Groupe CCEE L'autoédition au service de votre talent 0 Contact 04 42 36 94 06
serviceclient@autres-talents.fr
Lundi au vendredi : 9 H / 12 H - 14 H / 19 H
Vous êtes ici : > > > PARIS-AUSCHWITZ-PARIS
couverture du livre PARIS-AUSCHWITZ-PARIS écrit par HOCHBERG Thierry

HOCHBERG Thierry PARIS-AUSCHWITZ-PARIS

24.20 € TTC

Frais de port inclus France
Métropolitaine uniquement

188 pages
A5 : 14.8 x 21 cm sur papier 80 g bouffant ivoire
Style litteraire : Littéraire
Numéro ISBN :

Présentation de HOCHBERG Thierry
éditeur de PARIS-AUSCHWITZ-PARIS


Libraire de livres anciens et enseignant vacataire en géopolitique à l’Université d’Aix en Provence, Thierry Hochberg écrit depuis de longues années nouvelles, essais et adaptations théâtrales avec la liberté qui sied à ceux qui n’ont pas l’intention de publier à tout prix.

Paris-Auschwitz-Paris, son premier ouvrage, paru en 1993 a reçu le prix « Mémoire de la Shoah ».
Sa réédition, aujourd’hui nécessaire dans le combat contre l’oubli, la banalisation, voire la difficulté à transmettre la parole d’une « jeunesse volée », se justifie pleinement. Par sa forme particulière, ce texte touchera tout un chacun, et en particulier les jeunes générations, afin de nous guider dans nos choix, nos avis, nos réactions, au présent et dans l’avenir.

Présentation de PARIS-AUSCHWITZ-PARIS


Je venais de terminer la correction et la mise en page du livre quand, de passage à Madrid un jour de janvier 2018, mon attention fut attirée par une banderole cintrant le haut d’un château d’eau à proximité de la Plaza de Castilla. Il y était écrit en gros caractères « AUSCHWITZ ».

Surpris par cette annonce, une recherche « Auschwitz Madrid » sur internet m’indiqua :

« Una exposición itinerante sobre Auschwitz y sus re-percusiones históricas. »

Je ne pouvais pas manquer cette exposition.

Quatre heures de visite. Plus j'avançais dans l'exposition, plus j'étais bouleversé. Mon effarement a atteint son acmé lorsque j’ai vu des bagages de déportés et le nombre de boîtes de cirage et de brosses qu’ils contenaient.

« Comment peut-on se préoccuper de telles futilités quand on est transporté vers une mort certaine ? » Déni ou complète méconnaissance du sort qui leur était réservé, dix années après la prise de pouvoir d’Hitler, quatre années après l’invasion de la Pologne et les persécutions de masse, deux années après l’opération Barba-rossa et la Shoah par balle des juifs des Pays Baltes et de Russie ?

Ma question est restée en suspens jusqu’en fin de visite où, au dessus d’une vitrine qui contenait une boîte de cirage et une brosse, j’ai lu :

« ...Nous sommes des esclaves, mais nous possédons encore un pouvoir, et nous devons le défendre de toutes nos forces car c’est le dernier pouvoir : celui de refuser ou de consentir. Aussi nous devons absolument laver nos visages sans savon, dans de l’eau sale et nous sécher avec nos habits. Nous devons cirer nos chaussures, non parce que des règles le précisent, mais pour garder notre dignité… ». Primo Levi (1946).

J’avais déjà décidé de rééditer ce livre. Cette exposition m’a dès lors conforté dans la nécessité absolue de le faire, dans un contexte de monter des populismes en Europe ; d’antisémitismes déguisés ou non d’antisionisme ; d’assassinats au seul motif de ne pas penser comme ces criminels… ; à une époque aussi où l’on banalise à nouveau le mal et bagatelise les massacres…

Ce livre est le témoignage authentique du père de l’auteur, Thierry Hochberg, qui l’a retranscrit avec fidélité, grande émotion et beaucoup de talent.

Jean-Claude TAIEB
Éditeur


Extrait du livre écrit par HOCHBERG Thierry


Les wagons à bestiaux ne se formaient pas selon les destinations, mais selon les destinées. Ainsi, j’aurais dû me faire embarquer dans le wagon des hommes, un wagon spécial, à part ; j’aurais dû, puisque j’étais seul. Mais, à la minute de l’embarquement, Vladimir a considéré que j’étais de leur famille, en tout cas, que je devais monter dans le wagon des familles avec eux. Cette minute-là fut décisive, comme d’ailleurs beaucoup d’autres depuis mon arrestation et beaucoup d’autres à venir. Et finalement, ces mois aux multiples minutes décisives, ça vous fait des années-lumière.
.../...

Qui, sur le quai, aurait pu lire le mémorial de Klarsfeld, le livre de la vie et de la mort qui m’apprend aujourd'hui qu’en ce convoi 70 du 27 mars 1944, soixante femmes survivraient sur quatre cent seize et qu’en montant dans le wagon des familles, cent d’entre elles seraient gazées dès leur arrivée ? Qui pouvait penser qu’il faisait le bon ou le mauvais choix ? À cause de l’entassement des uns et des autres, Vla-dimir et moi avions organisé un tour pour nous accroupir à tour de rôle. À cause de la tinette qui débordait, et des odeurs qui en faisaient tituber plus d’un, plus habitué à l’extrême hygiène de la cacherout, Vladimir entreprit de creuser un petit trou dans le bois du wagon par lequel nous allions pouvoir respirer un peu, encore une fois à tour de rôle. Autant j’étais inconscient le jour où je portais à l’avance et par défi l’étoile jaune à Paris, autant j’ai commencé à ressentir “autre chose” lorsque le train s’est arrêté en rase campagne, que la porte s’est ouverte brusquement et que dans l’éblouissement de la lumière, des Allemands en armes, furieux, menacèrent de fusiller le saboteur qui avait fait ce trou dans le bois. Bien sûr, je ne comprenais rien à ce hurlement teuton, mais comme j’étais justement assis à côté du petit trou, l’un d’eux m’expliqua dans un français approximatif que ce sabotage pourrait me coûter la vie, mais bon, puisque j’avais l’air trop con pour avoir fait ça, ils me foutraient la paix. La porte se referma aussitôt ; le train s’ébranla à nouveau dans la nuit, mais nous avions ap-pris une chose : dehors, c’était le jour.

Les femmes et les vieillards qui ne pleuraient pas, les enfants qui ne criaient pas, et les pères qui ne se terraient pas dans un mutisme consolateur discutèrent un moment, le temps de traduire à tout un chacun l’épisode du trou et tout ce que cela pouvait vouloir dire. Puis, le silence gémissant revint et dehors c’était peut-être aussi déjà vraiment la nuit. Une question planait alors comme un brouillard dans le wagon, rythmée par les rails, les ralentissements, les arrêts, les nouveaux ébranlements du convoi aux motifs toujours inconnus : où allions-nous ?