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couverture du livre Une Vie - Tome 1 - Garde à vue écrit par Jacquebert Frédéric

Jacquebert Frédéric

Une Vie - Tome 1 - Garde à vue

17.74 € TTC

Frais de port inclus France
Métropolitaine uniquement

168 pages
A5 : 14.5 x 20.5 cm sur papier 80 g bouffant ivoire
Style litteraire : Roman
Numéro ISBN : 978-2-9537639-0-4
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Présentation de Une Vie - Tome 1 - Garde à vue


Il y a encore quelques jours, cette annonce l’aurait fait terriblement souffrir tant il a tenté, tout au long de son existence, de ne jamais sortir des limites que son éducation a dressées comme un rempart infranchissable.

Et pourtant, aujourd’hui il est là, impassible, il écoute le lieutenant Drivon lui annoncer qu’il va être pris en charge pour quelques heures, voire quelques jours, par la Gendarmerie de sa ville, en attendant d’être transféré dans une prison de la région parisienne en détention dite provisoire. Il s’appelle Pierre.


Extrait du livre écrit par Jacquebert Frédéric


Il s’appelle Pierre.

Il le connaît bien le Lieutenant Drivon.
Il est de ceux qui sont intervenus si souvent dans son établissement lorsqu’ils ont eu à en découdre avec cette bande de jeunes gens désœuvrés qui agitent la ville en en faisant leur domaine réservé.
- Je suis né ici, moi ! Je suis chez moi !

Même ceux-là, qui ont tenté à plusieurs reprises de le faire craquer, n’ont jamais réussi à lui faire franchir le rempart de l’interdit.

Il se souvient de discussions interminables avec certains d’entre eux, souvent imbibés d’alcool et d’autres substances plus ou moins licites, où il a su garder son calme et éviter le pire pendant que le reste de sa clientèle ne s’apercevait de rien.

Ah, la clientèle du « Café Lounge » de Mailyse-en-Yvelines, comme il l’a aimée, et comme il l’aime encore !

Monsieur Jeannot qui s’arrête prendre son demi en cachette après avoir fait ses courses au Casino voisin, et qui fait semblant de croire que sa charmante épouse ne sait pas qu’il fait un crochet par son établissement chaque matin.

Monsieur Jean, qui fait sa pause chaque après-midi et trouve au comptoir l’ambiance que son statut d’indépendant ne lui permet pas de connaître au travail.

Marie, qui a travaillé avec lui à l’ouverture, et qui lui montre chaque jour un peu plus que sa grossesse va très bientôt arriver à son terme.
- Tu ne devrais pas fumer dans ton état, Marie !

- Je sais, je sais, mais rassurez-vous, c’est la seule de la journée.

Ahidar et son ami, jeunes retraités, lui font croire depuis trois ans maintenant que seule leur longue amitié les pousse à se retrouver quotidiennement autour d’une noisette et d’un café pour une heure de discussion, les yeux dans les yeux, à oublier tout ce qui les entoure.

Et tant d’autres encore, qu’il a appris à connaître et à aimer, comme on aime vraiment les gens qui partagent une peu de votre vie, et vous la rendent agréable.

Rien de tout cela ne pouvait lui faire penser, jusqu’à très récemment, qu’il pourrait se trouver dans cette pièce face au lieutenant Drivon, qui prend sa déposition à deux doigts au clavier de son PC.

Son histoire peut-elle se résumer au contenu d’un simple feuillet A4 ?

La Genèse

2003, European Sales V.P., ou encore Vice-Président des ventes en Europe.
Il lui semble qu’il a passé plus de trente ans à courir après ce titre. Et enfin, il l’a obtenu !

Il a beaucoup trop souffert durant son adolescence d’avoir un frère aîné plus fort, plus intelligent, plus diplômé, plus…, plus…, enfin, un frère aîné, quoi !

Il n’était pas vraiment nul, non, mais toujours un peu moins…, tout…, que lui.

C’est sans doute ce sentiment de stagner dans l’ombre de cette fraternité imposante qui l’a conduit à choisir de quitter le cocon familial dès son baccalauréat en poche, et de se confronter à la vie, seul, par ses propres moyens.

Cette première expérience a été heureuse, dans une chambre de bonne où le lit deux places, bien sûr, occupait la chambre entière et où il avait disposé une plaque électrique dans la salle de bains pour réaliser un semblant de cuisine, oui mais, sa cuisine !

Il y a connu des amis, fait des conquêtes, et le plein de souvenirs.

- Eh, les gars, il est avec une fille ! Il se souvient de la tête de sa mère venue passer quelques jours chez lui lorsqu’à deux heures du matin, elle voit passer la tête de son ami Pétrus par la porte et l’entend crier ces quelques mots à la bande de copains qui viennent le chercher pour faire la fête.

Le drap tiré jusqu’au cou, assise très dignement sur son grand lit, elle lui demande d’inviter ses amis à rentrer dans la chambre et leur tient un brin de conversation avant que, naturellement gênés, ils décident de le laisser seul avec la tâche difficile d’expliquer à sa mère que non, ce n’est pas habituel, et que non, il ne fait pas la fête toutes les nuits !

C’est l’époque des premiers salaires, et l’impression de vivre enfin, parce que le peu d’argent qu’il gagne lui donne le sentiment que tout est possible.

Il lui faudra quelques années pour regretter d’avoir quitté ses études trop tôt et comprendre

enfin que la voie qu’il a prise ne lui permettra jamais d’arriver aux sommets auxquels il a rêvé.

Il reprend alors ses études en cours du soir. Au C.N.A.M. d’abord, en D.E.U.G. de mathématiques et physique pour faire comme le grand frère, puis, très vite, en préparation à l’E.N.A., pour faire comme…, il ne sait plus !

C’est à cette époque qu’il fait la connaissance de son premier amour.

Il se souviendra longtemps de cette expérience malheureuse avec cette jolie demoiselle que son âge et son inexpérience l’ont conduit à rendre madame trop tôt, et que son âge et son inexpérience ont participé à transformer une belle aventure en divorce à l’amiable. Comme s’il était possible de renoncer à vivre ensemble et rester amis !
Foutaises !

2003, donc, et enfin la vie dont il a tant rêvé. Une vraie famille, avec une femme aimée et aimante qui l’accompagne depuis 20 ans déjà, un fils qui lui ressemble, une fille qu’il adore, une belle maison dans un beau quartier de l’Ouest parisien, et ce que l’on a l’habitude d’appeler une belle situation.

Nous dirons simplement que le statut que lui donnent sa position et les revenus qui l’accompagnent lui conviennent parfaitement et lui permettent de ne plus faire ses comptes au jour le jour comme au temps de ses premiers bulletins de paye.

Une belle année vraiment, où tout paraît possible et où le besoin d’épargner pour des temps moins faciles ne lui effleure même pas l’esprit. Le succès dans les affaires en prime !

C’est pendant l’été que Pierre apprend la nouvelle qui va tout faire basculer : son entreprise va fusionner.

Il rejoint les cinq autres dirigeants commerciaux de la société et passe une semaine de séminaire dans un ranch perdu au cœur des montagnes du Nevada, à préparer ce grand changement.

- Cette fusion est une réelle opportunité, elle va nous apporter la surface et les moyens nécessaires à notre expansion !
Mark, Président mondial des Ventes, arrive presque à le convaincre.

C’est curieux comme certaines phrases sonnent parfois bien mieux en anglais.

Ils veulent tous y croire et passent la semaine à construire le plan à trois ans que permettra l’apport de la société sœur.

Pourtant, Mark lui fait une confession un soir autour du feu de camp où ils ont rapidement pris l’habitude de passer les soirées avec le propriétaire.

Tu sais, un jour  j’achèterai ce ranch, et j’organiserai des séminaires,  avec pêche à la mouche et randonnées à cheval.         

Voila un objectif bien inhabituel pour un Président Mondial des Ventes d’une jeune société américaine au futur assuré après une fusion bien négociée !

Effectivement, un an plus tard, Mark s’associera avec le propriétaire du ranch qui les a accueillis et vivra au milieu des montagnes du Nevada avec femme et enfants.

Trois mois après ce séminaire, Pierre apprend que l’autre société n’a engagé cette fusion que pour récupérer les liquidités disponibles en banque. Il comprend que l’opération a été favorisée par les dirigeants de sa société qui doivent rembourser de fortes sommes qu’ils ont empruntées.

Les trois créateurs avaient en effet décidé, juste avant la mise en bourse de l’entreprise, de s’accorder un prêt pour acheter les plus grandes quantités d’actions. Preuve de leur confiance en l’avenir et excellent moyen de devenir rapidement très riche !

Malheureusement, la crise du marché des télécoms provoqua l’effondrement des cours et, au moment de rembourser leurs prêts, mit au plus bas la valeur de l’action, à un niveau effectivement très inférieur à celui de l’achat.

S’en suivit la décision de négocier cette fusion en échange de l’effacement de leurs dettes envers la société.

Une affaire blanche en somme ! Pour les dirigeants certainement, mais pas pour l’ensemble des employés qui apprirent dans les quinze jours qui suivirent qu’ils étaient tous licenciés, y compris lui, Pierre, Vice Président des ventes en Europe !

Une belle négociation s’engagea, et Pierre peut encore remercier l’ami avocat qui l’aida à faire valoir ses droits de salarié français auprès de la société américaine.

L’ami y trouva son intérêt sous la forme d’un pourcentage du beau chèque qu’il lui fit obtenir.

Gagnant-gagnant, donc !

Que faire à ce moment, est-ce le tournant de sa vie ?

Prendre quelques jours de vacances d’abord ! Essayer d’oublier les dernières péripéties de sa demi-carrière. Ne pas tomber dans un ruminement dépressif autour du choc émotionnel qu’il vient de connaître. Continuer à faire front et à montrer à l’entourage qu’il sait assumer l’inévitable. Rassurer la famille et assurer l’avenir.

Il lui faut pourtant admettre qu’il a bientôt cinquante ans, et qu’il ne sera pas facile de retrouver une telle situation, même fragile.

Alors lui vient l’idée ! Monter sa propre entreprise.

Il doit en être capable, avec sa longue expérience commerciale et ce diplôme de gestion, cet « Executive MBA », arraché quelques années plus tôt à force de cours du soir et de longs week-ends enfermé dans son bureau à étudier.
C’est en tout cas le sentiment qu’il en a à cette époque.

La décision est prise, il va la monter, « sa boîte » !

Il ne reste plus qu’à définir quelle entreprise lui correspondra, ainsi qu’à son épouse, car cette affaire, il la veut telle qu’il pourra s’y retrouver en famille.