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couverture du livre Histoire d'une famille du Cambrésis écrit par Watelle Jean-Marie

Watelle Jean-Marie

Histoire d'une famille du Cambrésis

22.80 € TTC

Frais de port inclus France
Métropolitaine uniquement

402 pages
15.8 x 24 cm
sur papier 80 g offset
Style litteraire : Roman
Numéro ISBN : 978-2-35682-144-7

Présentation de Histoire d'une famille du Cambrésis


Au pays des Ch'tis
 
Le déroulement de ce récit d'une famille du Cambrésis sur plus d'un siècle et demi de 1789 à 1945 nous fait découvrir l'évolution de plusieurs générations qui se sont succédé à travers des événements heureux et malheureux inhérents à leur propre histoire personnelle.

On découvre les faits historiques attachés au Cambrésis, région de passage marquée par la tragédie des invasions et des guerres qui ne vont pas l'épargner.

Dans la deuxième partie du XIXème le monde va évoluer très rapidement mettant à jour des découvertes qui donneront lieu à des inventions nouvelles.

Cette famille paysanne va connaître l'exode rural vers les villes.

C'est toute une histoire du Cambrésis à redécouvrir à travers une période passionnante allant de la Révolution Française à la fin de la deuxième guerre mondiale.


Extrait du livre écrit par Watelle Jean-Marie


La Bastille est une imposante forteresse entourée d’un haut mur d’enceinte. Cet ouvrage fortifié, considéré comme prison d’état, est le symbole du pouvoir royal. Les incarcérations, faites sans jugement sur de simples ordres émanant du roi.

Les prisonniers sont très souvent des gentilshommes, des fils de famille, des gens de lettres issus de la noblesse.

Un homme, marquis de son état, est pensionnaire de ce sinistre endroit depuis bientôt deux ans.

Pénétré des idées progressistes du XVIIIe siècle, il a lu une bonne partie de « l’Encyclopédie » : curieux de tout il aiguise son esprit à chacune des branches de la connaissance. Il a parcouru les œuvres des grands philosophes de ce siècle, Fontenelle, Montesquieu, Voltaire, Rousseau et tant d’autres.

Il ne cesse d’écrire pour son propre plaisir, il a même osé publier, sous un nom d’emprunt, de cruels pamphlets contre Marie-Antoinette surnommée « L’Autrichienne ».

Seul dans sa cellule, il entame un dialogue tout en faisant les cent pas :

– « J’aurais peut-être dû me montrer plus prudent ! »

– « Qui a pu me trahir ? »

– « Comment mon pseudonyme a-t-il été découvert ? »

Autant de questions sans réponses !

Il se souvint de Diderot arrêté et emprisonné au château de Vincennes, suite à la publication de sa fameuse « lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient ». Dès sa sortie il se montra plus prudent par la suite, ce qui lui permit de mener à bien la publication de son Encyclopédie.

Le monologue continua.

– « Bientôt deux ans que je suis séparé de mon aimée… »

– « Quand la reverrai-je ? »

– « Ma pauvre Agnès je n’oublierai jamais le matin de mon arrestation : dans vos beaux yeux se lisait tout l’effroi que vous ressentiez alors que les gardes me sommaient de les suivre. Je vous revois si désemparée et si digne pourtant, debout sur les marches du perron d’entrée du château, drapée dans votre châle blanc, me faisant un petit signe de la main. Cette image, gravée dans ma mémoire, ne me quitte pas un seul instant. »

– « Et notre enfant ? déjà deux ans… »

Je l’imagine quelquefois courant dans les salles du château et jouant à se cacher derrière les grands rideaux.

Ne même pas savoir si c’est un garçon ou une fille ? mais peu importe, c’est notre enfant et vous ma chère aimée qui me donnez la force de survivre.

Un gardien ouvrit la porte de la cellule pour l’accompagner chez son voisin le comte de Précy.

Cet homme bénéficiait de certains privilèges, une cellule trois fois plus grande que celle du marquis, meublée, avec des repas améliorés ; il jouissait d’une certaine liberté de communication avec l’extérieur grâce à son rang et à des tractations bien négociées avec certains gardes.

Il avait promis à son voisin d’enquêter sur les causes de son arrestation, et même d’obtenir des nouvelles de sa famille.

Dès son entrée chez le Comte, celui-ci l’accueillit avec beaucoup de sympathie.

– « J’ai des nouvelles de votre famille ! »

Le visage de Louis se détendit :

– « Oh ! Monsieur ! comment vous remercier ? »

– « Que savez-vous ? Comment vont-ils ? »

– « Je dois vous dire pour commencer qu’ils ont traversé beaucoup d’épreuves, mais qu’ils sont hors de danger. Tout d’abord vous avez un garçon qui se prénomme Louis comme vous ! » Le marquis esquissa un sourire de satisfaction

– « Ainsi c’est un garçon, je reconnais là, la délicatesse de ma bien aimée, et tendre épouse qui lui a donné mon prénom ; mais que leur est-il arrivé ? » Eh bien voici, enchaîna son voisin.

– « Un soir de mai, alors que la marquise venait de coucher son enfant fatigué d’une longue journée de jeux et de promenades, elle fut surprise d’entendre le marteau de la porte d’entrée cogner avec insistance. »

Elle ouvrit : c’était son métayer qui venait lui apprendre qu’une foule de paysans du village voisin se dirigeait vers le château pour le saccager.

– « Pourquoi ? que leur avons nous fait ? Je vais leur parler… »

– « N’en faites rien, c’est une foule en colère qui se dirige vers vous, ils sont prêts à tout et vous risquez votre vie et celle de votre enfant. Fuyons pendant qu’il en est encore temps. Nous passerons par-derrière le château, la nuit noire nous rendra invisibles. »

Une meute hurlante, incontrôlable, armée de fourches et de bâtons se rapproche du château. La marquise n’a que le temps de prendre son enfant de l’envelopper dans un châle et de suivre son fidèle métayer. Ils traversent en hâte les salles du château. En passant devant le tableau de Philippe de Champaigne, elle a la présence d’esprit de prendre rapidement une cassette de Louis d’or cachée là, derrière la toile par son mari. Ils franchissent les communs, sortant par la porte du Courtil derrière le château et s’éloignent vers les bois les plus proches.

Arrivés sur une colline qui domine les environs, et voulant jeter un dernier regard sur son manoir, elle se retourne et son visage se décompose : elle assiste, impuissante, aux premières lueurs de l’incendie qui vient d’éclater. Bouleversée, elle serre son enfant contre elle et perdant sa retenue accoutumée se blottit dans les bras de l’homme qui vient de lui sauver la vie. Elle se met à pleurer à chaudes larmes. Ainsi, non seulement elle se retrouve seule avec son fils, mais en une nuit tragique elle a tout perdu. Au récit d’un tel malheur le marquis reste sans voix, comme plongé dans un cauchemar.

Il a la force de murmurer :

– « Que sont-ils devenus ? »

Son voisin de cellule continue :

– « J’ai appris que grâce à ce métayer fidèle, ils ont pu regagner Paris et trouver refuge à deux pas d’ici au quartier Saint Antoine. C’est un cousin du métayer, ébéniste de son état, qui les héberge dans un petit logement situé au-dessus de son atelier. Ces événements dramatiques se sont déroulés il y a trois semaines, depuis elle ne cesse de faire des démarches pour obtenir le droit de vous rendre visite. Voici son adresse. »

Le Comte de Précy, lui tendit un papier, il avait repris espoir en entendant la fin du discours, bien qu’il n’arrivât pas à croire qu’il ait pu tout perdre si rapidement.

– « Je ne sais comment vous remercier, monsieur le Comte, vous m’avez rendu des raisons d’espérer et la volonté de me battre face à cette infortune. Au moins je sais que ceux que j’aime le plus au monde sont en vie et en sécurité. »

– « Vous avez une femme énergique et très courageuse. Je suis sûr qu’elle trouvera la solution pour vous rendre visite ». Mais sachant que les visites étaient pratiquement interdites, le malheureux marquis ne se faisait aucune illusion.

Cependant depuis son arrivée à Paris, la marquise ne ménageait ni son temps ni sa peine pour obtenir le droit de rencontrer son mari. Cette femme, dont la féminité et la grâce donnaient une apparence fragile, recélait une force de caractère peu commune. Son amour, à travers les épreuves, n’avait fait que renforcer sa détermination à revoir l’homme de sa vie. Elle courait de Versailles aux Tuileries sans succès ; heureusement pour elle, le petit Louis s’était attaché à la femme de l’ébéniste, qui s’était proposée de le garder lorsqu’elle s’absentait. Elle apprit bientôt qu’en négociant directement avec les gardes de la forteresse, une possibilité lui était donnée de voir son mari.

Certains avaient appris à fermer les yeux pour quelques écus d’or.