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couverture du livre Quelques uns parmi d'autres écrit par Beernaert Roger

Beernaert Roger Quelques uns parmi d'autres

13.50 € TTC

Frais de port inclus France
Métropolitaine uniquement

132 pages
15.8 x 24 cm
sur papier 80 g bouffant ivoire
Style litteraire : Littéraire
Numéro ISBN : 978-2-35682-542-1

Présentation de Beernaert Roger
éditeur de Quelques uns parmi d'autres


Roger BEERNAERT est né en 1948 dans le Nord Il commence à peindre en 1970 et fait sa première exposition à Lille en 1979. S’il continue d’exposer régulièrement, il se découvre une seconde passion pour l’écriture.

Ses nouvelles furent distinguées à plusieurs reprises : prix Annie Ernaux, Prix de la nouvelle en 1 000 mots, prix de la ville de Draguignan, prix de la nouvelle policière de Castres, Prix Bayard Presse, Prix ciné en fête, lauréat du grand prix d’automne de la Short Edition, etc..

Il les rassemble aujourd’hui dans ce recueil : Quelques uns… parmi d’autres, quelques vies saisies ici et là ; dans la proximité et l’ordinaire de leur quotidien.

Présentation de Quelques uns parmi d'autres


… Il laisse venir doucement cette petite mécanique, de rouages, de roulements et d’engrenages, un léger cliquetis de cames et de dents qui lui laboure lentement la tête, le déroulé d’une bobine, le long ruban de la pellicule, il souhaiterait que le film dure longtemps, le plus longtemps possible parce que, malgré tout, finalement au cinéma, tout semble moins grave et que jusqu’ici, jusqu’ici : tout va bien… même sa vie…

Depuis le premier jour j’ai su que je ne ferai pas le poids, que je n’étais pas dans le coup. J’ai toujours envié les forts, ceux qui te bousculent, ceux qui savent pourquoi ils courent et pourquoi ils sont si pressés.


Extrait du livre écrit par Beernaert Roger


Rapport de couple : en mécanique, se dit d’un ensemble de bielles, de cames et de dents qui, par engrenage, transmet et accorde le mouvement de l’ensemble du moteur.
 
 
Mon mari va mourir.
 
J’avais rencontré Maurice à l’occasion d’un bal donné dans le grand salon de la Préfecture.

Lui, bien sûr, avait cru au hasard du destin.

Moi seule, sais qu’il n’en fut rien.

A cette époque, il n’était pas question de quitter sa famille sans se marier. L’usage voulait que les filles attendent sagement les propositions d’un éventuel prétendant.

Certaines étaient même si confiantes dans la promesse conjugale qu’elles étaient convaincues d’en sortir heureuse et comblée d’un bonheur à la dimension de leur attente.

Je pensais différemment, il me suffisait de regarder autour de moi, j’étais jeune et belle et le regard des hommes ne me laissait aucune illusion sur la nature de leur engagement.

A la maison, je ne pouvais rien espérer de mes parents dont l’acharnement à apparaître unis ne parvenait pas à taire la réalité d’une imposture permanente.

Moi, j’avais décidé de ne pas attendre, j’irai le chercher, j’irai me servir. Je prendrai les devants, juste une longueur d’avance sur tous ceux qui pensaient décider de ce que deviendrait ma vie.

Le choisir… en prendre un, puisqu’il le faut, non que le besoin s’en fasse sentir, à cet âge la solitude pèse peu et la liberté est si précieuse, j’aurai pu attendre, mais il me semblait urgent de ne pas laisser d’initiative au temps : un cocktail, un repas de famille, une journée à la campagne et vous vous retrouviez engagée : trop tard… les parents s’étaient entendus, l’affaire était pratiquement conclue, on n’attendait plus que votre accord…

Alors vite, en prendre un, et tant qu’à faire, puisqu’on était devant le magasin… autant porter son choix sur le plus beau parti de la vitrine : un jeune homme fortuné et doté d’un caractère facile et conciliant.

Il me fallut donc orienter au plus vite mes recherches vers cette espèce protégée qui avait grandi dans les hôtels particuliers du centre-ville, ces jeunes hommes dont la fortune des parents s’était amassée en couches successives et régulières depuis si longtemps qu’elles avaient fini par prendre vie. Elles se multipliaient toutes seules et ne demandaient à leur jeune propriétaire que d’autoriser par une série de paraphes chaque étape de leur belle croissance.

Toutefois, pour ce qui me concernait, la fortune ne suffisait pas : il fallait aussi s’assurer du caractère.
Heureusement la plupart des jeunes gens que je côtoyais dans ces quartiers étaient bien nés.

Tout leur étant acquis dès leur naissance, ils n’avaient jamais eu à se battre et n’avaient par conséquent jamais appris à se défendre…

Ce gibier, que je n’étais pas seule à convoiter, était d’une approche délicate. Pour fréquenter cette catégorie de prétendants, il fallait appartenir à la bonne société.

A défaut de fortune, mon père était, à cette époque, Procureur du tribunal de la ville et toutes les portes des beaux quartiers nous étaient ouvertes.

De réceptions en soirées mondaines, il me fallut rapidement saisir ma chance : mon choix se porta sur Maurice Hénin héritier des champagnes du même nom.

Dans un premier temps, il me fut facile de le séduire, de lui céder un peu et de maintenir une abstinence vertueuse et permanente jusqu’au mariage, garantie indispensable à la sécurité de mon projet.

Le soir même, je lui offris la nuit de noces qu’il attendait.

J’ai toujours su ce que je faisais et pourquoi je le faisais.

Dès le lendemain, par contre, je m’efforçais de tout mettre en oeuvre pour éviter que son appétit ne puisse croître en mangeant. Les plats lui furent donc servis sans enthousiasme et dans l’austérité du devoir. Il s’agissait de tout faire pour éviter que certaines pratiques ne développent chez ce garçon, par ailleurs raisonnable, une bien fâcheuse gourmandise.

Sans trop me forcer, j’affichai de mon côté une absence totale de réaction aux efforts qu’il déployait chaque soir pour m’emmener avec lui dans les révélations et les délices du plaisir charnel.

Comme tous les hommes, il se découragea.

Maurice était un garçon intelligent. Je n’eus pas grand-chose à lui laisser entendre pour qu’il comprenne à demi-mots que je lui accordais toute liberté pour trouver ailleurs ce qu’il ne trouvait pas chez lui. II allait de soi qu’en contrepartie, il jouerait le jeu et assurerait les apparences.

Maurice était un homme de paix. Il prit avec discrétion des maîtresses qui eurent toute ma bienveillance pour le peu qu’elles acceptèrent de se cantonner à leur rôle de divertissement sans menacer l’équilibre de notre couple. Les années passèrent, chacun de son côté, chacun pour soi. Nous nous retrouvions bien sûr, aussi régulièrement que l’exigeait la représentation de notre association.

Comme tous les hommes, Maurice avait du mal à assumer l’échec de son couple. Lui aussi eut été profondément rassuré de rendre heureuse son épouse. Il prit quelques initiatives. Il me combla de cadeaux, me proposa quelques voyages, évoqua même avec prudence les vides que comblent parfois les enfants… il m’apparut honnête de le décourager rapidement.