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couverture du livre Tulle, où le passé en impasse écrit par Hamon Isabelle

Hamon Isabelle

Tulle, où le passé en impasse

17.69 € TTC

Frais de port inclus France
Métropolitaine uniquement

126 pages
A5 : 14.5 x 20.5 cm sur papier 80 g bouffant ivoire
Style litteraire : Roman
Numéro ISBN : 978-2-35682-063-1

Présentation de Tulle, où le passé en impasse


Comment construire son avenir sans savoir d'où l'on vient. A Tulle, c'est une histoire plutôt inattendue qui se déroule. Charles est détective privé, ses affaires sont rentables et ne sont pas franchement difficiles à résoudre. Tout va basculer le jour où il va être contacté par un inconnu. La commande est étrange. Petit à petit, Charles va découvrir qu'il enquête sur son passé familial dont il ne sait pas grand-chose.

Secrets en tous genres ponctuent son enquête, secret de la confession, secret de famille, secret maçonnique, Mais Charles est solide, il sait comment faire face, comment se satisfaire d'un quotidien ancré dans le terroir limousin.


Extrait du livre écrit par Hamon Isabelle


Il était là, face aux baies vitrées, légèrement teintées de brun pour atténuer les rayons du soleil, les filtrant pour les rendre moins agressifs. Large d’épaule, taillé dans le marbre, il avait, vue d’ici, l’air colossal. Pourtant, à bien l’observer, ses muscles fins, perceptibles au travers de la maille de son sweat, satisfaisaient à l’exigence purement féminine qui aime à associer l’esprit au corps. Il se pencha pour saisir son verre à pied, au trois-quarts rempli de Bourgogne. On le sentait l’apprécier, le déguster comme si c’était le dernier qu’il allait boire. Il reposa son verre en cristal de chez Swarovski qu’il s’était procuré à Prague lors de ses dernières vacances, se dirigea dans l’immense pièce vers la chaîne d’où s’extirpait, au travers des baffles, le son sensuel de Matafix. Il s’accroupit, monta très légèrement le son, se releva et retourna près du canapé.

Ce dimanche s’annonçait comme devant être une belle journée de printemps. Les baies vitrées donnaient le spectacle d’un champ impressionniste fascinant. Au loin, sur la colline qui faisait front, on distinguait quelques maisons en l’état, des maisons qu’aucun touriste anglais n’était encore venu acquérir faute sans doute de trouver l’accès sur une carte tant l’isolement accompagnait cet espace de verdure. Seul Dieu en connaissait l’endroit et très peu d’autres comme Charles. Il invitait rarement dans cette maison, moderne, aux arêtes échancrées laissant apparaître, vu de l’extérieur, un infini ravissement, comme si, écrin de joaillier, elle protégeait un bijou. Il venait de sortir de la douche et l’odeur du Captain Molyneux qu’il se faisait faire sur commande envoûtait l’atmosphère la rendant plus suave qu’à l’ordinaire sachant que l’ordinaire n’existait pas ici.

Charles avait profité de son balcon la veille. Puriste, il s’était plongé dans un bain de soleil nu. Aucune marque de bronzage sur le corps ne trahissait une quelconque obligation. Obligation de se vêtir, obligation de se couvrir la tête, obligation de rien. Charles était libre de toute contrainte. Non pas qu’il attendait de son hâle de provoquer quelques halètements. Il aimait seulement son corps teinté, comme ses baies vitrées, comme des baies à manger. S’il avait dû être un fruit, il aurait été une framboise ou une myrtille et aurait eu ainsi le sentiment d’être avalé passionnément parfois. Quoi de plus extasiant qu’une framboise qui n’attend que d’être goûtée avant d’être avalée ! Quoi de plus sensuel que d’être désiré ? Son jean délavé, juste comme il faut, pouvait laisser la femelle perplexe tant il lui allait, tant sa quête d’exactitude le rapprochait de la perfection. Sa façon de se mouvoir, d’errer dans ce loft, de s’asseoir, d’ériger en érection tout ce qu’il touchait n’était que réincarnation émouvante du derme qui se hérisse, voilà son effet, voilà l’effet.

Il se releva après avoir apprécié un ou deux morceaux de Matafix, se rendit dans la cuisine avec son verre qu’il posa sur le plan central, s’empara du tablier de cuisine. Il avait faim. Déjà 13 h 00. Quand il ouvrit le frigo, après avoir jaugé les capacités de ce dernier à lui fournir un repas correct, il saisit deux œufs, une tranche de saumon fumé, du persil frais ramené par Carmen et puis quelques saveurs provençales de Ducros. Une omelette de trois œufs vivement fouettés dans un bol, deux larmes de lait pour la rendre plus légère, une goutte d’huile d’olive dans une poêle. En quelques minutes, son omelette recouverte de saumon fumé émincé le ferait aspirer à une intrépide satisfaction, celle d’arrêter de saliver en dégustant, au milieu de son salon, une préparation savoureuse dont il avait l’art. Il se resservit d’un second verre de Bourgogne, posa l’assiette sur un plateau en osier tressé et, une fois dans son salon, éteignit le CD.

Il en était là de son plaisir simple quand le téléphone sonna. Comme à son habitude, il était incapable de résister à une sonnerie. Il posa rapidement ses couverts et s’empara de son portable. Il se leva, répondit artistiquement, d’un coup de pinceau à Amanda, sa secrétaire. Quelques informations vite transmises, quelques ordres prestement donnés, voilà quelle était leur relation. Il n’y avait pas de jour, pas d’heure, il le savait. Il était son esclave. Amanda ne semblait connaître qu’une chose, son métier qu’elle affectionnait par-dessus tout. Vouée corps et âme on ne savait trop à qui ou à quoi, on supposait que la passion qui l’animait était celle de ses dossiers et pas du dos de Charles. Il reprit là où il avait cessé et termina son repas avec un réel plaisir. Il débarrassa tranquillement, retourna dans le salon et commença à s’interroger quant à ce qu’il allait faire ce dimanche. Adepte de la tranquillité, il savourait chaque moment de solitude, tout du moins ce que l’on appelle la solitude. Pour lui, les moments les plus sereins étaient ceux où l’espace n’était occupé que par lui, la musique, un ou deux bouquins, un verre de Bourgogne. C’était suffisant. Il se ressourçait ainsi de ses dépenses hebdomadaires à courir, à écrire, à téléphoner, à emailer, à satisfaire les requêtes, les urgences, les incontournables.

Assis dans son canapé, il regarda le dossier qui attendait qu’on s’y penche. Le voulait-il ? Il hésitait encore à le traiter. L’offre était alléchante pourtant -Intellectuellement et financièrement -. Néanmoins, il avait toujours eu dans toutes les affaires qu’il avait eu à gérer, une intuition certaine qui lui confirmait qu’au bout était la vérité. Dans celle-ci, il était encore dubitatif. Ses doutes épidermiques ne l’incitaient pas à commencer à exploiter ce prétendu filon. De plus, d’autres affaires en cours risquaient à terme d’être préjudiciables s’il ne pouvait plus les traiter correctement, du fait du nombre. Il ne risquait rien à y jeter un coup d’œil approfondi sans s’engager. Ce qu’il fit. Il commença à saisir le dossier cartonné rouge framboise clos par une gaine qui l’entourait mais qu’on ne voyait que partiellement. Tout cela lui était évocateur. Il se dit que c’était bien dommage de ne pas profiter d’un dimanche pareil à enlacer et caresser un corps tiédi par les rayons printaniers. Il n’avait pas fait l’amour depuis cinq mois et cela commençait sérieusement à l’agacer.

Il se concentra et ouvrit le dossier « Defleury ». La première enveloppe contenait une photo. Il l’examina, elle était ancienne, jaunie par les tortures des ans, salie par les mains multiples qui l’avaient saisie un jour. On reconnaissait à peine une femme de profil, en robe longue et noire. Elle portait visiblement un tablier et des gants blancs et était entourée d’autres femmes, vêtues comme elle, dont on ne voyait pas le visage. Il lui semblait que la photo avait été prise à son insu, comme un chapardage à l’étalage. L’air de rien, comme ça. Dans la seconde enveloppe, Charles découvrit un document d’un demi-format papier. On y lisait l’inscription « 1942 – Ruth -Tutela ». Il s’attarda donc encore un peu, tourna et retourna la photo, fit de même avec le papier. Il reposa le tout et ouvrit la troisième enveloppe. Il en sortit une clé, pas une clé récente ou moderne, non, une clé ancienne rappelant celles des vieilles portes de celliers qu’on trouve encore dans certaines fermettes de Corrèze. Charles la soupesa, caressa ses formes. Elle était en plomb et en forme de trèfle. Alors qu’il l’examinait, il se fit la curieuse remarque que le panneton avait la forme d’un trois. Il reposa l’ensemble sur le dossier, survolant légèrement, d’un œil distrait ou tout du moins plus distrait qu’il n’aurait dû, cet ensemble pour le moins étrange.

Au moment où il commençait à ouvrir la sous-chemise, le téléphone sonna à nouveau. Aux premiers mots, il se raidit, imperceptiblement mais suffisamment pour que le moulage de son torse tente de transpercer un peu plus son sweat en Jersey.

La voix de son interlocutrice le fit trembler d’émotion. Réapparurent à son esprit, les instants brumeux de leurs fins d’extase. Engourdi des restes d’elle, il s’affaissa dans le fond du canapé. Il se laissa extraire de ce dimanche tranquille et les tumultes de leurs désordres réempruntèrent les chemins scabreux de leurs ébats. L’atmosphère brûlante de la pièce laissait paraître des fumerolles d’amour qui tentaient de s’échapper par les baies. Faute d’y arriver, leurs tourbillons commencèrent à noyer Charles dans ses envies.

- Comment vas-tu ?

- J’aimerais que nous en reparlions, dit-elle.

- Je ne pense pas que ce soit une bonne idée.

- S’il te plaît !

- On en a parlé pendant des heures. Je pensais avoir été limpide. Je suis incapable de concessions et tu le sais. Je trouve cet appel inutile, comme si tout ce que j’ai pu te dire n’était que lettre morte.

- Charles chéri, il faut que je te voie. Je ne peux plus rester comme ça. Cette histoire me rend malade. Je t’en prie.

- Je te l’ai dit, tu bouges une oreille, t’es morte. Tu as bougé une oreille mon amour, donc tu es morte. J’aurais préféré ne pas avoir à répondre à ton appel. Raccroche s’il te plaît et oublie-moi. Oublie-nous mais surtout, n’oublie pas ce que tu as fait, ça pourra te servir de leçon. Le paradis blanc n’est rien à côté du silence marqué qui suivit cette dernière sentence. Le bruit des respirations stoppa pour laisser à cet instant terrifiant, toute latitude pour terrasser ce qu’il restait de cette histoire. Eva raccrocha.