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couverture du livre Signal Fort écrit par Grün Emmanuelle

Grün Emmanuelle

Signal Fort

20.69 € TTC

Frais de port inclus France
Métropolitaine uniquement

300 pages
A5 : 14.5 x 20.5 cm sur papier 80 g offset
Style litteraire : Roman
Numéro ISBN : 978-2-35682-023-5
Visitez le site de l'auteur

Présentation de Grün Emmanuelle


Sous ses différentes casquettes d’auteur, de professeur de Français Langue Étrangère, d’aventurière et de passionnée d’histoire
de la civilisation gréco-romaine, Emmanuelle Grün nous conduit avec sa plume, vers un genre romanesque jusque-là inédit. Avec
Signal fort, ce sont en plus les travers et détraquements d’un monde contemporain qui sont évoqués. Littérature dissidente, ce
roman mythologique, le deuxième de la série, n’en est pas moins une histoire d’amour et de révolte, évoquant sous la forme d’un
parcours initiatique et providentiel, un cheminement vers une réussite professionnelle.

Présentation de Signal Fort


Emmanuelle Grün nous entraîne dans l'unvers étudiant. Flo cette jeune étudiante souhaite devenir une journaliste talentueuse, mais craint l'échec. elle infiltre le syndicat étudiant signal fort...


Extrait du livre écrit par Grün Emmanuelle


Chapitre II

Le campus, avec ses bâtiments standards qui se fondent dans la pâle uniformité du bitume, ressemble à une ville un peu difforme, une sorte d’excroissance du monde moderne.

Au-delà des surfaces lisses et quadrillées des pelouses et terrains de sport, le lieu est ceinturé par les courbes de réseaux ferroviaires. Au rythme des arrivages, les quais se retrouvent noyés par les déversements d’une marée humaine.

Progressivement, le tortillard des arrivants s’étire dans un lent déploiement de blue-jeans, baskets et bandanas, jusqu’à déferler à travers une rue adjacente, pour ensuite longer des pelouses jusqu’aux premiers alignements de portes vitrées.

Un singulier totem en bois, qui présente en son sommet deux ailes d’aigle ouvertes, orne les abords de la cafétéria.

A l’intérieur, un grand hall qui court de bâtiment en bâtiment. Des perspectives qui se jettent dans cette immensité du lieu avec, à intervalles réguliers, les hautes et dignes portes des amphithéâtres, toutes du même côté, entre les arabesques d’une fresque murale et les éclaboussures de panneaux bariolés. En face, ce sont de grandes baies vitrées qui, jusqu’au plafond, ouvrent un vaste champ de clarté. Par là, toute la lumière du jour qui s’y engouffre, vient se répandre sur les éclats vifs de la fresque et de ses supports muraux.

Bariolés d’affiches revendicatives et de slogans tapageurs, les panneaux annoncent la couleur, pour ainsi dire, d’un militantisme qui ne mâche pas ses mots. Une tonicité dans le ton comme dans la violence des teintes ; à côté, les sombres portes des amphis présentent, quant à elles, un aspect bien austère.

Le bureau des informations et inscriptions en Lettres Modernes se situe un étage au-dessus et bien que les niveaux supérieurs soient réservés à la recherche, il est possible d’y accéder par l’ascenseur.

Quand Flo quitte la cabine, une grimace de déception vient tordre les plis de son visage : bien qu’il soit tôt, une horde d’étudiants l’empêche déjà d’atteindre la porte. Tant pis… Elle s’éloigne vers les panneaux administratifs, glanant l’information, espérant trouver çà et là des renseignements précieux qui faciliteront son inscription.

Mais un sursaut de bonheur vient soudainement agiter son cœur. Elle a fini par repérer la feuille des cours de journalisme. Alors, se laissant entraîner par le flot de ses songes, elle tente déjà d’imaginer ces ports inconnus vers lesquels son navire l’entraîne.

Dans les vapeurs brumeuses de son horizon incertain, en viennent à surgir les présences inventées de ceux qu’elle aurait à interviewer… Alors, un carnet à la main, ou mieux, un micro… elle les alpaguerait, les neutralisant dans le lasso de questions justes et percutantes… De ses lèvres, que des paroles fluides, capables de capter l’attention. Ses discours auraient alors tous les attraits : celui de bouleverser par des révélations saisissantes ; celui de faire rire ou de surprendre… Du jamais vu, du jamais dit, du jamais entendu.

Ainsi sont les rêveries de la jeune étudiante : elles voguent. Ce qu’on aurait pu prendre au premier abord, pour de la prétention, ne sont en fait que des pensées qui voyagent. Et elles voyagent loin… Non pas en direction des lumières artificielles d’un star-system, mais sur des océans plus purs, dressant un cap vers un monde où le pouvoir n’appartient qu’aux formes légères de l’esprit, de la conscience et des mots. Bien sûr, un monde qui détone avec le contexte présent, si marqué par son matérialisme et son rapport à l’argent, or l’étudiante ne veut croire qu’en celui-là.

Comme il faut bien parfois supposer l’existence d’un Dieu, pour expliquer le mystère des origines du monde, la jeune Flo, elle, a besoin de s’attacher à des convictions intimes pour donner une explication à l’évolution de la société. Ainsi, cette si belle mécanique de l’évolution qui traverse les Âges, ne peut avoir pour auteurs que de grands sages, fidèles aux acquis ancestraux et ardents défenseurs de causes. Seulement, un tel portrait psychologique ne cadre pas avec les mines parfois patibulaires des dirigeants connus. A tous, l’habit de philosophe semble bien trop large. La méditation n’est pas leur fort, non plus, et leur supposé sens de l’humanisme, quand ils prétendent en avoir un, leur fait rater des finesses de la psychologie humaine. Ils n’ont jamais rien créé de prodigieux et n’ont de sens de l’invention, ni dans l’esprit, ni au bout des doigts. Quand ils ont des leçons à donner, ils ne se fient jamais à celles de l’histoire et déjà, parce qu’ils font souvent de l’argent le pivot de toutes leurs décisions. Seraient-ils simplement, comme beaucoup de citoyens les voient, de pitoyables représentants d’une démocratie mal en point ? Hypothèse peut-être rassurante, mais chose impossible pour l’étudiante, car pour adhérer à ce cas de figure, il faudrait encore pouvoir supposer qu’un équipage inapte à la navigation puisse bon an mal an réussir à diriger un navire. Or, nul doute que cela donne déjà le mal de mer !

Alors, pour elle, il n’y a plus qu’une déduction vers laquelle ses pensées peuvent échouer : la démocratie est ailleurs. Elle se maintient autre part, d’une manière clandestine. On croit les gouvernements indispensables, mais leur évincement des sociétés actuelles n’aurait sans doute aucune conséquence, ni bénéfique, ni catastrophique. L’histoire témoigne en ce sens : les événements ne donnent raison qu’à ceux qui, loin des protocoles, marchent avec conviction sur les pas de grands penseurs. Et tandis que certains ne le font pas, d’autres le font sans qu’on le sache. Des initiatives individuelles qui révèlent leurs efficacités, officieusement, çà et là… C’est sans doute le grand secret des démocraties sophistiquées du monde moderne ; une révélation émouvante comme une aube incendiaire qui viendrait élargir le ciel, mais terrifiante en même temps, car cachée dans l’ombre d’un monde à l’avenir fragile.

Aussi, c’est cet horizon que l’étudiante rêve un jour d’atteindre : appartenir à cette hétairie des individus qui œuvrent pour le progrès. Devenir une muse et, comme Calliope, la muse de l’Eloquence, détenir le secret des influences du langage. Force des discours, qui réussit à faire vaciller les partis et trembler les sols de la contestation ; force des vérités détonateurs de la bombe judiciaire, l’éloquence est ce petit grain de sel qui, tenu sur le bout des lèvres ou d’une plume, permet aux révélations d’exploser au grand jour. Alors, tel Zola, elle lancerait sur la masse sombre d’une foule ignorante, son cri de lucidité : J’accuse…