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couverture du livre Quelque part à l'ouest de Zahedan écrit par Tarayre Michel

Tarayre Michel

Quelque part à l'ouest de Zahedan

15.50 € TTC

Frais de port inclus France
Métropolitaine uniquement

200 pages
A5 : 14.8 x 21 cm sur papier 80 g bouffant ivoire
Style litteraire : Roman
Numéro ISBN : 978-2-9536407-2-4

Présentation de Tarayre Michel


Tarayre Michel, né en 1961, enseignant, partage sa passion d'écrire entre son Comminges natal et l'Aveyron. Avec ce troisième roman, l'auteur de « ET SUR LA PLACE, IL Y A UN CAFÉ » et de « SEULES LES DUNES LE SAVENT » nous entraîne de nouveau dans un univers noir plein de rebondissements et de tendresse. On peut retrouver l'auteur sur son site internet où il présente ses livres et autres nouvelles inédites à lire en intégralité ainsi que ses peintures et photographies de montagne.

Présentation de Quelque part à l'ouest de Zahedan


En ce début du 21e siècle, le Moyen Orient connaît une multitude de conflits internes précipitant la région en une guérilla permanente déstabilisant les gouvernements en place.

Sauvegardant leurs intérêts et notamment la voie maritime du golf Persique pour le pétrole, les états unis d'Amérique ont intensifié leurs interventions militaires. Jimmy Doe, jeune recrue, est envoyé dans la province du Sistan – Balouchistan du sud iranien pour combattre la coalition des rebelles qui s'opposent aux autorités et milices Chiites. Prise dans un guet-apens lors d'une patrouille, son escouade est décimée. Blotti derrière un muret de pierres, il se protège patientant que les snipers embusqués se retirent. Il prend peu à peu conscience qu'il est l'unique rescapé.

Esseulé, apeuré, durant les heures d'attente immobile il s'interroge sur son passé et son avenir immédiat.

Pourra-t-il surmonter la perte de l'être cher ? Pourra-t-il réchapper à ce traquenard ? La mort dans ce vallon est-elle inéluctable ? Jimmy n'est pas au bout de ses surprises, un événement inattendu va bouleverser la donne. Un récit qui nous emmène dans les paysages arides du sud de l'Iran où rudesse et tendresse se côtoient parfois. Une histoire simple et extraordinaire, le chant éternel de l'amour naissant.


Extrait du livre écrit par Tarayre Michel


Serviteurs, n'apportez pas les lampes puisque mes convives, exténués, se sont endormis. J'y vois suffisamment pour distinguer leur pâleur. Étendus et froids, ils seront ainsi dans la nuit du tombeau. N'apportez pas les lampes, car il n'y a pas d'aube chez les morts.

Omar Khayyam (1048 – 1131)

Calme, un étrange calme recouvrait les prémices de la nuit. Après le bruit, la fureur de la mitraille, les roulements fracassant l'azur, régnait une paix singulière. La mort planait sur le champ de bataille, étendant ses ailes d'un battement lent, inexorable.

Calme.

Desserrant la jugulaire de son casque, il releva la tête. Une heure que la symphonie des kalachnikovs s'était tue.

Ankylosé !..

Mes doigts fourmillent sur la détente du fusil que je presse contre mon estomac. Depuis la première salve qui éparpilla notre peloton, je me recroqueville derrière un muret, une dizaine de pierres sèches. On a couru en tous sens, affolés, cherchant un abri où protéger notre squelette. Un repli de terrain, un fossé ou un talus, quelque chose où nous pourrions nous garantir de l'averse qui s'abattait. Une grêle de plombs entrecoupée de coups de mortiers. Le vallon austère que nous arpentions ne comportait guère de refuge octroyant aux snipers embusqués sur les hauteurs adjacentes un angle de tir idéal.

Le ciel s'affadit, dans une poignée de minutes le crépuscule me dissimulera.

Je bougerai…

« À droite, à deux cents mètres ! » a crié le sergent Cartwright. Aussitôt ce fut la dispersion. Il se ruait ouvrant notre débâcle. Je m'élançais à sa suite. Les balles ricochaient sur les pierres grises, des gerbes d'étincelles crépitaient à nos pieds. Soudain un coup de feu claqua plus fort. Devant moi, il basculait bizarrement vers l'avant puis une rafale le rejetait par à coups successifs en arrière m'aspergeant de ses chairs sanguinolentes. Je courais… Je crois que mon arme grondait inutilement tandis que je cavalais en direction des éboulis que l'œil exercé du sergent avait repérés. Les balles vocalisaient martelant leur sonorité grave, chuintant les aigus, constellant la poitrine de mes camarades. Clichés inconscients qui s'inscrivaient dans ma mémoire. Il y avait aussi le cadavre fumant et pulvérisé du sergent et l'odeur… L'odeur de chair humaine grillée emplissait à jamais mes narines. Une minute auparavant, je brandissais mon pucelage en étendard. L'horreur me déniaisait m'offrant en baptême le sublime embrasement, la tournée du grand diable qui brûlait mes sens d'une flamme impitoyable. Je contemplais une bouillie informe, un tas d'où s'exhalaient des fumerolles, un corps gladiateur métamorphosé en une merde étale, une virgule que le vent époussettera.

Vive les soldats !..

Vive les soldats s'égosillaient les gamins à nos oreilles de jeunes recrues qui paradaient fièrement dans leur accoutrement de fête. Le regard scintillant, ils acclamaient notre embarquement, un défilé de mannequins aux étoffes chatoyantes. Auraient-ils hué notre débandade de pantins mal fagotés ?

Une existence qui claque ex abrupto. Des muscles, des os, des paroles, une vie et puis plus rien, un magma indéfinissable. Un dommage collatéral…

Le sergent braillait fort. Un connard que je ne regretterai pas. Mais sa fin m'interpelle. Si cela m'arrivait ?

Égoïste ? Assurément… La guerre n'exige nulle autre règle que de sauver sa peau. Un jeu réel où l'on mise sa vie. Qui osera chapitrer mon attitude ? Face à la balle on demeure seul. On chie dans son froc, seul !

Il n'y a pas de deuxième chance.

Sept mois que l'on subissait le salopard. Il avait dirigé notre instruction. Un semestre infernal à nous vociférer : à plat ventre, formez les rangs, rompez, debout, enculés, pédés… Il nous avait boxés, insultés, abaissés, puisant dans l'arsenal des méthodes militaires pour endurcir « les fiotes que nous étions » et qui bientôt rejoindraient son « théâtre des opérations ». La
voilà ta scène, sergent de mes deux, tâte en les planches, elles fleurent le sapin de ton cercueil. Mire-là ta médaille chocolat que les baveux en costumés n'accrocheront pas sur ta dépouille, tes restes… misérables restes. Oublié le guerrier, jeté après usage, vulgaire Kleenex…

Je ris, sergent, je ris… de vos propos, de vos sermons pour sublimer notre peu de foi. La grandeur de l'Amérique, le droit, le devoir… tout un tas de conneriesque vous nous débitiez. À vos ordres sergent !

Où se tiennent-ils les symboles que vous encensiez, les idoles que vous adoriez, Cartwright ? Des monceaux de mensonges !.. Je ne pleure pas votre défaite. Je rage, je grelotte de rage, de terreur…

Le froid transperce ma chemise maculée, ses oripeaux de la haine. Descends l'obscur, dépêche-toi. Masque ma présence à l'ennemi qui me guette.

Quelle course ! Mes rangers butaient sur les rochers, un flot de particules m'aveuglait, le tapage m'atterrait et pourtant je galopais comme un dératé. De leur perchoir, comme à la parade, ils nous dégommaient. Tommy s'est écroulé à côté de moi.

Je ne me suis pas arrêté… pas arrêté.

Les tirs se rapprochaient de mes chevilles, les prochains me faucheraient. Il restait encore trois mètres pour atteindre le rempart convoité. Alors singeant l'homme touché par la grenaille, je me vautrais au sol, et me sauvait en roulant vers la dérisoire protection. Les balles griffaient la latérite soulevant une nuée rougeâtre autour de moi. Elles labouraient grossièrement mon repaire. La respiration suspendue, j'implorais le Seigneur que j'ignore de m'épargner. Puis la fureur cessait.

Depuis, membres blottis contre la pierre chaude, figé dans une pseudo rigueur mortuaire, je ne bouge plus. Je crains le fusil de mes ennemis qui peut m'atteindre à tout moment.

Un cadavre, je parodie les cadavres dont je renifle les effluves qui voltigent alentour. Ça pue la poudre, la peau roussie, la viande calcinée et le mielleux âcre du sang tiède qui s'égoutte.

Qui s'en est sorti ?