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couverture du livre Sur la terre écrit par Dury Michel

Dury Michel

Sur la terre

18.69 € TTC

Frais de port inclus France
Métropolitaine uniquement

300 pages
A5 : 14.8 x 21 cm sur papier 80 g offset
Style litteraire : Roman
Numéro ISBN : 978-2-7466-1312-6

Présentation de Dury Michel


A travers mille informations et un sérieux travail documentaire, Michel Dury sait faire revivre avec réalisme ce que fut la vie de nos ancêtres dans un passé qui n’est pas si lointain. C’est le Brionnais aussi qui revit sous sa plume, avec les évocations de La Clayette, Chauffailles, St Racho… et tout le Charolais.

Présentation de Sur la terre


« Sur la terre » raconte les événements qui ont eu lieu dans le Brionnais entre 1700 et 1800, vus par un meunier et son fils laboureur.

A partir des traces laissées par cette famille dans les archives départementales, on traverse XVIIIe siècle tourmenté, la lutte contre la gabelle, le passage de la Révolution mais aussi les procès de voisinage et de succession devant les juridictions liées aux pouvoirs locaux, la vie difficile avec les multiples prélèvements sur les maigres productions agricoles…

On retrouvera leurs descendants dans Un courant d’air, le Brionnais au siècle suivant.


Extrait du livre écrit par Dury Michel


On n’avait pas vu ça depuis des années… La Clayette était couverte de drapeaux tricolores qui flottaient aux fenêtres et aux balcons.Ce dimanche de Pâques 1912, la municipalité avait organisé une démonstration aérienne qui attirait une foule énorme. Dès l’aube, voitures, motos et bicyclettes encombraient toutes les rues. Des piétons aussi arrivaient en groupes, descendant des trains supplémentaires qu’on avait mis en route pour l’occasion.
 
Une foule délirante et joyeuse… on voulait être de la fête ! Le soleil lui-même en était, alors qu’on avait craint les jours précédents que la pluie ne se maintienne. La municipalité de la Clayette espérait bien profiter de cette attraction régionale pour lancer une grande souscription destinée à l’achat d’un avion pour l’armée française, le « Brionnais-Charollais »
On avait lu dans le journal l’enthousiasmant appel que le maire avait adressé à ses confrères des communes voisines, et à Curbigny en particulier, où le Conseil municipal se demandait s’il s’associerait à cette collecte.

- Pour moi, dit Etienne Durix1, ce sera non. Ces exhibitions qui cachent leur réel but sous des aspects bon enfant me déplaisent.
La veille de la fête, les avions étaient passés si bruyamment au-dessus de Curbigny, qu’à la Bourdonnière, où habitaient Etienne avec son fils et sa famille, toute la tribu levait régulièrement la tête vers le ciel. On disait que, parmi les pilotes de ces essais, il y avait une demoiselle. L’excitation des plus jeunes était grande et le repas du soir promettait d’être très animé. Le bénédicité ne profita pas du recueillement habituel :

- Tu vas finir, avait lancé Etienne, glacial, à un des petits-enfants qui s’agitait ?
C’était Philibert, douze ans. Une attitude bien compréhensible à cet âge quand on avait entendu toute la journée passer ces surprenantes machines. Mais Etienne, très strict sur le respect de ce rituel estimait qu’on ne devait pas se laisser distraire par d’aussi sottes préoccupations pendant la prière. Il s’appliquait à vivre en paix, ce qui lui avait valu d’être estimé par tout le monde mais, un peu austère, il n’était pas forcément compris par ses petits-enfants. Le lendemain, il était quand même allé voir ces étranges oiseaux.

Après la messe, le repas fut vite avalé et un char plein de gens de la maisonnée s’élança sur le chemin de la Clayette. Aux abords de la ville, à la hauteur de la Segaude, on ne pouvait déjà plus avancer : la « musique » du 56e régiment d’infanterie de Chalon qui précédait le cortège s’avançait déjà vers le terrain d’aviation, un pré à un kilomètre de la ville, derrière la gare de marchandises. Le clan Durix se mêla à la foule, une mer humaine qui progressait lentement au rythme des différentes marches militaires que la fanfare de la Clayette jouait maintenant.

Etienne avait préféré rester près du char, il n’avait pas l’intention de se faire piétiner par cette foule en goguette. A son âge, regarder le spectacle de loin ne présentait pas que des inconvénients. Un voisin de Curbigny passa devant lui.

- Alors, on est venu voir les hommes volants, lui demanda-t-il ?

- Je viens surtout pour voir ce qui fait tant parler le monde, lui répondit le vieil homme d’un ton ironique.

Soudain, on entend le ronflement des premiers moteurs… Un avion s’élève rapidement dans le ciel, comme une brindille de paille aspirée par le vent d’orage et monte très haut avant d’atterrir dans des pétarades et des crachats de fumées. Hourra ! Bravo ! Il laisse la place à un second qui rase les têtes et s’enfonce très loin dans la campagne brionnaise en survolant d’abord Curbigny. Puis un troisième s’élance et virevolte au-dessus de la Clayette.

- C’est bruyant tout de même, dit le voisin d’Etienne. Et il va y avoir un feu d’artifice ce soir…

- Et demain, un feu d’artifice de jour, ajouta Etienne. Je me demande ce que ça peut être…
- Va savoir… C’est un spécialiste qui vient de Lyon nous montrer ça…

- Ma foi, la semaine prochaine on n’en parlera plus, conclut Etienne.

- Jean Antoine se présente donc aux élections municipales à Curbigny, s’enquit sans transition le voisin ?

- Il paraît…
- C’est très bien, c’est très bien… Ton fils a bien des qualités.

- Si tu le dis… mais pendant qu’il s’occupera des affaires du village, il n’aura plus de temps pour le patrimoine. Je vais vendre les biens de Saint Racho, ça m’enlèvera des soucis.

- Tête-Noire ?

- Oui. Il y avait encore une fille à Jean Antoine2 qui y habitait depuis son mariage. Mais maintenant tous sont installés ailleurs…

Et, pendant qu’ils parlaient, un des avions qui venait de monter péniblement du sol en toussotant avait réussi à piquer subitement du nez dans un champ voisin, sous les cris de stupeur et de panique de la foule. Il concourait pour le prix du passager et avait donc pris à son bord la fille du président organisateur. Heureusement, on vit rapidement sortir le pilote et sa passagère qui n’avaient pas l’air d’avoir souffert de l’atterrissage. Mais le contact violent avait quand même cassé l’hélice et le train d’atterrissage du Blériot.

- Je vais m’éloigner un peu de là, dit Etienne, j’aurai moins de bruit…

Une dizaine de jours plus tard, Etienne s’était rendu à Tête-Noire pour visiter le domaine avec son acquéreur. Il avait fait un détour pour passer par le moulin des Quarts. A proximité du Sornin avec lequel il formait un compagnonnage de labeur, perdu dans les peupliers et les vernes, le moulin de ses ancêtres était aujourd’hui bien discret, sans ouvrage. Comme fatigué de ces longues années de travail pendant lesquelles il avait donné farine et huile sorties de ses meules.

A cette époque de l’année, le travail manquait : plus de blé, et peu de bois à scier. Mais surtout, et comme beaucoup d’autres, le moulin périclitait. Ces petites installations au bord des rivières ne pouvaient lutter contre les grands moulins qui produisaient une farine plus blanche, plus fine, celle que préférait une clientèle étourdie qui s’imaginait que le goût en était meilleur.

Un bief qui longeait le chemin d’accès au moulin dirigeait encore l’eau vers la roue à aube qui luisait d’éclats verdis par la mousse. Cette mystérieuse construction attisait la curiosité des enfants qui espéraient toujours entrer dans la sombre salle bruyante des meules où la farine et ses sous-produits tapissaient tout l’alentour et où la poussière du grain piquait les yeux.

Il quitta bien vite ce coin humide pour monter à Tête-Noire où, en attendant son acquéreur, il s’installa confortablement dans un recoin de bâtiment pour lire le journal.

Il tourna quelques feuilles et s’intéressa à un article qui vantait la culture de l’avoine. Toujours pas d’acquéreur en vue et le temps n’était pas très propice à la lecture. Quelques jours plus tôt, un vent chaud du sud avait précédé un orage de plein été avec des éclairs fulgurants qui embrasaient l’horizon. Après de fortes pluies, la température avait considérablement chuté et on avait pu voir, la veille à la tombée de la nuit, un peu de neige mélangée à la pluie. Toute la nature attendait le printemps, quand les couleurs reviennent, lentement, avec des précautions d’animal sortant d’hibernation.