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couverture du livre Albert écrit par ANGILELLA-SCOT Myriam

ANGILELLA-SCOT Myriam Albert

21.00 € TTC

Frais de port inclus France
Métropolitaine uniquement

272 pages
A5 : 14.8 x 21 cm sur papier 80 g offset
Style litteraire : Roman
Numéro ISBN : 978-2-916566-573

Présentation de ANGILELLA-SCOT Myriam
éditeur de Albert


Myriam ANGILELLA-SCOT est professeur d’histoire, écrivain, photographe ; elle organise, en tant que créatrice et présidente des associations M’Arts Mots Culture et Rouerg’Arte, les « Rencontres photographiques » et les « Rencontres d’écrivains », tous les étés en Aveyron.

Auteur de nombreux livres d’art, d’histoire, contes, romans, articles inspirés de ses voyages, elle dirige avec son époux, le peintre-photographe Joseph AUQUIER, la Galerie L’Arche à Alès jusqu’en 2007, à Saint-Geniez-d’Olt depuis 2005.

Présentation de Albert


Albert, fils jumeau, de marchands drapiers de Saint-Géniez-d’Olt, secret, discret, pudique, artiste photographe, est blessé durant la Grande Guerre, puis entre à la Compagnie du chemin de fer du Midi et du canal latéral de la Garonne, ligne Béziers-Neussargues, à Sévérac-le-Château comme roulant, se trouve souvent à Millau dans sa famille, devient en 1938, chef de gare à Campagnac pour la SNCF. Josée, son épouse, est institutrice. Ils ont une fille, Jane, puis élèvent leur petite fille, Marie. Il prend part à la seconde guerre mondiale à sa façon. La famille tient une grande place dans sa vie.

À l’heure de la retraite, avec son frère, ils se retirent dans leur village natal au bord du Lot et évoquent la vie passée de la cité. Les rencontres, les voyages - en Corse, le brassage des hommes et des idées, l’évolution de la société au cours du XXe siècle lui inspirent une philosophie personnelle.

Cette saga familiale de 1897 à 1990, met en scène des personnages divers, travaillant et innovant dans les métiers traditionnels : laine, cuir, agriculture, cuisine.


Extrait du livre écrit par ANGILELLA-SCOT Myriam


1917

Toute la nuit nous avons entendu des explosions, des tirs, lointains pour certains, plus proches parfois, inquiétants. Avec mes voisins d’abri nous n’avons pas fermé l’œil. Une sorte d’angoisse nous étreint. Il pleut, tout est humide, nos couvertures, nos paquetages, nos capotes*, il fait froid en cette mi-avril.
Un rayon de lumière filtre de l’est, c’est l’aube. Nous découvrons ce paysage dévasté couvert d’eau, en apparence plat sans relief, presque irréel.

Vers dix heures on nous ordonne de nous préparer à l’assaut. Je passe près du groupe que forment mes supérieurs, ils échangent à mi-voix. Très tendu le capitaine Lombert secoue la tête doutant du résultat de l’attaque qui va être lancée. Le colonel Lacaze se réfugie derrière les ordres de l’état-major qu’il tient à la main.

À la mi-journée c’est le signal. Nous nous lançons, je suis depuis peu caporal, on m’a nommé à la tête d’une escouade. À la tête de mes hommes je m’élance comme toute notre compagnie. Certains s’affaissent très vite. Je tombe dans un trou empli d’eau. Le froid me saisit. Je tremble. Je dois avancer. Mon corps pèse. Avec effort je sors et je cours. Quelques enjambées plus loin je sens une brûlure au côté droit. Je m’effondre. La terre est molle, imbibée d’eau, elle colle à mes membres, mes mains sont engluées. J’en porte une à mon flanc. Le rouge de mon sang se mêle à la boue. Il fait froid. Il pleut. Je tremble. Mes dents claquent nerveusement. J’ai mal. Je me rends compte que mon sang coule. Je tente de bouger. Une déchirure, une vive douleur s’empare de mon côté, de mon poumon. Une forte odeur très acre flotte dans une sorte de brouillard, un nuage qui rampe au ras du sol.

Cela sent très mauvais, c’est chimique, il me semble. Respirer devient difficile. Je ne vois plus les autres. Je suis seul. J’ai le vertige, tout tourne autour de moi. Je fais de plus en plus d’efforts. Mes yeux, ma gorge, mes poumons brûlent.

Je flotte. Je m’envole, loin, en haut, vers la lumière. Ce sont des chants d’oiseaux qui parviennent à mes oreilles, puis de la musique très douce qui m’attirent et me font aller vers eux avec plaisir. Je me laisse porter, je suis bien. Je n’ai pas mal, je suis léger. J’ouvre les yeux, la lumière est trop aveuglante. Une mèche de cheveux, un visage, un autre souriant, se penchent vers moi, j’en reçois les regards comme des caresses, des baisers. Des jeunes filles dansent devant moi, pour moi, en suivant la musique. Les chants sont doux, calmes. Je flotte. Elles m’entourent, me sourient. Nues ou vêtues simplement d’un voile diaphane, elles virevoltent dévoilant leurs formes dans la lumière. Je suis calme, reposé, bien. C’est un moment de béatitude, d’éternité. Un visage souriant, plein d’amour, se penche sur moi, ses cheveux longs qui ondulent, frôlent ma tête. Je m’agrippe à eux. Elle me soulève…

Mes poumons me brûlent. Une vive douleur s’empare de mon corps. Je souffre, je ne peux crier. Je ne peux plus respirer. Un éclair traverse ma poitrine. Voilà c’est fini…

Tout s’agite. Il fait presque nuit. Deux hommes arrivent, je vois leurs chaussures. Ils me soulèvent, me posent sur une toile*. Je suis ballotté. Je voudrais leur parler, impossible d’articuler un mot. Je perds, à nouveau, conscience.

On dirait la voûte d’une église au-dessus de moi, on me pose sur un lit. Quelqu’un me déshabille, on me nettoie. Un homme s’occupe de moi, puis une femme. Ses gestes sont plus doux, elle désinfecte ma blessure. Elle me couvre d’un drap et s’éloigne. Bien plus tard un homme âgé, accompagné de celle qui doit être l’infirmière, vient m’examiner.

- Il faut extraire la balle.

- Il ne saigne plus.

- Avec l’ablation on peut provoquer une hémorragie, vigilance.

Avisant deux soldats il ordonne :
- Portez-le sur la table.

Il commence l’extraction. Je ne sens rien, peut-être m’ont-ils donné une médecine… Je perds, à nouveau, connaissance.