, en laissant derrière eux la famille, les amis, leur culture et leurs traditions. Les raisons de tous ces départs ? Pour certains la guerre d’Espagne, mais pour le plus grand nombre la misère.

Ici, en France, le système politique était plus démocratique. Il y avait aussi des riches et des pauvres, mais le fossé entre les deux classes était moins profond. Plus de liberté et du travail. Pour ce qui concernait notre famille, qui venait du Brésil, les choses étaient différentes. On nous appelait les Américains.

Parfois, après un repas joyeux, une guitare arrivait et c’était la fête. Flamencos, Sevillanas, les danseurs et chanteurs n’étaient pas formidables, mais les rires étaient forts. Il y avait beaucoup de bruit. Les voisins devaient entendre, mais comme à cette époque-là il n’y avait pas de télé, les plaintes pour nuisances sonores étaient plus rares. Pour ce qui me concerne, ces musiques qui me donnaient envie de bouger m’ont fait adorer la danse durant toute ma vie. Aujourd’hui encore, même si je danse peu ou pas, tout l’intérieur de mon corps se met à bouger en les écoutant.

J’ai fréquenté l’école primaire d’Aniane jusqu’à 14 ans, l’âge du certificat d’études primaires.

Durant cette période, en dehors de mes heures de classe, je devais suivre mon père dans son travail. Au jardin, à la vigne. Mes devoirs scolaires du soir étaient faits sans aucune aide. Mon père ne fréquentait pas les cafés. Il n’avait aucune passion pour le sport, la chasse, la pêche. Seul le travail comptait pour lui.

Il m’arrivait parfois, à la sortie de classe, alors que je devais aller directement au jardin rejoindre mon père, de m’attarder en jouant avec d’autres enfants. La sanction était immédiate.

Un soir, après l’école, ce fut pour moi un vrai drame. À la sortie de classe, entraîné par des copains, je disputais un match de foot sur la place du village. Ne me voyant pas arriver au jardin, mon père vient me chercher au village et au moment où il arrive sur le terrain de jeux il prend le ballon en plein visage, faisant voler son chapeau. (Mon père était chauve et ne supportait pas qu’on le voie tête nue.) J’ai vu le monde s’écrouler et je suis allé me réfugier chez des amis de mes parents, ne voulant plus rentrer à la maison.