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couverture du livre Dix séances psychiatriques à propos de la désaggravation du viol écrit par Warcholinski Yan

Warcholinski Yan

Dix séances psychiatriques à propos de la désaggravation du viol

20.69 € TTC

Frais de port inclus France
Métropolitaine uniquement

298 pages
A5 : 14.8 x 21 cm sur papier 80 g offset
Style litteraire : Savoir
Numéro ISBN : 978-2-35682-095-2

Présentation de Dix séances psychiatriques à propos de la désaggravation du viol


Le viol reste à penser. Pour s'en faire une petite idée, il suffit d'observer le décalage entre l'évidence de la gravité du viol et les attitudes visant à gommer cette gravité.

Cela s'appelle le phénomène de désaggravation. Il s'agit donc de penser la gravité du viol, ce qu'il désorganise, afin que la perception de sa gravité cesse de s'évaporer. Mais il y a un hic. Modifier la perception de l'acte sexuel ne saurait être sans conséquence quant à ce que nous faisons, ainsi que ce que nous sommes.

C'est pourquoi ce livre ne s'adresse pas à qui souhaiterait que tout continue comme avant, ne pas casser l'ambiance, ni le silence qui va avec. Ce livre ne leur dira rien. Il s'adresse à qui est arrivé un événement, qui a perdu quelque chose, pour qui le monde a cessé d'être le même.


Extrait du livre écrit par Warcholinski Yan


Séance 1 L'impensé de la gravité du viol
Paris, Centre psychiatrique, décembre 2004.

MISS RATCHED : Non, M. Harding… Le sexe… Bien sûr que

nous savons ce qu'est ! CASSANDRE : Arrêtez de m'appeler comme ça. C'est Cassandre.

MISS RATCHED : Ce n'est pas ce qui est écrit dans votre dossier en tous cas. Et puis ce n'est pas un nom de garçon. CASSANDRE : Ben si. Puisque je suis un garçon.

MAC MURPHY : ... MISS RATCHED : Admettons… Qu'est-ce que je disais ? ... Quand vous dites que nous ignorons ce qu'est le sexe, vous n'êtes quand même pas sérieux ?

CASSANDRE : Un secret peut être dévoilé de deux façons. Soit au moins une personne le connaît et en parlera, soit il est à découvrir. Et en ce qui concerne le sexe, il semble que personne ne soit au courant.

BILLY BIBBIT : Ah b-b-b-b-b-bon ? MISS RATCHED : Mais vous délirez M. Harding ! CASSANDRE : Cassandre.

MISS RATCHED : Le sexe, tout le monde sait ce que c'est !

MAC MURPHY : Sauf Cas' on dirait bien !

CASSANDRE : D'accord, y'a que moi qui sait pas… Alors, dites-moi ? ... Vous qui savez.

DOCTEUR SPIVEY : Il s'agit d'un frottement entre des muqueuses.

MISS RATCHED, qui examine, dubitative, le docteur Spivey : Pour être un peu moins médicale, je parlerais d'une rencontre, entre deux personnes qui s'aiment.

MAC MURPHY : Alors là, pas d'accord ! Y'a pas besoin d's'aimer ! Et encore moins d'être qu'à deux…
MISS RATCHED : C'est parce que vous n'êtes qu'un macho M. Murphy ! … Doublé d'un cochon !
MARTINI : Des tubes qui entrent dans des tubes.

CHESWICK : Quelle horreur ! Seigneur !

CASSANDRE : Vous voyez ce que je veux dire ? Tout le monde a une idée bien précise de ce qu'est le sexe, mais personne n'arrive à le définir. Certains le réduisent à un échange de fluides corporels, tandis que d'autres parlent de communion… Essayez vous-même de donner une définition, vous verrez, c'est instructif.

BILLY BIBBIT : Et le d-d-d-d-d-d-ico alors ?

CASSANDRE : C'est là que ça devient marrant. Il parle de comportements relatifs à l'instinct sexuel. Bref, il ne dit rien.

MISS RATCHED : Mais il n'y a pas de raison pour que personne n'arrive à définir le sexe.

CASSANDRE : Si, parce que le secret est bien gardé. Si vous voulez, le sexe est un peu comme du cristal, il ne dévoile sa structure que lorsqu'il se brise, c'est-à-dire quand il cesse d'être du sexe. Ce qui correspond au viol. Voilà pourquoi la clef est bien cachée, elle se trouve là où nul n'ira la chercher.

COLONEL MATTERSON : Fermer bien c'est fermer sans barres, ni verrous, et pourtant sans que personne ne puisse ouvrir.

MISS RATCHED : Vous comparez le sexe au viol ? Êtes-vous en train d'insinuer que c'est la même chose ?

SEFELT : Fais gaffe Cassandre, je vais le noter sur le cahier !

CASSANDRE : J'insinue que le viol ressemble encore beaucoup trop au sexe, voilà l'impensé. Le but étant de désexualiser le viol.

MISS RATCHED : Mais de quel impensé parlez-vous donc ?

CASSANDRE : La gravité du viol.

DOCTEUR SPIVEY : Ah bon ? Mais qui ignore cela ? La loi est pourtant très claire. Le viol y est défini comme un acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise… Imposer un rapport sexuel à autrui, voilà ce qui est grave.

CASSANDRE : Je suis au courant. Sur le papier, tout est très clair, limpide, contrairement aux faits.
 
MISS RATCHED : Vous voulez parler des agresseurs, qui cherchent toujours à tout embrouiller.

CASSANDRE : Oui, aussi. Ils cherchent à fabriquer de la confusion, afin qu'il n'y ait plus ni victime, ni agresseur.

CHAPERON ROUGE : Et donc personne pour porter plainte.

CASSANDRE : Le problème est qu'il n'y a pas qu'eux. Il arrive aussi que l'entourage passe la gravité du viol sous silence.
CHAPERON ROUGE : Pourquoi personne ne nous croit ?
MISS RATCHED : Et vous faites quoi de Fourniret ? Guy Georges ? Ils ont été passés sous silence, peut-être ?

CASSANDRE : Non, mais ils sont trop monstrueux, ils ressemblent trop au stéréotype du violeur : un prédateur qui guette dans un parking, la nuit. Le souci étant que ça ne correspond pas toujours. Quand l'agresseur est un notable, un proche apprécié de tous ou un ami, à votre avis, qui héritera de la faute ? Qui deviendra le bouc émissaire ?

SCANLON : Je dirais Cheswick !

SEFELT : Ouais ! Cheswick !

MARTINI : Cheswick me doit trois cigarettes.

MISS RATCHED : Asseyez-vous M. Cheswick !

CHESWICK : Mais, mais, mais, mais… Miss Rat-ched, je proteste ! C'est un complot !

MISS RATCHED : Vous savez bien qu'ils plaisantent. N'est-ce pas que vous plaisantiez messieurs ? (Scanlon et Sefelt de faire non de la tête.)

CASSANDRE : Quand un viol est commis non pas par un monstre à la télé, mais tout près, par un proche, c'est très angoissant, ça rapproche la menace, qu'il faudra éloigner. Et vite. Il sera alors très tentant de faire comme si de rien n'était. Ce qui correspond au déni, quand la victime n'est tout bonnement pas crue.

CHAPERON ROUGE : Pourquoi personne ne nous croit ?

CASSANDRE : Et ce n'est pas la seule alternative. Pour éloigner cette menace, il est aussi possible de culpabiliser la victime, parce que sortie seule, le soir, avec des vêtements provocants, au mauvais endroit, etc. Si c'est un peu de sa faute, elle ne peut pas être complètement victime.

CHAPERON ROUGE : Pourquoi tout le monde nous rabaisse ?

CASSANDRE : Reste encore la minimisation. Dans ce cas, il ne sera plus nécessaire de trouver ni coupable, ni menteur, puisque la gravité du viol a disparu.

DOCTEUR SPIVEY : Mais, comment ?

CASSANDRE : En faisant passer le viol pour autre chose, comme un jeu qui a mal tourné, ou des gamineries…

CHAPERON ROUGE : Un troussage.

CASSANDRE : Voilà le fardeau des victimes de viol. Même si la loi est très claire, un impensé trouble les situations, il gomme la gravité du viol de trois façons : le déni, la minimisation ou la mise en cause, bref, soit le viol n'a pas existé, soit ce n'est rien, ou alors la victime y est un peu pour quelque chose. Et toutes ces attitudes correspondent à un seul et même phénomène, la désaggravation.