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couverture du livre Seules les dunes le savent écrit par Tarayre Michel

Tarayre Michel

Seules les dunes le savent

15.50 € TTC

Frais de port inclus France
Métropolitaine uniquement

210 pages
A5 : 14.5 x 20.5 cm sur papier 80 g bouffant ivoire
Style litteraire : Roman
Numéro ISBN : 978-2-9536407-1-7
Visitez le site de l'auteur

Présentation de Tarayre Michel


Tarayre Michel, né en 1961, exerce la profession d'enseignant. "SEULES LES DUNES LE SAVENT" est le deuxième livre qu'il publie. Graffitis, Mode, Désign, Cinéma mais aussi Musique, Photographie, Littérature et Peinture abstraite, disciplines auxquelles il s'adonne, émaillent le quotidien de cet amateur curieux d'arts.
"La vie n'est qu'expériences... d'heures volées au temps" confie-t-il recouvrant sa réserve d'un fin sourire. On peut le retrouver sur son site internet où il présente ses œuvres mais aussi tous les coups de cœur et passions qui jalonnent ses errances.

Présentation de Seules les dunes le savent


Sa grand-mère ayant décédée, Lucas Parios revient à Brécap, villégiature côtière du pays landais qui a bercé de sa musique océane toute son enfance. Il retrouve la maison sur la dune telle qu'il l'avait quittée suite à un différent familial vingt ans auparavant. Dans ce climat empreint de nostalgie, les anecdotes resurgissent.

Les faits anodins d'un quotidien suranné se rappellent à lui dénonçant le tendre enfoui dans les limbes de sa mémoire qu'il partageait avec maman, grand-papa et Louise cette grand-mère autoritaire et dévouée. Aujourd'hui le pardon affleure à son âme de jouvenceau blessé, il ne demeure que les souvenirs aux fragrances des menus bonheurs. Mais peut-on échapper à son passé ?

Une rencontre imprévue avec un camarade de collège va bouleverser l'embellie de l'oubli le replongeant dans cette période qui vit son existence basculer. Marie lui apprend-il n'a plus reparu depuis le jour de sa fuite. Pourquoi a-t-elle abandonné Brécap ? Sa disparition est-elle liée au décès d'Axel son meilleur ami, son double ? Après les angoisses et la difficulté de faire face à la vieillesse, thèmes qu'il abordait dans son livre "Et sur la place, il y a un café", l'auteur explore dans ce nouveau roman "SEULES LES DUNES LE SAVENT" les émotions qui traversent les cœurs à l'adolescence mais aussi les blessures qu'inflige un monde qui n'accepte pas la différence.


Extrait du livre écrit par Tarayre Michel


La radio hurle dans cette damnée voiture qui n'avance pas. Lucas s'en fout. Alangui dans le siège baquet, sous la chaleur écrasante de la mi-septembre, il dégouline de transpiration.

Lucas s'en fout…

Imperturbable, au milieu du grouillement d'une cité guillerette traversée d'une large saignée d'asphalte interminable, il braille à s'en décrocher la mâchoire « Capri, c'est fini ! » recouvrant les vocalises stridentes du chanteur des sixties. Doté d'une conviction de joueuse de tennis qui ponctue ses frappes d'un piaulement orgasmique, il gueule le refrain à l'unisson. Dans l'habitacle ricoche le participe « fini » qui s'élève, s'élève… atteint le glapissement et s'achève en un raclement de gorge étranglée déroutant les automobilistes alentours. Fenêtres ouvertes, son concert cacophonique envahit l'avenue principale troublant le trafic piétonnier d'avant midi. Située à dix kilomètres de l'océan, la commune possède le charme des villages de l'intérieur des terres et le parfum des villégiatures côtières. Ses maisons sans étage aux toits à double pente, bordant les avenues, se montrent dignes représentantes du style architectural si caractéristique de la région. Linteaux, poutres apparentes et volets de bois peints aux couleurs vives soulignent les murs blanchis. De tous côtés regorgent les marchands ambulants qui disputent aux boutiques les parcelles de bitume libre dans un enchevêtrement indescriptible. Attirails de pêche, pelles et seaux, parasols multicolores, cartes postales, maillots de bain, caleçons, débardeurs, lunettes, crème solaire, rivalisent d'attraits tandis que fromage de brebis, melons, légumes divers, charcuteries, vins, alcools proposent leur dégustation aux chalands indécis, placides, encore endormis, étourdis devant cette profusion de marchandises aguichantes. Chaque chose ici se veut synonyme de vacances, jusqu'aux trottoirs de rouge vêtus mouchetés de grains de sable blond rappelant les plages du littoral.

« Et dire que c'était la ville de mon premier amour ! » s'époumone-t-il affligeant l'auto-radio qui vaincu crachote désormais la mélodie. Les passants intrigués allongent leur cou, tendent l'oreille se demandant si ce boucan présage des offres alléchantes d'un camelot tapageur. L'œil aux aguets, ils fouillent la rue puis se détournent fuyant le tintamarre incongru. Innocent, il persiste dans son récital au cœur d'un embouteillage qui sur deux files bringuebale à la vitesse de l'escargot, dictés par les automates aux trois couleurs postés au carrefour suivant. Des trognes renfrognées se découpent derrière les vitres closes des véhicules à proximité. Contraints de se barricader dans leur boîte d'acier et de plastique pour échapper au tour de chant tonitruant, leur face du rose des énervés se maquillent alors d'un rouge cramoisi. Ils chauffent, s'échauffent, baignant dans un jus moite et accablant.

« Je ne crois pas que j'y retournerai un jour. » Ah si, détrompe-toi, songe-t-il et dans un éclair de lucidité il lance à tue-tête : « Je n'le crois pas mais j'y retournerai un jour ! »

Les minutes s'égrènent, les mètres se comptent.

Le cortège lambine progressant roue à roue. Les ardeurs vocales de Lucas se sont estompées. La radio, maintenant en sourdine, diffuse des tubes rétro. Ses voisins claquemurés dans les voitures enfin libérés de leur cage de verre arborent à nouveau une mine d'oisif indolent et ont l'élégance de lui céder le passage.

Près du stoppeur mécanique, un étal de chapeaux de paille, de bobs en coton et de casquettes polyamide d'apprentis rappeurs expose ses trésors. Deux ou trois mères manœuvrant poussette farfouillent à la recherche du couvre-chef idéal pour leur progéniture. Les effluves des moteurs en surchauffe se disséminent à hauteur des tendres chérubins confortablement installés au « grand air iodé si bon pour la santé ». Inconscientes, elles marchandent le prix de l'un si l'on en achète deux, se croyant dans un souk d'Afrique du nord sous prétexte qu'elles sont en vacances. Entre deux galurins, elles discutent, elles disputent, elles s'égosillent après le petit Hugo ou la merveilleuse Clara tenant l'un par la main l'autre par la voix. Elles bataillent en chicanes et n'ouvrent le porte-monnaie qu'avec l'élastique de la ménagère vertueuse. Lucas sourit au spectacle de ces mères de famille se transformant en harpies âpres au gain du moindre centime. Leurs figures s'enflamment de mots échevelés, de tollés hypocrites, de mimiques enjôleuses, de paroles mutines pour embobeliner l'inflexible vendeur. Le feu rouge se voile, le vert brille libérant le flot pollueur.

Lucas embraye, enclenche la première, la voiture bondit hors de vue de la scène croquignolette. Au virage suivant la bourgade dissipée a disparu. La route éventre la forêt qu'elle quadrille en de longues lignes droites, il accélère. En ce mois de septembre, les estivants à présent épars, la circulation en rase campagne s'avère fluide. Seuls les marchés voient des attardés se regrouper, papotant matin, déambulant au gré d'effluves culinaires appétissantes. Bientôt, la vie succombera au rythme du hors saison. Des vitres baissées, l'air fouette d'une froidure illusoire son torse embué de sueur. Les senteurs de résine qu'exsudent les pins s'alliant aux essences caractéristiques des sous-bois embaument la cabine. Lucas inspire à pleines goulées le vent vivifiant, il s'en imprègne, s'y plonge, s'y roule, jeune chien flairant la couche maternelle. Subitement, il a soif d'un passé perdu dans les contrées de l'oubli indifférent.

Comment a-t-il pu résister si longtemps à l'appel de sa jeunesse ?

Les couleurs patinées de bleu, de vert, de blond, l'ensemble des nuances harmonieuses que relèvent les odeurs fortes, vives et mordantes se rappellent à lui. L'opiniâtre combat de l'homme depuis Brémontier au début du dix-neuvième siècle et Chambrélent sous Napoléon III pour planter, drainer ces sols stériles, survivre sur cette terre, surgit de sa mémoire marquée par l'empreinte de son histoire familiale. Combien d'années se sont écoulées depuis mon départ ? se demande-t-il. Vingt ans ? Autant ! Il prend conscience du trajet parcouru depuis ce jour de fin d'été où il quitta brutalement les lieux de son enfance.

Ici, au sein de l'immensité verte, il retrouve ses racines intactes mais, au-delà les méfaits du tourisme le décontenancent. D'abord, des campings isolés, du goudron qui gagne sur les sentiers sablonneux, des panneaux publicitaires vantant supermarchés ou coquettes résidences à vendre sur la côte sauvage. Plus on approche de l'océan, plus l'effarante ambition de l'argent a corrompu les âmes, Vichnou déployant ses bras hôtels, centres de vacances, campings quatre étoiles, appartements locatifs… supplantant son village natal aux dunes indomptables. Résistant à la tentation de promoteurs cupides, leurs cimes ainsi que le bord de mer s'affranchissent de
constructions récentes, d'inutiles à touristes. Cependant à l'est, côté terre, elles ont succombé au pouvoir du métal doré.

Oh ! un rond-point, pourquoi s'en priver ? ironise-t-il. Gigantesque ! son concepteur n'a pas mégoté sur la superficie, en son centre s'érige un tertre au gazon éternellement vert printemps. Lucas lit attentivement les panneaux indicateurs où s'inscrivent de nouvelles voies, localités, hameaux…. Méconnaissable. La démesure des éphémères de l'été a bouleversé le cadastre. Après un tour complet du manège imposant, il repère enfin sa direction. Huit cents mètres plus loin, il est confronté à une monumentale pancarte représentant un plan. Il se perd dans les dénominations inconnues « entrée plage nord, plage ville, plage du lac ». Que choisir ? Il décide de continuer sur sa lancée, se rassurant : « Jadis, la départementale filait directement au bourg ! »

Il s'impatiente maintenant, consulte sa montre, s'inquiète. Les détours et péripéties l'ont retardé. Sera-t-il ponctuel pour l'entrevue chez son notaire de famille ? Il se souvient de sa prestance sévère lorsqu'il rendait visite à ses grands-parents pendant la saison hivernale. Ouf ! l'entrée du village n'a pas changé, il devrait être à l'heure. Les souvenirs affluent, il reconnaît les ruelles et dans ce dédale que complexifient des sens interdits inédits, les automatismes anciens le guident. Sur sa gauche un parking récent, il y gare sa voiture. La fin du parcours il l'effectuera en marchant, reniflant à chaque foulée les traces d'autrefois.

Rue du midi, des alouettes, des gentianes… des clichés bondissent et se bousculent ; il préfère ne pas s'y appesantir.

Plus tard… peut-être…