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couverture du livre Paroles de femmes - 1945-1975, l'Union des femmes françaises de la Loire : écrit par Durand Daniel

Durand Daniel

Paroles de femmes - 1945-1975, l'Union des femmes françaises de la Loire :

20.69 € TTC

Frais de port inclus France
Métropolitaine uniquement

104 pages
A4 : 21 x 29.7 cm sur papier 90 g offset
Style litteraire : Savoir
Numéro ISBN : 978-2-9536256-4-6

Présentation de Durand Daniel


Le « Centre de documentation, de Recherches et de Diffusion sur l'histoire et la Culture du Mouvement Ouvrier dans la Loire » a pour « but de mener ou favoriser toutes les études et recherches relatives à l'Histoire, la Culture et la Mémoire du Mouvement Ouvrier dans la Loire au travers de ses diverses composantes : associations / mutualisme / partis / syndicats ; organiser ou favoriser la conservation de tous documents relatifs à celles-ci ; d'en organiser ou favoriser la diffusion et la connaissance sous toutes les formes adaptées : colloques, événements publics. »

Présentation de Paroles de femmes - 1945-1975, l'Union des femmes françaises de la Loire :


Le colloque tenu le 7 avril 2015 sur l’histoire de l’Union des femmes françaises dans la Loire a permis de (re)mettre en lumière le rôle considérable qu’ont connu des centaines de femmes progressistes, au sortir de la Résistance, pour aider à reconstruire notre pays, à soutenir et mobiliser celles qui venaient d’être reconnues citoyennes à part entière. Le colloque a donné un coup de projecteur tant, à la fois sur l’action collective de ces femmes, que sur certaines personnalités fortes qui ont animé ces comités de femmes. Denise Bastide, la seule femme députée de la Loire, Dora Rivière, docteur, résistante, Claudine Chomat, l’organisatrice intrépide, comptent parmi les noms les plus célèbres dans la Loire.

La contribution d’historiens et historiennes de renom, les témoignages d’actrices de cette épopée ont nourri les interventions et l’exposition réalisée à cette occasion. Nous vous invitons à une découverte de ces « Paroles de femmes » tout au long de cette modeste publication.


Extrait du livre écrit par Durand Daniel


« L’Union des femmes françaises de la Loire
dans l’après-guerre : une organisation féminine ?
Politique ?
Féministe ?
(1944-début des années 1950) »
Jean-Michel Steiner, docteur en histoire

Il faut toujours prendre au sérieux l’intitulé que se donne une organisation, car il révèle les intentions de ses fondateurs et on peut observer dans quelle mesure ces intentions sont atteintes. L’Union des femmes françaises, née au lendemain de la Seconde guerre mondiale, appartient à la galaxie des groupements liés au Parti communiste français, parti hégémonique à ce moment-là. Son appellation dit la volonté de rassemblement populaire, sur une base nationale et patriotique, qui sous tend alors l’action de ce parti. Dans la période de reconstruction qui s’ouvre avec la libération du territoire elle traduit aussi un investissement en direction des femmes qui viennent d’être promues au rang de citoyennes.

Mais cette organisation n’est pas sortie du néant. Elle a des antécédents, une généalogie. Avant la guerre existait un Comité des femmes contre la guerre et le fascisme, aux buts moins larges mais plus explicitement politiques. Comme toutes les instances « liées à l’Internationale communiste », celui-ci fut frappé d’interdiction par le décret du 26 septembre 1939. La défaite, l’occupation, la Résistance transformèrent de fond en comble la situation : l’organisation renaît de ses cendres à l’automne 1944 comme Comité des femmes de France avant de devenir, en juin, l’UFF. Cette création répond-elle seulement à des intentions politiques ou a-t-elle vocation à porter sur la place publique les préoccupations qui sont spécifiquement celles des femmes ? Ce type d’organisation féminine, si proche soit-elle d’un parti politique, est-il traversé par les revendications qui furent ceux des groupes féministes depuis le XIXe siècle ?

La question du contexte n’est pas anodine. Quand Florence Rochefort consacre un chapitre aux « féministes » dans « L’histoire des gauches en France » de Becker et Candar, elle le découpe en deux temps : « les féministes de la première vague (1900-1940) » et « les féministes de la seconde vague (1960-fin des années 1990) ». Si on suit ce schéma, on constate que l’UFF naît dans une période où il n’y aurait pas de « vague féministe ». Peut-on imaginer une organisation féminine sans action féministe ? La question de la place des femmes dans les luttes d’émancipation doit donc être posée en abordant cette histoire de même que leur place dans le mouvement ouvrier par le rôle qu’elles y ont joué et par l’attention que les organisations – syndicales ou politiques – ont accepté de leur reconnaître. C’est pourquoi je m’arrêterai d’abord aux racines de ce mouvement, dans les trois courants qui vont plus ou moins l’alimenter : féminisme, mouvement ouvrier et mouvement communiste. Ensuite le cas particulier du Comité départemental de la Loire me permettra d’étudier successivement la gestation et la mise en place de l’organisation dans une région ouvrière, puis d’analyser son fonctionnement jusqu’au début des années 1950.

A- La place des femmes dans les luttes d’émancipation

1- Dans l’histoire du féminisme

Dans quelle mesure une organisation féminine s’inscrit-elle dans le champ du politique ? Le combat des femmes pour leurs droits est un des aspects des luttes qui traversent le XIXe siècle. Il découle du fait qu’après la proclamation de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, les révolutionnaires français ont brutalement fermé la porte à toute égalité entre les hommes et les femmes, refusant à ces dernières l’accès à la citoyenneté, exécutant même certaines des femmes qui s’étaient engagées pour l’obtenir. La promulgation du Code Civil en 1804 accentua cette tendance, donnant « corps à l’idée selon laquelle la femme est la propriété de l’homme, sa tâche première étant de faire des enfants. » Ces principes largement étendus à toute l’Europe, entraînèrent une vague de réaction pendant la première moitié du siècle, période pendant laquelle, selon l’historienne suisse Anne-Marie Käppeli, « de mouvement intellectuel, le féminisme se transforme en mouvement socialiste. » Sans aller plus loin sur ce point constatons que, comme les prolétaires, les femmes se retrouvent en situation d’oppression ce qui génère une volonté d’émancipation. C’est donc parallèlement que mouvement ouvrier et mouvement féministe se construisent. Leurs routes se croisent, mais les contradictions et les conflits ne sont pas absents entre eux.