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couverture du livre 1914-1918 carnets de guerre et souvenirs de captivité écrit par de RAUCOURT Brigitte

de RAUCOURT Brigitte

1914-1918 carnets de guerre et souvenirs de captivité

18.60 € TTC

Frais de port inclus France
Métropolitaine uniquement

224 pages
14.8 x 21 cm
Style litteraire : Autres
Numéro ISBN : 978-2-35682-283-3

Présentation de de RAUCOURT Brigitte


Au début de la Guerre de 14-18, André Braudeau avait 27 ans, sa femme Suzanne presque 22. Le couple vivait à Mauléon, dans les Basses-Pyrénées, avec ses deux premiers enfants. André avait été nommé Inspecteur primaire de l’Education nationale, au début de 1914.

De sa mobilisation en août 1914 comme Sergent, fantassin envoyé au front, à sa capture en mai 1918 où il est Lieutenant et décoré de la Croix de Guerre, André Braudeau, prit des notes rapides, courtes, de son style factuel, sobre et incisif, au jour le jour, dès qu’il le pouvait. Ces notes, interrompues par deux périodes de retrait, pour soigner ses blessures constituent « Mes Carnets de Guerre 1914-1918 ».
André Braudeau nous y délivre un témoignage direct et précis sur les faits de guerre auxquels il participe, une observation fine des hommes qui l’entourent où qu’il commande, ses avis personnels sur les événements, souvent critiques, toujours éclairés. Les « Carnets de Guerre » sont d’une telle précision, sur le présent vécu et l’incertitude absolue du lendemain que le lecteur d’aujourd’hui s’y laisse prendre, à un siècle de distance : étonné de la modernité du récit, inquiet des réalités effroyables, passionné par la vision géopolitique que l’auteur développe avec les années.

En mai 1918, au Chemin des Dames encore, il est fait prisonnier, avec des milliers d’autres, pris à revers par les attaques allemandes et part à pied, puis en train, en de très longs convois. De 7 mois d’internement en Allemagne, André Braudeau rapporta aussi ses « Souvenirs de captivité » tenus secrets au fond de l’armoire. Etait-ce la honte, d’une capture géante sur le front, après 3 ans et demi de combats ? Pourtant on y mesure l’extraordinaire capacité des hommes, si moralement meurtris, volontairement affaiblis et affamés par le geôlier, à tenir, à s’organiser, à batailler encore, pour leurs conditions de survie et pour leur libération qui n’eut lieu qu’un mois après l’Armistice du 11 novembre 1918 !

De son côté, Suzanne, sa femme, restée en Charente avec ses deux enfants, dans un Journal tenu en 1918, étouffe son chagrin et son épouvante de savoir son mari « disparu », égrène les souvenirs de son bonheur et entretient de façon émouvante, l’espoir, pour survivre à la peur.

Brigitte de Raucourt et Marie-Claude Bucsek. (Petites-filles d’A & S. B)

Présentation de 1914-1918 carnets de guerre et souvenirs de captivité


Ces trois manuscrits, tous retrouvés dans un grenier, en octobre 2012, ont été fidèlement retranscrits dans cet ouvrage ; mais en respectant pour 1918 la chronologie des textes qu’André et Suzanne écrivent chacun de leur côté, sans avoir de nouvelles l’un de l’autre pendant des mois. Les trois manuscrits ont été complétés de notes historiques et géographiques permettant de mieux ancrer ce témoignage exceptionnel dans l’histoire de la Grande Guerre et dans la réalité de notre géographie contemporaine.

Notre témoin dans l’Histoire :

A l’usage des élèves des collèges et lycées, qui ont la guerre de 1914-1918 à leur programme, une note de lecture de (5 pages) sera adressée gratuitement avec le livre acheté sur ce site. Aux faits relatés par notre témoin, (ce qu’André Braudeau vit et/ou commente), cette note de lecture ajoute, en « Rappels » le déroulement plus large des phases de la Guerre en s’inspirant directement dans les manuels scolaires en vigueur. En quelque sorte, cette note remet André Braudeau, notre témoin, dans vos livres d’histoire… Bonne lecture !


Extrait du livre écrit par de RAUCOURT Brigitte


Lundi 10 août 1914 (Lycée de Bayonne)
Nous devons partir demain. Déjà six jours que nous sommes arrivés, six jours passés cantonnés dans le lycée. Six jours dans l’attente du départ et de l’avenir inconnu. Ils ont été remplis par les opérations prévues de la mobilisation : habillage des hommes, distribution de ceci et de cela, revues sur revues, contrôle des hommes, et la garde qu’il faut prendre, et le « jour » redouté des sous-officiers dont je suis et qui vous consigne au quartier, et les mille détails du service intérieur. Le café est-il prêt ? Les bidons sont-ils percés ? Les boutons cousus ? Où sont les hommes qui manquent à l’épluchage des légumes ? Comme on comprend le rétrécissement d’esprit de ceux qui n’ont que ces soucis des années durant.
Mon régiment (249e Régiment d’Infanterie de Réserve) est tout entier composé d’hommes de la réserve de l’active, appartenant aux plus anciennes classes, 1903 à 1906, d’hommes de 28 à 32 ans. Sur les 250 qui constituent ma compagnie, 200 au moins sont mariés et pères de famille. C’est 500 enfants en bas âge que ces basques et ces Béarnais ont laissés chez eux. Et pourtant, ils sont gais, ils rient, ils chantent. Qui pourrait croire qu’ils viennent d’abandonner (et pour quelle aventure !) femmes en pleurs, enfants, leurs fermes en désordre, leurs troupeaux, leur récoltes non rentrées ; tout ce qui tient au cœur paysan et est susceptible de lui causer un arrachement plus douloureux
que celui de la famille. Ne sont-ils pas sous le coup d’une excitation factice ? Alcool et vin y contribuent sans doute. Est-ce la foule ? Et l’automatisme que deux ou trois ans de caserne et de vie militaire ont
créé et qu’ils retrouvent d’emblée avec l’uniforme ?

Vendredi 14 août Trondes (région de Toul)

Partis de Bayonne mardi soir. Une chaleur torride. Du quartier à la gare d’embarquement deux heures et demi de marche sous un soleil de feu. Des hommes tombent de coup de chaleur. Longue attente à la gare avant le départ ; derniers adieux aux familles. L’instant est poignant.
Puis c’est le voyage dans les wagons aménagés, voyage pénible s’il en est que la chaleur et le manque de sommeil rendent plus pénibles encore. Une question est sur toutes les lèvres : où va-t-on ? Nul ne saurait le dire. Les « renseignés » parlent de Bricon1, près de Chaumont, où les régiments de réservistes seraient rassemblés. De fait nous en prenons la direction. Nous traversons les Landes la première nuit, puis dans la journée qui suit c’est l’Angoumois, le Poitou et la merveilleuse vallée de la Loire qui défilent sous nos yeux. Une seconde nuit ; au petit jour nous sommes à Troyes. Le train va plus lentement et les voies sont encombrées de nombreux trains de militaires comme le nôtre. Enfin jeudi midi : Bricon. On s’attend à descendre. Point. Nous continuons. Où ? On ne sait. Peu à peu la rumeur annonce Toul, puis on apprend que nous nous arrêterons à Foug2. Foug ! Ce nom immédiatement me rappelle le visage aimé de M. Pierre, mon ancien directeur de Saint-Cloud, qui a pris sa retraite à Foug en 1906 et qui est mort avant cette année.

Foug enfin, jeudi soir 8 heures Il y a plus de 50 heures que nous voyageons. On descend pour apprendre que ce n’est pas là que nous sommes cantonnés, mais à Trondes, à 8 ou 10 km, sous les forts de Toul.
Les hommes sont fatigués ; ont mal dormi ; ont mal mangé. Cette marche d’hommes harassés, ployant sous le poids de l’équipement, dans la nuit, c’est lugubre. Et cependant la campagne lorraine est belle sous la lune qui l’éclaire, sobre de lignes avec les bois de sapins sombres, plantés sur les crêtes rectilignes. A minuit nous arrivons. Il faut manger mais personne n’y songe. Dormir.
Ce matin réveil à 4 heures. Quatre heures de sommeil c’est peu ; c’est bon toutefois. On prend le café et à 6h on part. On nous installe à la lisière d’un bois, couverts par les forts de Toul. Nous entendons le canon au N-E, dans la direction de Longwy. Devant nous une mitrailleuse tire. Sur quoi ? Sur un aéroplane ? C’est au son du premier canon entendu que j’écris ces quelques notes.

Note géographique des transcripteurs : Foug en Meurthe et Moselle se situe à 8 km à l’Ouest de Toul (GR p 65 E/5) Trondes est au nord de Foug, situé à 10 km au N-O de Toul (GR p 65 E/5) Fort de Trondes et terrains militaires.

(Plus tard même jour) La journée s’achève dans le bois, journée de sommeil ; journée aussi employée par les hommes à faire la cuisine, à manger et à dormir, réparant dans ces heures de repos les fatigues des jours de voyage.
Le soir, rentrée au village.

Dimanche 16 août Sanzey

Hier, 15 août, nous avons quitté Trondes pour Sanzey3. 10 km, petite étape, marche peu fatigante. La route traverse la plaine lorraine, plaine riche, aux cultures variées. Ici et là des houblonnières, au loin les côtes lorraines, éperons qui s’élèvent à pic avec une crête droite, horizontale. Tout semble fait de lignes droites dans le paysage lorrain et le vert sombre qui domine, lui donne son caractère.

A Sanzey, en arrivant, nous trouvons le parc des ambulances du corps d’armée (18e CA). Il paraît que nous allons constituer l’escorte de ce train. Est-ce vrai ? Si oui, nous ne courons sans doute que peu de dangers. Mais une telle mission ne nous rendrait-elle pas témoins de choses horribles, de scènes de douleurs, de visions atroces.

Hier, 15 août, à l’arrivée à Sanzey, grande fête religieuse. Spectacle curieux. Les aumôniers militaires qui suivent les ambulances. On dit des messes. L’église est pleine d’officiers et de soldats. Les Basques ont chanté des cantiques en basque. Un frère a prêché ; beaucoup d’hommes pleuraient. L’après-midi grande procession.

Beaucoup de soldats portent des médailles bénies ; beaucoup en ce moment suivent assidûment les offices, qui habituellement n’y allaient pas ; beaucoup se confessent, qui ne le faisaient pas. N’y a-t-il pas là quelques curieuses indications sur le rôle des religions positives et sur ce qu’elles représentent à la conscience de la masse…

Ce qu’il y a de délicieux, ce sont les carillons qu’égrènent les clochers à l’heure de l’office du matin, ou le soir à l’heure de l’angélus.

Mardi 18 août Sanzey

Il y a trois jours que nous sommes à Sanzey. 3 jours d’inaction et de repos. 3 jours longs comme des semaines qui seraient déprimants s’il n’y avait la vie collective de la popote. On parle. On conte des histoires. On s’excite. La pensée est détournée de ceux qu’on a laissés bien loin derrière soi et son pauvre cœur meurtri. Vivons du présent. Nous devons partir demain pour le Nord, vers la Belgique où l’on se bat. Que nous réserve l’avenir ?

Vendredi 21 août
 
Note géographique des transcripteurs sur la montée vers la Belgique : 15 au 18 août : Sanzey 19 août : Redescendent de 17 km au S-O de Trondes pour atteindre Pagny sur Meuse (GR p 65 E/5) et sa gare. 20 août : Hirson au N-E du département de l’Aisne, près de la frontière Belge (GR p 25 G/1) Anor à 9 km au Nord d’Hirson, se situe à l’extrême S-E du département du Nord. C’est une gare importante à 5 km de la frontière avec la Belgique (GR p 25 G/1)

Nous avons quitté Sanzey mercredi à midi. Marche très pénible sous un soleil de feu, pour nous rendre à Pagny sur Meuse où nous embarquons. Jamais je n’ai peiné autant que pour faire ces 12 kilomètres. L’embarquement se fait à 8 heures du soir. Destination inconnue vers le Nord et la Belgique.

Nous sommes entassés dans de petits wagons de marchandises par 40 ou 45. On ne peut ni se coucher, ni s’asseoir. Nuit affreuse. Il fait un froid de canard. On est rompu, brisé, glacé. Des rhumes en perspective qui viendront s’ajouter à la fatigue. Je me sens sérieusement pris.

8 heures du matin : Hirson ; le train continue sa route vers la Belgique.

11 heures : Anor gare frontière. Nous descendons et allons cantonner à Wallers-Trélon à 10 kilomètres.
L’accueil que nous fait la population est chaleureux, d’une cordialité qui émeut. Sur toute la route, les femmes, les jeunes filles apportent des seaux d’eau, de bière, de vin, nous offrent des fleurs.

Je suis logé à Wallers-Trélon5, chez un sous-brigadier des douanes M. Michel et je partagerai un lit avec un camarade. Le 1er lit où je coucherai depuis mon départ de Mauléon. Les braves gens ont préparé à notre intention, un dîner que nous prendrons chez eux. Ils débouchent, pour nous fêter, bouteilles de cidre mousseux et de vin vieux.

En face de la maison des Michel, habite un brigadier des douanes et deux camarades y sont logés. Pour leur donner un lit, le seul lit du ménage, la femme du brigadier viendra coucher avec Mme Michel (M. Michel est de service cette nuit) tandis que son mari couchera dans la cuisine, dans le petit sac que la nuit les douaniers de service emportent avec eux pour se reposer entre leurs heures de garde.
Quelle différence entre ces populations wallonnes et les populations lorraines, si froides, si distantes, si méfiantes que nous venons de quitter.

Partis de Wallers-Trélon le vendredi matin à 6 heures Nous traversons la frontière belge et cantonnons à Sivry. Même aspect du pays qu’à Wallers, même intérieurs propres et coquets, aux cuisines carrelées de carreaux clairs, aux meubles luisants et constamment frottés.

Dimanche 23 août 1914 Beaumont (Belgique)

Cantonnés à Sivry de vendredi à samedi soir. Longues journées d’inaction. Les parcs du corps d’armée nous ont rejoints et nous les couvrons. Le canon a tonné dans la direction de Charleroi toute la matinée de samedi. Que se passe-t-il ? Nul ne le sait.

Vers le soir les nouvelles circulent : les Allemands ont tenté une action vers Charleroi, ont mis la ville et les villages environnants à sac, ont tout incendié mais ont été repoussés.

Départ de Sivry samedi soir à 8 heures Une marche de nuit nous amène à Beaumont. On dort sur le bord de la route et le matin, au réveil, première vision de l’exode. Les gens fuient devant l’ennemi. Pêle-mêle, les uns à pied, les autres entassés avec leurs bagages dans de lourds fourgons belges attelés à deux gros chevaux, ils vont le long des routes. Où ? N’importe ; ils fuient. Des mères portent leurs enfants dans leurs bras. Une jeune accouchée de deux jours est étendue dans une petite voiture à bras garnie de paille.

Nous passons la journée de dimanche sur les crêtes devant Beaumont. On entend la canonnade très près. Les Allemands veulent traverser la Sambre vers Lobbes-Thuin. L’artillerie fait rage. Les pertes allemandes seraient très lourdes.

Lundi 24 août 1914 Beaumont

Ce matin la canonnade s’est rapprochée. Nous organisons défensivement la position. Je suis détaché en patrouille sur la gauche. Le bruit du canon se rapproche encore. Les nôtres reculent. A chaque instant on s’attend à voir paraître les Allemands.

Tout à coup, ordre de battre en retraite. Il est midi environ, on part. On traverse Beaumont encombré de convois de troupes, de groupes d’hommes qui ont perdu le contact avec leurs unités.

Marche au Sud jusqu’à trois heures du matin. 50 km au moins. Nous sommes harassés. Cantonnement à Zorées près de Sains du Nord, avec les parcs du corps d’Armée.

Vendredi 28 août 1914

Nous avons marché S.S-0 avec une rapidité effrayante :

de Sains du Nord à Larouillies le mardi de Larouillies à Englancourt le mercredi d’Englancourt à La Neuville-Housset le jeudi de La Neuville à Montigny sur Crécy aujourd’hui. 6
Cette marche en retraite est si rapide et si longue (nous avons fait 200 km environ et peu dormi et peu mangé et avec la pluie en surplus) que le moral des hommes a beaucoup baissé.