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couverture du livre Vers l'île du large écrit par Longhini Philippe

Longhini Philippe

Vers l'île du large

19.00 € TTC

Frais de port inclus France
Métropolitaine uniquement

152 pages
A5 : 14.5 x 20.5 cm sur papier 80 g offset
Style litteraire : Roman
Numéro ISBN : 978-2-35682-001-3
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Présentation de Longhini Philippe


Du même auteur :
l'ombre portée du songe
la cadence de l'ombre
la treizième aurore

Présentation de Vers l'île du large


Lecteur, te voici en route "Vers l’île du large"… Roman, es-tu l'auteur de ce livre qui s'écrit sous les yeux de son lecteur, de sa lectrice ? Roman, c’est peut-être cela mourir.

C’est peut-être cela revivre !

C’est peut-être bien planer, allongé sur le dos, les yeux grands ouverts sur ta nuit, les bras en croix, les paumes offertes.
Affronter le bonheur. Face à la vie, aux désirs, aux passions des autres.
C’est peut-être contempler, attendre, toujours espérer, les paupières closes.

Avec le cœur, rien qu’avec lui, si loin et à la fois si près de tous et de tout. C’est peut-être assister, participer à la rébellion du premier instant, à la naissance de la première aurore. Enfin immobile, juché sur les ailes d’un vautour albinos. Celui qui se nourrit de la lumière noire du néant, les lèvres ciselées, la bouche soudée par d’antiques et magnifiques grégoriennes. C’est peut-être cela la mort. C’est peut-être cela écrire. Finalement habiter sa propre évidence, sa propre raison.

Sa propre indifférence de vivre. Roman, ton oeuvre n’est-elle que le dernier versant de toi-même ? Ecrire, c’est appréhender, l’espace d’une seconde comprendre l’intime convulsion du Songe. Et posséder la Cadence de l’Ombre. Se jauger et se juger d'après son Ombre Portée. S’extraire, s’enfuir au plus vite d’ici… Cesse de te complaire, de gémir, Roman. Ecris !


Extrait du livre écrit par Longhini Philippe


Virginia feint à présent de s’intéresser à la dernière de couverture. Tu te félicites que ta photo n’y figure pas. Elle sait que tu l’observes.

Fasciné par une étrange clarté, aux volutes de curare, Simili comprend qu’il est l’otage d’un horizon derrière lequel sombre lentement son regard. Il suffoque. Une glaciale torpeur l’engourdit. Pressentie et redoutée, douloureuse certitude, la redoutable succion d’une absence annoncée, celle qui privera ses pupilles du prodigieux spectacle des prochaines aurores, l’épingle au parquet de ce quatrième. Il devine qu’il lui est, une dernière fois, donné de s’affranchir, de confondre la nuit qui s’annonce. En fermant volontairement les yeux. En se laissant glisser. Avancer d’un pas, d’un seul, dans le noir. Dans le vide. Afin de chevaucher, les reins ceinturés d’azur, un nouvel arc-en-ciel. Il sait que le moment est venu pour lui de retrouver l’autre versant de soi-même et du rêve. De se blottir enfin au cœur de la tiède, quiétude du néant.
Derrière lui et dans l’ombre, Folio sait que Simili n’aura pas, cette fois encore, la volonté de défier ce vide qui le provoque et l’implore.
Deux étages au-dessus d’eux une porte s’ouvre brusquement. Un appel d’air en fait claquer une autre au fond d’un couloir. Pressé, un couple dévale l’escalier. Une voix d’homme s’esclaffe. En écho, une voix féminine glousse. Surpris, comme pris en faute, la main toujours crispée sur la rampe poisseuse, Simili se décide à bouger. Le pouls affolé il tente de rompre l’insistance détresse qui le cloue sur place. Retenu par l’intensité d’une sourde, incontrôlable panique, il lui faut maintenant se décider, se fondre dans la vaine et dérisoire hauteur d’un cri avorté. Tel un automate, un cilice sur les paupières et un poing de braise dans la gorge, il descend.
D’en bas lui parviennent les contagieuses clameurs, toutes les odeurs du monde et gesticulations de la vie. Il reconnaît le défilement du rideau métallique du rez-de-chaussée. Celui de l’exigu et poussif ascenseur qu’il s’est toujours refusé d’utiliser. Arrivé à sa hauteur un jeune homme bredouille une vague excuse en l’évitant. Derrière lui, emportée par son élan, celle qui le suit trébuche, retenue par le bras de Simili. Un gloussement traduit son embarras. C’est au-devant du bonheur qu’ils déboulent ensemble, malgré eux provocants, pense Simili. Comme il les envie. Ses ongles s’incrustent dans le bois humide de la rampe crasseuse. Suffoquant, c’est un nageur exténué qui, parvenu sur l’autre rive, attend un signe.
Le couple est maintenant si loin, inaccessible. Bien au-delà de la mémoire et de la jeunesse de Simili. Il n’a laissé sur son passage qu’une cicatrice de plus en lui. Qu’un sillon torsadé de vains remords et d’amers regrets. Vieilles rancœurs subitement remontées à la surface.
Simili mesure l’effrayante emprise et progression de cette nuit qui l’encercle et l’aveugle. Et s’il n’était que le bouc émissaire d’un dérisoire et injuste combat ? Prisonnier, retenu enchaîné au centre d’un étrange dessein qui le dépasse ? Une infernale pression, fièvre de givre comprime ses tempes, Avec, sans échappatoire possible, cette confusion qui progresse autour en lui. Cette obscurité qui noie ses pupilles. Et cette fielleuse laitance de folie qui jappe sur ses talons. Il me tarde qu’il finisse à genoux, rampant sur les coudes et le sexe, jubile Folio. Mendiant finalement quelque répit ou pardon. Et bien au-delà du hoquet final ! Ainsi, jusqu’aux ultimes frontières du désir. A mille lieux de toute contrition. Parvenu à la dernière herse de l’espérance et du songe.

A quel chapitre est-elle ?

Le regard de Simili fascine toujours autant Folio. Ce regard qu’il redoute de jamais vraiment connaître et confondre. Dont il désespère de sonder, de mesurer la profondeur et l’énigme. Trop souvent d’une triste et malsaine beauté, d’une inhumaine lassitude. Sans cesse hésitant entre amour et fausse pudeur. Entre passion, condescendance et compromission. Constamment sur le fil d’un incontrôlable, souhaité et dangereux abandon.
La main de Simili tremble sur la rampe saturée d’encaustique. Elle éprouve maintenant la fuyante vitalité du bois vermoulu. Simili s’efforce d’assurer son aplomb avant de reprendre sa descente. Il trébuche, son pied accroche, une tommette ocre en bordure de marche. Il retient sa vie avec son talon. Avec un claquement sec, infarctus de lumière dans son cercueil de buis, suivi dans l’obscurité des dernières pulsations de son balancier, s’interrompt brusquement la rassurante cadence de la minuterie. De l’entresol, le couple en réenclenche presque aussitôt le mécanisme. Le visage de Simili traduit un imperceptible mais réel soulagement. Ebloui, il porte sa paume ouverte à hauteur de son front et s’exclame : Ces nuages ! Toujours plus hauts, inaccessibles et fuyants ! Cette étoile ! De plus en plus lointaine ! Aux confins du monde et de moi-même…
Dans l’ombre, Folio voudrait lui répondre : Mais la nostalgie, toujours elle, mortelle anamorphose, pigmente ta peur d’une suie grasse, indélébile. L’effroi, dans sa fuite, diffuse en toi une inquiétante, étrange ivresse… l’exaspération et l’obstination de survivre envers et contre tous !
Mais il redoute d’être une nouvelle fois victime de cette lèpre contagieuse qui suinte du regard Simili. Elle charrie tant d’absurdes interrogations. Un fascinant et contagieux remords surtout. L’indélébile honte de se sentir encore vivant. Folio désespère de briser la malédiction de ce regard éperdu et changeant. Miroir de sa fragile éternité promise. Ce regard laminé, épuisé par la recherche de sa propre lumière. Par la justification d’une sourde, implacable violence, voilée de fausse compassion. Un regard en équilibre au bord d’un insondable précipice. Hagards et jaloux les dieux s’y sont peut-être déjà fourvoyés !

Roman, tu souris maintenant à cette étrangère. A Virginia, avec ses immenses yeux tristes. Virginia avec sa longue jupe de velours, d’un bleu tendre et lumineux. Son gilet de soie, d’un bleu plus foncé, sur un long corps, trop osseux. Avec à hauteur du cœur cette pochette de soie blanche, hirondelle suivant l’écume d’une vague.
Du nerf Roman ! Tu t’encourages. La glaciale épée sœur du temps ne cesse de te provoquer, de fouille ta raison et ses sens.

A ton chevet, se tient la famille, faux culs et compagnie. Ta chère reine de cœur, bien sûr. Autour d’elle gravitent quelques incongrus qui se sont probablement gourés de couloir ou de box. Mais ils restent par curiosité et compatissent pour la forme.
Acteurs de l’impondérable, universelle fourberie, ils sont tous là, autour de toi, fourbes et fidèles déconneurs. Tes proches ! Tu en sais pas mal sur eux mais, à les écouter et à les observer tu en apprends à chaque seconde un peu plus. Ce qu’ils pensent, qui ils sont, réellement. Balivernes, mensonges, apparences et vomi compris. Ce qu’ils deviendront. Il y a Gilda bien sûr, ta tendre, ta douce salope d’épouse. Il y a mère grand gaga, sur sa chaise trouée, à l’électrique aspiration. Un tube digestif sur roulettes qui ne reconnaît plus personne. Il y a oncle Amérique et tante Moscou. Assistés d’une ribambelle de cousins, tous déjà en deuil. Ceux qui prient et ceux qui pètent ! Souvent les mêmes. Et parfois de concert. Toute la ménagerie passe à la queue leu leu devant ta couche ou ton catafalque. Tu leur fais grâce de leurs meilleures simagrées. Ils ne manquent que la balayette à chiottes et la poignée de terre pour ton dernier adieu.
Tu reviens de si loin. Tu es allé là-bas. Bien avant et bien après chacune de leurs existences. Tu t’es attardé sur les bords escarpés de leurs rives mouvantes, hautes et fragiles dunes au fil des ans patiemment érigées. Remparts dressés contre ce hasard qu’ils redoutent et chargent de tous leurs maux. Tu sais qu’ils n’atteindront jamais l’éblouissante lucidité. Celle qui t’a été révélée par la roue de lumière.

Tu as devant toi ton beauf aux pieds plats, le prévoyant fonctionnel du Trésor. Que la soixantaine vient de rattraper. Comme on attrape la gale ou la vérole. Lui, dont la lèvre supérieure a toujours été saupoudrée d’une éternelle amertume. Sa sœurette, c’est ta douce moitié, l’assassine Gilda. Celle qui persiste à t’enterrer vivant, la bouche et les yeux grands ouverts. Celle qui se fout de toi en fredonnant sans cesse : Put the blame on me… boy !